Strasbourg, 06/09/2007 (Agence Europe) - A la huitième conférence des parties à la Convention des Nations unies sur la désertification qui s'est ouverte à Madrid (COP 8, 3-14 septembre), l'UE doit défendre une position uniforme, en étroite coopération avec les pays partenaires ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique), pour oeuvrer à l'adoption d'un plan d'action stratégique de dix ans permettant de s'attaquer efficacement à un problème global qu'aggrave le changement climatique.
C'est là le message clé d'une résolution du Parlement européen, adoptée le 6 septembre à Strasbourg au terme d'un débat déclenché par une question orale de Miroslav Ouzky, président de la commission de l'environnement, sur les objectifs poursuivis par l'Union européenne lors de cette conférence axée sur la réforme d'une Convention signée en 1994. Par désertification, il faut comprendre la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, due à divers facteurs, dont les variations climatiques et les activités humaines. « Ce phénomène exige donc un diagnostic global et un programme de mise en œuvre général », souligne la résolution.
Le Parlement invite l'UE à s'engager de façon constructive dans la négociation du plan stratégique décennal et demande qu'une attention particulière soit accordée à la réalisation de progrès sur le terrain et au sein des communautés locales, à la mise en place de synergies pour contribuer à la réalisation des objectifs de la Convention et aux objectifs du millénaire pour le développement, au renforcement des capacités décentralisées et au rôle des acteurs locaux, essentiel pour la mise en œuvre de la Convention.
Il recommande qu'avant la tenue des prochaines conférences des parties soit organisée une conférence chargée d'évaluer la mise en œuvre et l'efficacité des plans d'action dans les régions les plus touchées, en particulier en Afrique. Conscients que le niveau élevé de dégradation des sols constitue un obstacle majeur au développement futur des pays touchés, les eurodéputés demandent que la politique de développement de l'UE mette plus particulièrement l'accent sur ce phénomène et sur l'évaluation des besoins en aide au développement.
Préoccupé par l'insuffisance des fonds engagés pour lutter contre la désertification, le Parlement invite l'UE à accroître le financement de mesures dans le cadre des mécanismes flexibles établis par la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Il demande aussi que la réforme de la politique agricole commune prévoie l'introduction de critères contraignants relatifs à la lutte contre la désertification et la dégradation des sols dans les régions touchées au sein de l'UE, et qu'une politique de prévention et de mise en œuvre soit élaborée pour maintenir la population dans les zones rurales. Un amendement du groupe ALDE demande en outre que des mesures globales d'entretien des forêts soient mises en place pour réduire autant que faire se peut l'inflammabilité de la végétation, la propagation et la vitesse de progression des incendies, et souligne que la biomasse ainsi récupérée pourrait contribuer à assurer la faisabilité économique de l'initiative. La Commission européenne est invitée à envisager la création d'un observatoire de la sécheresse qui rassemblerait les connaissances et proposerait des mesures d'atténuation et de suivi pour minimiser les effets des sécheresses en Europe. Le Parlement réitère par ailleurs sa déception face à l'absence de réglementation interdisant dans l'UE l'importation de bois d'origine illégale.
Au nom de la Commission, Joaquín Almunia s'est réjoui que quatre députés européens soient membres de la délégation qui représentera l'UE à Madrid, à une conférence qui constitue « un outil essentiel pour l'utilisation durable du sol, la lutte contre la pauvreté et la famine » dont il convient d'assurer la mise en œuvre pratique et la coordination des bailleurs de fonds. Selon lui, « s'adapter pour optimiser l'efficacité des travaux » est l'objectif de la conférence, et l'adoption d'un plan stratégique sur dix ans, la priorité.
La Présidence portugaise, remerciée par les eurodéputés pour avoir récemment mis les sécheresses et les pénuries d'eau au cœur du débat politique lors du Conseil informel de Lisbonne (EUROPE n°9493), a souligné l'adéquation entre les demandes du Parlement et les conclusions du Conseil Environnement qui ont défini la position de l'UE en prônant l'élaboration de plans stratégiques, l'établissement d'un nombre limité de priorités pour la mise en œuvre, la participation accrue de la société civile, l'amélioration de la communication, la création d'un mécanisme de surveillance de l'application de la Convention, la mise au point d'indicateurs pour mesurer les progrès, une dotation financière suffisante pour apporter une réponse coordonnée au triple défi de la désertification, du changement climatique et de l'érosion de la biodiversité, ainsi que l'établissement du lien entre la lutte contre la pauvreté et la lutte contre la désertification. Cette dernière préoccupation, directement liée à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement, était d'ailleurs au cœur de la déclaration conjointe du Conseil ACP/UE du 25 mai. (an)