Bruxelles, 08/10/2007 (Agence Europe) - En donnant la parole à des experts internationaux sur le défi de la protection du climat après 2012, la commission temporaire du Parlement sur le changement climatique, présidée par Guido Sacconi (PSE, italien), a servi de caisse de résonance aux divergences d'approche qui demeurent, notamment entre l'UE, les grands pays émergents, et les Etats-Unis. Ce sont ces divergences qu'il conviendra d'aplanir pour garantir le succès de la conférence de Bali (3-14 décembre) où doivent être lancées, sous l'égide de l'ONU, les négociations sur l'après-Kyoto. Cette session thématique, la deuxième d'une série de six qu'organisera la commission temporaire d'ici au mois de mars, a également permis au Parlement de témoigner de sa détermination à servir de plate-forme d'échanges et à s'engager en faveur d'une politique de lutte contre le réchauffement, globale et résolue, assortie d'objectifs contraignants.
Hans-Gert Pöttering, président du Parlement, a planté le décor en déclarant: « Le changement climatique ne se réduit pas à une question exclusivement environnementale, pas plus qu'il ne se réduit à une question de développement ou à une exigence purement technologique. Le changement climatique a une composante géopolitique et de sécurité internationale. Il concerne donc tous les aspects de notre vie: notre écosystème, notre santé, nos méthodes de production, notre sécurité. Le changement climatique a des effets de très vaste portée et à long terme: son combat est un impératif de la raison, un impératif de justice à l'égard des générations futures ». D'où la nécessité de « trouver d'urgence une réponse globale, internationale et contraignante ». Selon M. Pöttering, la rencontre sur le changement climatique entre les députés européens et nationaux qui a eu lieu les 1er et 2 octobre à Bruxelles pour débattre de stratégies de réduction des émissions, notamment dans le secteur des bâtiments, et d'énergies renouvelables, est un « premier pas précieux vers la création d'un consensus parlementaire international sur la lutte contre le réchauffement ». Pour John Ashton, représentant spécial du ministère britannique des Affaires étrangères pour le changement climatique, « l'effort à faire pour construire une économie mondiale qui, en matière d'énergie, devrait atteindre, à la fin du siècle un degré zéro de carbone » est tout l'enjeu du débat. Or, « nous sommes loin d'avoir pris la mesure de nos besoins en matière d'énergie. Nous devons commencer par être au clair sur ce point ». Et même si les gouvernements fixent des objectifs en matière d'émissions, les entreprises ont un rôle majeur à jouer car une grande part des décisions importantes sont en réalité « prises dans des conseils d'administration et le débat porte en grande partie sur la direction prise par les flux de capitaux privés ».
L'ambassadeur de la mission japonaise auprès de l'UE, Takekazu Kawamura, a plaidé pour un régime post-2012 « souple et diversifié », impliquant tous les principaux contributeurs aux gaz à effet de serre, et conciliant protection du climat et croissance économique. Au nom de la Chine, Ronglai Zhong, de la représentation chinoise auprès de l'UE, a insisté sur la nécessité de définir des « responsabilités communes mais différenciées » au niveau mondial, de mettre en place un mécanisme universel de transfert de technologies propres, et d'intégrer les objectifs climatiques dans les politiques de développement durable et les objectifs du Millénaire pour le développement. Son pays, qui a déjà obtenu de « grands succès » dans la lutte contre le changement climatique, s'est engagé à poursuivre la restructuration de son économie afin de promouvoir les technologies vertes et de réduire ses émissions de CO2, a-t-il expliqué en précisant que la Chine atteindra l'objectif de 10% d'énergie renouvelable en 2012 et 16% d'ici à 2020. Au nom des Etats-Unis - chantre des investissements dans les technologies propres comme alternative à des objectifs de réduction des émissions - Boden Gray, ambassadeur américain auprès de l'UE, a estimé que « la croissance économique, la sécurité énergétique et le changement climatique doivent s'envisager dans une approche intégrée », mais que « nous ne disposons pas encore des technologies nécessaires pour atteindre nos objectifs ». Et d'insister sur les espoirs que placent les Etats-Unis dans le développement des techniques de capture et de stockage du carbone. Yvo De Boer, secrétaire exécutif de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, a balayé du revers de la main l'hypothèse d'un échec à Bali, sur laquelle l'interrogeait l'eurodéputé Chris Davies (ALDE, britannique). « Si nous pouvons associer les pays en développement en les aidant à atteindre à la fois un développement durable, à augmenter leurs capacités d'investissement et à réduire leurs émissions de CO2, ce serait un succès », a-t-il précisé. La meilleure façon pour l'Europe d'encourager les autres pays dans les négociations internationales est de « passer des paroles aux actes », estime Satu Hassi (Verte finlandaise), modérateur du débat. (an)