*** MICHEL DUMOULIN (sous la dir. de): La Commission européenne 1958-1972. Histoire et mémoires d'une institution. Office des publications officielles des Communautés européennes (Internet: http: //bookshop.europa.eu/).2007, 642 p., 30 €. ISBN 978-92-79-05495-2.
Prenez une poignée d'historiens éminents. Ajoutez-y de la mémoire vivante, celle d'acteurs toujours passionnés par l'œuvre accomplie. Saupoudrez le tout d'une iconographie parlante et souvent même émouvante avant de servir dans un écrin graphique aussi soigné qu'empreint d'une très grande sobriété. Tous ces ingrédients composent, au final, un ouvrage majestueux qui constitue, en soi, un véritable événement. C'est aussi et surtout le plus bel hommage qui pouvait être rendu - et il devait l'être ! - à des poignées de femmes et d'hommes qui ont inventé une culture nouvelle, à des personnes méconnues du grand public qui resteront dans l'histoire, selon ce commentaire puisé dans la préface que signe José Manuel Barroso, comme "les fondateurs d'un mouvement historique de portée continentale qui - un demi-siècle plus tard - a permis l'édification d'une Union pacifique d'Etats démocratiques".
Hors du commun, cet ouvrage l'est pour plusieurs raisons. D'abord, il n'aurait sans doute pas vu le jour sans la persévérance de quelques "anciens" qui, l'heure de la retraite venue, continuent à se consacrer plus que jamais, à temps plein, à leur idéal et à leur combat européens. L'idée d'un livre qui conterait les premiers pas de la Commission naissante, qui expliquerait son rôle dans la mise en œuvre des traités et les développements auxquels celle-ci a donné lieu - "à travers succès et déboires", comme le rappelle le Pr. Dumoulin - durant la période qui s'étend du début de 1958 jusqu'à l'élargissement devenu effectif de l'Europe des Six à celle des Neuf le 6 janvier 1973 vient de certains de ces "anciens" à l'enthousiasme intact et à la foi européenne qui continue à renverser des montagnes, fussent-elles administratives, Jacqueline Lastenouse et Jacques-René Rabier en tête. Ensuite, il n'aura vu le jour que grâce à la capacité d'écoute de Romano Prodi, président de la Commission lorsque ce beau chantier de la mémoire vivante fut ouvert - même s'il fallut encore composer avec des procédures d'appels à propositions, pourtant incongrues dans un tel contexte, avant qu'ils ne puissent s'atteler à la tâche.
Hors du commun, cet ouvrage l'est aussi en ce qu'il puise dans la mémoire collective de l'institution à travers celles et ceux qui l'ont servie à l'heure des balbutiements: pendant près de trois ans, des historiens belges, allemands, italiens, néerlandais et français ont mené des entretiens avec plus de 120 témoins de la première heure - ces entretiens, synonymes de plongée dans la mémoire vivante, sont désormais accessibles aux chercheurs aux Archives historiques de l'Union que gère l'Institut universitaire européen de Florence. "En livrant aux historiens leurs souvenirs et leurs témoignages, ces anciens de la maison ont permis d'approcher de l'intérieur le vécu, souvent méconnu, d'une institution au cœur de la vie communautaire et dont ils détiennent encore un vaste savoir sur les parcours, les expériences et sur l'esprit qui animait les hommes et les services", expliquent, en avant-propos, "quelques anciens d'une institution qu'ils ont vue naître et grandir". C'est vrai et c'est précieux ! Mais, pour les historiens, cette manne, providentielle pour qui pouvait la recueillir, se parait en même temps des atours du maléfice potentiel. Comme tout acte journalistique, une mémoire vive, vivante, est au mieux, en effet, objectivement subjective. Donc, sous le regard scientifique de l'historien, suspecte ou, à tout le moins, à prendre avec des pincettes. Comme l'indique le Pr. Michel Dumoulin, de l'Université catholique de Louvain, "le recours à la source orale (…) n'est (…) pas la panacée" en ce que cette source n'est pas, selon la belle formule de Danièle Voldman, l'émanation de la "bouche de la Vérité". Et, pour l'historien, la complexité du recueil et de l'utilisation du témoignage oral individuel se double aussi, dans le cas de l'histoire d'une institution, de celle inhérente à la concertation entre témoins. En clair, au nom d'anciennes solidarités, "des vues communes sur le sens du passé vécu en commun" peuvent venir "poser de solides problèmes à l'historien auquel incombe la charge de la preuve qu'une autre interprétation du passé est possible". Ce qui est une manière élégante de reconnaître que ce livre, avant d'être accouché, fut aussi la cause de bien des contractions et des tensions.
