Bruxelles, 22/11/2007 (Agence Europe) - Répondant à la demande du Conseil européen de mars dernier (EUROPE 9383/3), la Commission européenne a adopté, jeudi 22 novembre, son plan stratégique pour le développement des technologies énergétiques (voir un premier aperçu du « SET Plan », EUROPE 9539/22).
Les technologies énergétiques ont un rôle essentiel à jouer pour répondre au triple défi de la lutte contre le changement climatique, la sécurité de l'approvisionnement énergétique et la compétitivité. En sus de la mise en place de mesures dans les domaines du rendement énergétique, des normes, des mécanismes de soutien et de la tarification du carbone, l'UE doit favoriser leur déploiement, via un effort de R&D plus important, pour atteindre les objectifs qu'elle s'est fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre aux horizons 2020 (20-30%) et 2050 (60-80%), de renouvelables et d'efficacité énergétique.
Pour la Commission, l'Europe dispose d'un potentiel énorme pour développer une nouvelle génération de technologies énergétiques à faible teneur en carbone. Sa vision à long terme est la suivante: - d'ici 2020, ces technologies devront permettre de concrétiser l'objectif de 20% d'énergie produite à partir de sources renouvelables grâce à une forte augmentation de la part des sources les moins coûteuses (parcs éoliens en mer et biocarburants de 2ème génération) ; - d'ici à 2030, la chaleur et l'électricité devront être surtout produites à partir de sources à faible intensité carbonique et de centrales électriques à combustibles fossiles faiblement émettrices de CO2 incluant la technologie de la capture et du stockage de CO2 (CCS), et les transports devront s'adapter progressivement à l'utilisation de biocarburants de 2ème génération et de piles à combustible à l'hydrogène ; - pour 2050 et au-delà, la conversion du système énergétique européen aux technologies à faible intensité carbonique devra être achevée, et le bouquet énergétique de l'UE devra être composé de renouvelables, de technologies d'utilisation durable du charbon, du gaz et de l'hydrogène et, pour les Etats membres qui le souhaitent, de nucléaire en faisant appel à la fission de 4ème génération et à la fusion.
Pour profiter du potentiel qui s'offre à eux, les Vingt-sept doivent donc organiser et mettre en œuvre des actions visant à soutenir le développement des technologies énergétiques déjà existantes et la mise au point de nouvelles, à réduire leur coût et favoriser leur lancement sur le marché. Ces actions se concentreront prioritairement sur: - l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments, des appareils, des équipements, des procédés industriels et des systèmes de transport ; - le développement des biocarburants, en particulier ceux de 2ème génération, pour en faire des solutions de substitution compétitives aux hydrocarbures ; - le développement des grands parcs éoliens en mer et d'un réseau européen offshore ; - le développement compétitif de l'électricité photovoltaïque pour exploiter l'énergie solaire; - l'utilisation des technologies des piles à combustible et de l'hydrogène pour en exploiter les avantages dans les transports et dans la production décentralisée d'énergie; - le développement des technologies d'utilisation durable du charbon et du gaz, en particulier dans le domaine de la CCS ; - le maintien de la supériorité technologique de l'UE en matière de fission nucléaire de 4ème génération et de fusion.
L'UE se trouve toutefois confrontée à un problème de taille: la R&D énergétique est insuffisamment financée, dispersée et mal coordonnée. Le processus d'innovation dans le domaine de l'énergie souffre de faiblesses structurelles, depuis la phase de la conception initiale jusqu'à la phase de pénétration du marché. Le marché ne manifeste pas d'inclination naturelle en faveur de ces technologies, qui, à première vue, sont dénuées d'intérêt à court terme pour les entreprises. En outre, les budgets publics alloués à la R&D énergétique sont insuffisants et en net recul depuis les années 80. Pour la Commission, il est évident qu'une grande partie des défis technologiques à relever par la politique énergétique de l'UE sont hors de portée des instruments de coopération utilisés actuellement et qu'un renversement des mentalités s'impose. Elle propose donc une nouvelle approche davantage axée sur l'élaboration de programmes communs et une meilleure utilisation de l'espace européen de la R&D et de l'innovation.
Le plan prévoit notamment le lancement d'une série de nouvelles initiatives industrielles européennes prioritaires centrées sur le développement des technologies pour lesquelles une coopération à l'échelle communautaire présente une valeur ajoutée. Il propose de dynamiser la R&D et l'innovation dans le secteur privé en harmonisant les activités européennes, nationales et privées. Il propose également la création d'une Alliance européenne dans le domaine de la recherche énergétique pour accroître la coopération entre les organismes de R&D ainsi qu'une intensification des activités de programmation à l'échelon européen en ce qui concerne les infrastructures et les systèmes énergétiques.
La Commission insiste évidemment sur la nécessité d'accroître les ressources financières dans ce domaine et présentera ses idées sur le financement des technologies à faible intensité carbonique courant 2008. Elle mettra en place un système d'information destiné à établir un panorama précis des technologies énergétiques dans toute l'Europe et élaborera avec les Etats membres un processus permettant une planification commune de la R&D sur les technologies énergétiques. Un sommet leur sera consacré en 2009 pour évaluer les progrès accomplis. (E.H.)