Luxembourg, 13/06/2007 (Agence Europe) - A Luxembourg, les ministres européens de l'Intérieur ne sont pas parvenus mardi à trouver un terrain d'entente sur l'idée maltaise de répartir entre les 27 les immigrants sauvés au large de la Libye, malgré la récente multiplication des naufrages tragiques en Méditerranée centrale. Prenant le contre-pied de l'unité de façade à propos du problème maltais, le ministre français de l'Immigration, Brice Hortefeux, a déclaré: « Cela me paraît très difficile, on ne peut pas faire deux poids deux mesures uniquement sur les immigrés venus de la Méditerranée ». Il a en effet estimé qu'il était techniquement difficile d'établir des critères de répartition entre tous les Etats membres.
Une responsabilité collective peu partagée: Depuis la mi-mai, plusieurs naufrages dramatiques d'embarcations bondées de clandestins ont eu lieu entre la Libye et Malte (EUROPE n° 9438). Dans un premier temps accusée d'inaction, Malte tente de riposter. Le ministre maltais de l'Intérieur Tonio Borg a donc proposé que les immigrants qui sont sauvés dans la zone internationale de secours de la Libye (que celle-ci refuse de reprendre) soient accueillis à tour de rôle par les 27. « Actuellement, la situation est un désordre complet», a expliqué M. Borg à son arrivée à la réunion de Luxembourg. D'après lui, quelque 600 immigrants meurent chaque année aux portes de l'Europe, selon les estimations les plus minimes. Malte a sauvé 7.000 personnes depuis cinq ans, alors que la petite île ne compte que 400.000 habitants, a-t-il affirmé. Rien que cette année, elle a accueilli 350 immigrants, dont 250 les deux dernières semaines. M. Borg souhaite par conséquent que chaque pays « s'engage à recevoir tour à tour ces immigrants en proportion de sa population ». Le ministre accepte volontiers l'idée que le navire le plus proche du point de détresse ait l'obligation de venir au secours des personnes en danger. « Le problème, c'est qui accepte les immigrants ensuite ! », s'est-il exclamé. Conformément à ses intentions, les immigrants sauvés seraient débarqués dans l'Etat le plus proche, comme à Malte ou sur l'île italienne de Lampedusa, puis répartis dans les différents pays qui examineraient ensuite les demandes d'asile ou les rapatrieraient. Néanmoins, seul le ministre de l'Intérieur espagnol Alfredo Perez Rubalcaba a apporté clairement son soutien à cette idée. Le ministre allemand de l'Intérieur Wolfgang Schäuble a affirmé qu'il fallait certainement « prendre des mesures pour éviter que les gens se noient dans la Méditerranée », ajoutant toutefois que cette question de la « répartition du fardeau » serait traitée dans le « long terme ». Cette question de la répartition du fardeau est d'autant plus difficile à admettre pour l'Allemagne car, dans les années 90, elle avait dû faire face seule à l'afflux de réfugiés provoqué par la guerre en Bosnie. Devant les journalistes, M. Schäuble a fait plusieurs fois référence à cette situation. Selon un diplomate, « il n'y a pas de clef de répartition préétablie, un partage ne pouvant se faire qu'au niveau informel ». M. Hortefeux a aussi estimé qu'il fallait aussi s'occuper des immigrants morts, après que la marine française a recueilli 18 cadavres au début du mois. « Le droit maritime ne prévoit rien sur la gestion des dépouilles (mortelles), c'est une question qu'il conviendrait de creuser », a-t-il déclaré.
Des promesses non tenues: Comme prévu, le Commissaire chargé de l'Immigration, Franco Frattini, a lancé un appel à l'intention des Etats membres pour qu'ils tiennent leurs promesses vis-à-vis de la fourniture d'équipement à l'agence aux frontières de l'UE, Frontex, qui dispose en tout et pour tout de 10% du matériel - avions, hélicoptères, bateaux - initialement proposé (EUROPE n°9440). « Je n'ai vu aucune objection » de la part des Etats membres sur la fourniture effective de l'équipement demandé, a indiqué M. Frattini. Le Commissaire a interprété ce silence par le fait que les Etats « sont prêts à confirmer la fourniture rapide des équipements ». Le Commissaire a par ailleurs annoncé qu'il était prêt à dégager un budget supplémentaire de 7 millions d'euros, en plus des 35 déjà prévus, pour financer d'autres missions de Frontex ou prolonger celles qui seront bientôt lancées. Les arrivées aux Canaries sont sensiblement moins nombreuses depuis la mise en place d'opérations de patrouilles coordonnées Frontex, en collaboration avec les pays d'Afrique de l'Ouest. Le lancement d'une opération « Nautilus » est prévu le 25 juin jusqu'à la fin de l'été en Méditerranée centrale, mais pour l'instant, seuls Malte, la Grèce, l'Allemagne et la France et l'Italie ont prévu d'y participer, ce qui risque de compromettre l'objectif recherché. Il est raisonnable de penser que tant que les Etats membres ne trouveront pas de règles communes d'engagement lors des opérations, l'effort collectif se résumera aux situations d'urgence, risquant même de retarder les patrouilles conjointes prévues. La Commission planche donc sur la définition de ces règles. « Tant qu'il n'y a pas plus de participation, il existe une très grande possibilité pour que les exercices de patrouille de Frontex ne commencent même pas cet été », a annoncé M. Borg. Dans une lettre, le directeur de l'Agence, Ilkka Laitinen, a rappelé que « Frontex n'est pas et ne sera jamais la panacée aux problèmes de l'immigration clandestine ». Il a souligné que la mission de cette agence n'était pas de mener des opérations de secours mais de protéger les frontières extérieures de l'UE.
La Libye brouille les cartes: La situation en Méditerranée centrale est fortement envenimée par l'attitude très controversée de la Libye qui monnaie son aide auprès de l'Union, estiment plusieurs sources. « La Libye use de manœuvres dilatoires pour ne pas remplir ses obligations », estime l'une d'entre elles. Une quinzaine d'experts de Frontex se sont récemment rendus dans le sud de la Libye, où les frontières sont particulièrement poreuses, pour envisager une aide. Pour autant, aucun signe encourageant n'est venu de Tripoli sur sa volonté de participer à des patrouilles en Méditerranée. (bc)