Tous les protagonistes de l'aventure peuvent toutefois se dire que cette double aventure - celle du livre et, plus encore, celle des (presque) débuts de l'intégration européenne - valait la peine d'être vécue. Et, plus encore, racontée de la manière qu'elle l'est dans cet ouvrage qui ne se veut "ni apologie ni manuel du parfait petit Européen", mais bien, selon la jolie et pertinente formule utilisée par le président Barroso, comme "le récit d'une passionnante épopée politique". Dans une première partie, les auteurs, tous historiens et prestigieux dans la plupart des cas, auscultent le cœur et les reins de l'institution et de ses acteurs: travaux du Comité intérimaire, Commission Hallstein, cet "Européen déterminé", crise de la chaise vide, développement de la Commission unique avec Jean Rey, "Européen de cœur à l'optimisme modéré", présidence écourtée de Malfatti, le courage et la conviction de Sicco Mansholt, le collège des commissaires ou l'émergence d'un "nouveau type d'autorité publique", le "grand serviteur de l'Europe communautaire" que fut Emile Noël… La deuxième partie est, elle, consacrée aux politiques, d'un "marché pas encore tout à fait commun" au premier élargissement qui vit aussi "la Commission en quête d'un rôle propre". A cette époque, la page était blanche, ou à peu près. Les femmes et les hommes qui parlent dans ce livre ont contribué à ce qu'elle soit remplie. A ce titre, pour méconnus qu'ils soient pour la plupart, ils ont contribué à écrire l'histoire et à forger une nouvelle culture (toujours fragile)… dont nous sommes les héritiers.
Michel Theys
*** GENEVIEVE DUCHENNE, VINCENT DUJARDIN, MICHEL DUMOULIN (sous la dir. de): Paul-Henri Spaak et la France. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Bibliothèque de la Fondation Paul-Henri Spaak", n° 11. 2007, 300 p.. ISBN 978-2-8027-2413-1.
Actes d'un colloque organisé à l'occasion de la remise, par la Fondation Paul-Henri Spaak que préside Etienne Davignon, des CD-Roms reproduisant les archives de l'homme d'Etat belge à l'Université catholique de Louvain, cet ouvrage éclaire très utilement la maturation de la pensée européenne de ce "père de l'Europe" dès le début des années 30 et son action dans le contexte de relations franco-belges longtemps très complexes. Le positionnement de celui qui incarna longtemps la diplomatie belge par rapport à Charles de Gaulle est étudié sous différentes coutures, le devenir de l'Europe ayant fini par les dresser en adversaires résolus.
(MT)
*** JOHN P. McCORMICK: Weber, Habermas, and Transformations of the European State. Constitutional, Social, and Supranational Democracy. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 2RU, UK. Tél.: (44-1223) 312393 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). 2007, 301 p., 50 £. ISBN 978-0-521-81140-8.
Comme le remarque John P. McCormick dès son introduction à cet ouvrage, "lorsqu'ils sont mis au défi par les grands changements de l'ordre des Etats d'aujourd'hui, les chercheurs connaissant les théories ont tendance à se replier sur des catégories formulées à partir de l'analyse de périodes antérieures et à les imposer à la nouvelle situation". Du coup, commente ce professeur en sciences politiques de l'Université de Chicago, "la littérature contemporaine sur l'intégration européenne semble hantée" par ces catégorisations anachroniques. Max Weber et Jürgen Habermas figurent en bonne place parmi les penseurs de l'évolution des Etats européens. C'est sur leurs théories et les filiations contemporaines auxquelles elles ont donné naissance que se penche principalement John McCormick. D'ailleurs, Habermas lui-même avait revisité les théories de Weber à la lumière de l'intégration européenne, tout en n'échappant pas au même faux pas, celui qui consiste à trop projeter dans le futur les traits du passé. L'auteur questionne notamment le changement d'attitude d'Habermas lorsqu'il traite de l'intégration européenne, quand il "abandonne, voire renverse, l'analyse d'une configuration sociopolitique au moment où il est confronté à une autre", en s'éloignant ainsi de la rigueur empirique de ses travaux précédents pour adopter une approche peut-être plus idéologique qui lui fait traiter cette intégration d'une façon sans doute trop semblable à celle appliquée aux Etats-nations. Ce qui rend ainsi trop plausible le développement d'un "régime continental". D'autre part, pour l'auteur, le "Rechstaat" et le "Sozialstaat" de Weber et d'Habermas sont sans doute dépassés dans bien des facettes de la réalité politique et institutionnelle de l'Union où il conviendrait peut-être mieux de parler de "Sektoralstaat" pour décrire la prise en main des différents domaines par ceux qui sont les plus concernés ou intéressés. Cet ouvrage permet de prendre du recul par rapport à des fondements théoriques parfois pris trop facilement pour argent comptant lors des efforts contemporains déployés pour comprendre "comment la démocratie et l'Etat de droit peuvent être consolidés et promus au sein d'institutions supranationales telles que l'UE".
(FRo)
*** JOHN MCCORMICK: Contemporary Britain. Palgrave Macmillan (Houndmills, Basingstoke, Hampshire RG21 6XS, UK. Tél.: (44-1256) 329242 - fax: 812521 - Internet: http://www.palgrave.com ). Collection "Contemporary States and Societies". 2007, 258 p., 15,99 £. ISBN 978-0-230-00214-2.
