Les sociétés qui investissent le plus en R&D ne sont pas forcément les plus performantes - Selon la troisième enquête annuelle du cabinet Booz Allen Hamilton sur les 1000 entreprises mondiales les plus innovantes en 2006, les sociétés qui dépensent le plus en R&D ne sont pas forcément les plus innovantes. Plusieurs sociétés se distinguent par la qualité de leur processus d'innovation et pourtant leurs budgets R&D sont moins élevés que ceux de leurs concurrents. Leurs indicateurs de performance dépassent la moyenne de leurs secteurs respectifs et elles ont ainsi réussi à dégager des retours sur investissements R&D plus élevés depuis les cinq dernières années. Elles ne proposent pas nécessairement un portefeuille de produits et services étendu, mais elles tirent davantage de profits de leurs investissements et maîtrisent mieux leurs processus d'innovation. Elles ont déjà rationalisé leurs dépenses de R&D, se sont globalisées, comptent sur la sous-traitance et les partenariats pour être plus efficaces. Le secteur automobile est le plus représentatif. C'est l'un de ceux qui affichent la croissance la plus faible de R&D (et même une croissance négative de -0,2% en 2006) et qui pourtant affiche une intensité de développement très élevé. La part de R&D représente, par exemple, 3,7% du chiffre d'affaires de Toyota, 4,5% de celui de Ford et 3,5% de celui de DaimlerChrysler. Par contre, c'est dans le secteur pharmaceutique que les dépenses de R&D ont le plus augmenté l'an dernier, de 11,3% en moyenne. A lui seul, Merck a augmenté son budget de 24,3% pour atteindre 4,7 milliards de dollars en 2006. Le ratio budget de R&D sur chiffre d'affaires des groupes pharmaceutiques est élevé: autour de 15%. « Global Innovation 1000 » a analysé l'influence des dépenses R&D sur la performance des 1000 entreprises cotées en bourse qui ont investi en 2005 les budgets R&D les plus élevés. Au total, les dépenses R&D des sociétés étudiées ont atteint 447 milliards de dollars l'an passé contre 407 milliards l'année précédente. Le chiffre d'affaires combiné des 1000 entreprises a crû de 10% par rapport à 2005 pour représenter 11 800 milliards de dollars. Les principaux résultats révèlent que: 1) l'argent ne fait pas toujours le bonheur : Il n'existe pas de lien statistique évident entre les budgets R&D et les principaux indicateurs de performance des entreprises, comme la croissance, la profitabilité ou l'amélioration des retours pour les actionnaires. L'unique indicateur de performance qui semble présenter une corrélation statistique avec les dépenses R&D est la marge brute ; 2) moins de 10% des sociétés dépensent de manière efficace : seules 94 entreprises sur 1000 ont su maximiser les retours sur investissements R&D de manière constante au cours des cinq dernières années ; 3) les effets d'échelle sont réels : une plus grande taille apporte un avantage indéniable. Le budget R&D moyen des 500 plus grandes entreprises, indexé par secteur d'activité, représente en moyenne 3,5% du chiffre d'affaires contre seulement 7,6% pour les 500 entreprises les plus petites: 4) la multiplication des brevets n'implique pas généralement de meilleurs profits : l'augmentation des budgets R&D permet d'accroître le nombre de brevets qu'une entreprise contrôle, mais il n'existe pas de relation statistique entre le nombre ou la qualité de ces brevets et la performance financière ; 5) les champions de la chaîne de valeur de l'innovation ont un réel avantage : les sociétés qui optimisent leurs investissements R&D se distinguent non pas par le montant des budgets qu'elles investissent mais par la qualité de leurs processus de génération d'idées, de sélection de ces idées, de développement et de commercialisation ; 6) les dépenses R&D sont très concentrées : les 1000 sociétés du panel représentent 85% des dépenses mondiales de R&D des entreprises au sein du secteur privé et 55% lorsqu'on intègre également les dépenses réalisées dans le secteur public ; 7) le « Top 10 » 2005 des investisseurs en R&D est, par ordre décroissant : Ford, Toyota, Daimler Chrysler, General Motors, Siemens, Johnson & Johnson, Microsoft, IBM et GlaxoSmithkline. 118 sociétés ont été par ailleurs distinguées pour avoir tiré le meilleur effet de levier de leurs innovations. ; 8) les dépenses R&D sont concentrées au sein de quelques secteurs industriels : en 2005, près des deux tiers des investissements en R&D ont été réalisés par les secteurs « informatique et électronique » (26%), « santé » (22%) et « automobile » (17%) ; 9) en conclusion, deux éléments sont régulièrement cités comme facteurs de réussite: une stratégie d'innovation calquée sur la stratégie de l'entreprise et un accent mis sur le consommateur. (I.L.)