Bruxelles, 23/06/2008 (Agence Europe) - La Commission européenne a choisi la pédagogie comme ligne de défense face aux critiques virulentes assénées à l'encontre de la directive « retour », notamment de la part des dirigeants d'Amérique latine. « Je pense que la position européenne en la matière est claire. Nous allons poursuivre davantage, si besoin il y a, le travail explicatif », a déclaré, lundi 23 juin, le porte-parole de la Commission, Johannes Laitenberger. « Il faut éviter de caricaturer », a rappelé Michele Cercone, le porte-parole du commissaire chargé de l'Immigration. Le texte adopté constitue « une base juridique claire qui permettra à la Commission de contrôler les conditions de rétention », a-t-il ajouté. Cette nouvelle directive, qui a reçu l'aval du Parlement européen le 18 juin, instaure des règles communes en matière d'expulsion d'immigrés en situation irrégulière (EUROPE n° 9685).
Le président équatorien Rafael Correa, qui exerce actuellement la présidence tournante de la Communauté andine (Équateur, Pérou, Bolivie, Colombie), a menacé, samedi 21 juin, de mettre un terme aux négociations sur la libéralisation des échanges entre la Communauté andine et l'UE pour dénoncer l'adoption de cette directive. « Nous pourrions même suspendre ces négociations. Qu'avons-nous à discuter avec une Union qui criminalise les clandestins? Il sera très difficile de parler affaires et d'ignorer les droits de l'Homme », a-t-il déclaré lors d'une allocution à la radio. Le lendemain du vote par le Parlement, le président péruvien Alan Garcia a indiqué que cette directive était « injuste et peu chrétienne ». Il a par ailleurs demandé que l'Organisation des États américains (l'OEA) se réunisse d'urgence pour examiner la réponse à apporter à l'Europe. Evo Morales, le président bolivien, a également annoncé une « campagne internationale » qui devrait notamment rassembler les pays d'Amérique latine et d'Afrique pour « retourner la situation ». La première étape de cette campagne interviendrait à l'occasion du sommet du Mercosur, le marché commun sud-américain, prévu le 1er juillet à Tucuman en Argentine. La Commission des représentants permanents du Mercosur (Brésil, Paraguay, Argentine, Uruguay) a également fustigé la directive qu'elle qualifie de
« répressive et discriminatoire ». Son président, Carlos Alvarez, a déploré une décision qui contribue à créer une perception négative de l'immigration et qui fait « de l'immigré un délinquant qu'il faut poursuivre ». Quant au président vénézuélien Hugo Chavez, il n'a pas hésité à menacer de priver l'Europe du pétrole vénézuélien et d'interdire les investissements européens à Caracas: « Je m'adresse aux pays européens qui appliqueront cette directive. Nous n'allons pas rompre nos relations avec vous. Mais tout simplement notre pétrole ne vous arrivera plus. Le pétrole vénézuélien n'arrivera plus dans ces pays qui appliquent cette directive de la honte », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Vendredi 20 juin, en marge du Sommet européen à Bruxelles, le Haut représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana, a jugé « absolument disproportionnée » la menace de couper les livraisons de pétrole aux pays qui appliqueraient la directive. À noter que moins de 1 % des importations de pétrole de l'UE proviennent du Venezuela. Le président vénézuélien menace fréquemment de suspendre les exportations de pétrole, mais ces propos n'ont encore jamais été suivis d'effet. Le Premier ministre slovène, Janez Jansa, qui préside actuellement l'UE, a lui aussi estimé que « les premières réactions sont peut-être exagérées » et qu'elles « viennent peut-être d'une incompréhension de ce que (la directive) signifie ». (B.C.)