Auteur anglais à succès, John McCormick nous offre une mise à jour très complète de son ouvrage paru en 2003. Il vise ainsi à "fournir les éléments-clés nécessaires pour situer la Grande-Bretagne dans le contexte des pays voisins, et plus particulièrement par rapport à ses voisins européens". Histoire, géographie, économie, société, culture et politique: toutes les dimensions caractéristiques de la Grande-Bretagne sont expliquées, ce qui fait de cet ouvrage l'outil idéal "pour toute personne à la recherche d'un guide bref et accessible de ce pays remarquable". L'auteur tente également de comprendre la place de son pays dans l'ordre mondial. Il s'oppose ainsi à l'affirmation selon laquelle la Grande-Bretagne serait en déclin. Qualifiant le Commonwealth de "faible" et déplorant une relation "privilégiée" avec les Etats-Unis qui, selon lui, "ne va que dans un sens", il invite ses concitoyens à se réveiller face au fait que "l'avenir de la Grande-Bretagne est au sein de l'Union européenne".
(TBa)
*** A-J. D. METAXAS: About Greece. General Secretariat of Communication (Athènes). 2007, 452 p.. ISBN 978-960-89780-0-3.
Fruit de la collaboration de nombreux auteurs choisis pour leur capacité à "présenter une analyse fondée", cet ouvrage est un recueil d'informations sur la Grèce contemporaine. Il est divisé en six chapitres distincts: présentation du pays et de son histoire ; description du système politique national ; éducation et culture ; société ; information, technologie et recherche ; enfin, un chapitre consacré à "la Grèce et le monde". Ce dernier, en plus d'analyser la politique étrangère du pays, fait le point sur ses relations avec les pays voisins et, en particulier, sur son rôle au sein de l'Union. Les auteurs reviennent ainsi sur "les énormes changements que ce pays a subi, passant d'un état de déni à l'un des Etats membres les plus favorables à l'intégration", population et gouvernement semblant désormais très largement acquis à la cause européenne.
(TBa)
*** A-J. D. METAXAS: About brand Greece. General Secretariat of Communication (Athènes). 2007, 284 p.. ISBN 978-960-89780-1-0.
Cet ouvrage est construit sur le même modèle que le précédent, mais son contenu est sensiblement différent. Il se centre sur la "marque Grèce", c'est-à-dire sur ce qui la caractérise, la distingue de ses voisins et en fait un partenaire indispensable pour ces derniers dans toute une série de domaines. Partant du constat que la Grèce "a été repositionnée sur la carte globale des perceptions" et qu'elle est désormais "perçue comme un environnement fiable et stable", ce recueil d'articles vise avant tout à mettre en avant les points forts du pays en matière d'économie, de tourisme, de culture, de transports, d'énergie, etc. Il fait ainsi le point sur les secteurs clés de l'économie grecque, décrit les grands défis auxquels le pays fait face (appartenance à l'Union, libéralisation, privatisations, etc.) et, enfin, analyse les différents éléments qui font de la Grèce un pays de plus en plus ouvert sur l'extérieur et le moteur économique de l'Europe sud-orientale.
(TBa)
*** PHILIPPE DELOIRE: L'Europe des 30 en marche. Editeur Gualino (31 rue Falguière, F-75741 Paris cedex 15. Tél.: (33-1) 56541600 - fax: 56541649 - Courriel: Gualino@eja.fr - Internet: http://www.eja.fr ). 2007, 331 p., 28 €. ISBN 978-2-84200-667-9.
Avec une Europe en expansion constante, il est légitime que les citoyens aient un peu d'appréhension quant aux élargissements à venir, de la Croatie à la Macédoine en passant par la toujours épineuse Turquie. La peur étant souvent motivée par l'ignorance, Philippe Deloire a pris l'initiative de concevoir cet ouvrage qui a pour but, à travers ses six chapitres, de participer au travail d'information à propos de l'élargissement. Dans la première partie, c'est l'Union à 27 qui est décrite par le menu, avec ses nouvelles données géographiques, sociales et économiques, ainsi que par le biais d'une analyse des nouveaux membres et des défis auxquels l'Union fait face tant au niveau budgétaire qu'institutionnel. Dans le deuxième chapitre, l'auteur expose le processus d'adhésion proprement dit: les critères de Copenhague auxquels les pays candidats doivent satisfaire, le processus de préparation du pays, la négociation du traité d'adhésion ainsi que sa ratification et signature. Dans un troisième temps, l'auteur expose de manière plus détaillée les changements dans les institutions de l'Union élargie et analyse ensuite, dans le quatrième chapitre, les impacts budgétaires et financiers du 5ème élargissement. L'avant-dernière partie traite des défis économiques et sociaux de cette Union élargie: les nouveaux membres et la zone euro, les politiques de cohésion économique et sociale ainsi que l'agriculture. La dernière partie de cet ouvrage didactique de très bonne tenue traite des nouvelles frontières de l'Union et des rapports de cette dernière avec ses nouveaux voisins.
(NDu)