Luxembourg, 09/10/2007 (Agence Europe) - Réunis mardi 9 octobre à Luxembourg, les ministres européens des Finances ont fait le point sur la situation économique dans l'UE, trois semaines après leurs discussions de Porto relatives aux turbulences financières ayant secoué les marchés financiers (voir EUROPE n° 9503). Réitérant leur confiance envers la capacité de l'économie européenne à faire face à ces turbulences, ils ont eu un échange de vues sur les actions à entreprendre en vue d'améliorer la transparence des marchés et de renforcer la stabilité financière en cas de défaillance d'un établissement bancaire transfrontalier. Ils ont adopté des conclusions introduisant une feuille de route pour l'amélioration de la stabilité financière (voir EUROPE n° 9517). La Présidence portugaise fera rapport au Conseil européen au cas où les chefs d'État et de gouvernement se saisiraient de ce dossier lors du Sommet informel de Lisbonne les 18 et 19 octobre.
« L'impact » sur l'économie européenne de la crise financière née du marché américain du crédit hypothécaire à risque « dépendra de la durée et de la magnitude des turbulences en cours », a déclaré Fernando Teixeira dos Santos, ministre portugais des Finances, à l'issue des travaux du Conseil Ecofin. « Le processus de réévaluation des risques est encore en cours », a-t-il ajouté. Selon lui, les travaux que va lancer le Conseil Ecofin pour apporter une réponse institutionnelle aux turbulences agitant les marchés financiers seront guidés par « quatre grandes préoccupations »: - « l'augmentation de la transparence des marchés financiers » et notamment « l'exposition des institutions financières au risque de crédit » ; - « l'amélioration de la gestion du risque, y compris le risque de liquidité » ; - voir dans quelle mesure « le cadre de supervision prudentielle doit être renforcé au niveau européen » ; - l'évaluation du « rôle des agences de notation financière dans le classement des instruments financiers complexes ». Sur la gestion de crise, « le Conseil s'est contenté d'accepter ce qui a été convenu à Porto », a résumé Charlie McCreevy, commissaire européen chargé du marché intérieur.
Les ministres n'ont modifié qu'un seul paragraphe du projet de conclusions sur l'amélioration de la stabilité financière qui leur a été soumis. Le changement opéré rappelle la compétence de la Commission en matière d'aides d'État: le Conseil Ecofin invite l'institution européenne à clarifier, en collaboration avec les États membres, les conditions dans lesquelles une crise bancaire majeure serait considérée comme « une perturbation grave de l'économie » au sens du traité et des règles sur les aides d'État. « La Commission sera manifestement compétente pour juger de l'opportunité d'une intervention (publique) en cas de crise » impliquant un établissement financier, a indiqué M. Teixeira dos Santos.
Propositions françaises. Dans la continuité de la déclaration commune franco-allemande appelant à une transparence accrue des marchés financiers (voir EUROPE n°9498), Christine Lagarde, ministre française des Finances, a fait à Luxembourg quelques propositions concrètes dans ce domaine. Il faut « améliorer la transparence » de la chaîne de titrisation, a-t-elle déclaré, et en « clarifier les responsabilités: mieux superviser les prêteurs, mieux connaître les risques et mieux identifier leur mode de diffusion ». La titrisation est une technique financière qui permet de transformer certains actifs tels que des crédits en titres liquides ensuite revendus sur d'autres marchés financiers. Elle a été accusée de contribuer à l'opacité de l'information financière. C'est pourquoi la délégation française est d'avis qu'« une standardisation des produits issus de la titrisation » serait bénéfique. Mme Lagarde plaide aussi pour une « réflexion spécifique » sur « les conflits d'intérêt » auxquels les agences de notation financières peuvent être confrontées. Autre chantier à lancer: la façon d'appréhender « le risque de liquidité ». Sur ce point, « une revue des règles prudentielles » doit avoir lieu, a estimé Mme Lagarde. Et d'appeler aussi à une transparence accrue des « hedge-funds » à travers « la mise en place par les professionnels de codes de conduite volontaires ».
L'Italie a réitéré sa position selon laquelle l'intégration européenne des politiques régissant le secteur financier était en retard par rapport à la vitesse à laquelle les marchés financiers se développent dans l'UE. Tommaso Padoa-Schioppa, ministre italien des Finances, a plaidé pour un examen du fonctionnement de la réglementation et du contrôle prudentiel dans ce secteur, non seulement du point de vue de la garantie de la stabilité financière mais aussi du coût afférent au respect des normes par les établissements bancaires transfrontaliers. Il faudrait que « les institutions bancaires expriment leurs opinions », a-t-il déclaré. (mb)