Strasbourg, 24/05/2007 (Agence Europe) - Compris par certains, critiqué par d'autres, le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, qui a esquissé mercredi face au Parlement européen ce qu'il considère comme des solutions possibles à l'impasse sur la réforme de l'Union (EUROPE n° 9431), a reçu en fin de compte le jugement le plus généreux des bancs de la gauche. « Vous avez été encourageant », a affirmé le travailliste britannique Richard Corbett: vous auriez pu venir en disant tout simplement: « nous avons dit non à la Constitution » mais vous vous êtes dit prêt au compromis, vous n'avez pas dit que vous voulez « tout jeter », mais vous avez indiqué votre disponibilité à négocier sur la substance, et je vous en remercie.
Le président du groupe PPE/DE, Joseph Daul, a même parlé de « vision largement partagée » ce qui lui a valu quelques protestations, mais en précisant ensuite qu'il faut, à son avis, reprendre « ce qui était bon dans les parties I et II » du projet de traité constitutionnel. Il estime cependant, dans la ligne de M. Balkenende, qu'il faut dire clairement ce que l'Union peut faire, et résoudre les problèmes institutionnels avant de songer à de nouveaux élargissements.
Vous avez dit, constate à son tour Martin Schulz, président du groupe socialiste, qu'il faut se concentrer sur ce qui unit les Vingt-sept plutôt que sur ce qui les divise, mais en même temps vous mettez en cause certains symboles, ou certaines fonctions, notamment celle de ministre des Affaires étrangères de l'Union. En s'exprimant partiellement en néerlandais, M. Schulz a dit cependant sa confiance dans le peuple néerlandais, « un peuple de navigateurs qui saura trouver le bon cap ».
Au l7ème siècle, vous avez uni vos sept provinces, et c'est de là qu'est venu votre succès, lui a rappelé le président du groupe ALDE, Graham Watson, en estimant que le projet de traité constitutionnel ne mènerait pas à un « super-Etat » mais à des « super-citoyens » et que la substance du texte doit être maintenue. Son compatriote Andrew Duff (ALDE) ne comprend pas les inquiétudes de M. Balkenende en ce qui concerne les transferts de souveraineté, et exprime à son tour des soucis sur la possibilité que les parlements nationaux puissent bloquer le processus législatif de l'Union, ce qui représenterait une « grave mainmise » contre le droit d'initiative de la Commission et les prérogatives du Conseil et du PE. On finirait par créer une troisième chambre, ce qui est tout le contraire de la simplification souhaitée et un abus du principe de la séparation des pouvoirs, craint M. Duff.
Ce souci est partagé par le Belge Jean-Luc Dehaene (PPE/DE), qui est d'accord pour que les parlements nationaux soient davantage impliqués, mais pas si cela équivaut à la création d'une nouvelle institution. M. Dehaene doute également de la nécessité d'inscrire les critères d'élargissement dans le traité: il y a déjà la Cour qui assure le contrôle juridique, rappelle-t-il.
« Consensus, compromis, coopération »: voici les mots clé pour la réforme de l'Union, selon le président du groupe UEN, l'Irlandais Brian Crowley, qui s'insurge en revanche contre l'intervention de Romano Prodi sur une éventuelle Europe à deux vitesses « avec des mots qui font plutôt penser à George Bush ». Kathalijne Buitenweg (Verts/ALE) est Néerlandaise, mais elle n'est pas d'accord avec son Premier ministre, notamment en ce qui concerne la place que doit avoir la Charte des droits fondamentaux (pour elle, c'est bien dans le traité lui-même). Au nom de la GUE/NGL, son compatriote Erik Meijer, bien qu'étant d'une tout autre sensibilité politique, a encouragé M. Balkenende: ne vous laissez pas intimider par ceux qui défendent le texte de la Constitution, beaucoup de citoyens dans d'autres pays auraient dit aussi « non » s'ils en avaient eu la possibilité, a dit M. Meijer.
Certains parlementaires se sont attardés sur les symboles de l'Union qui seraient remis en cause: hymne ou drapeau, chaque commune a droit aux siens, pourquoi nier ce droit à l'Union, proteste l'Allemande Sylvia Kaufmann (GUE/NGL), en ajoutant que les citoyens ne s'intéressent pas aux disputes sur les drapeaux, ils veulent savoir si l'Union défend leurs droits. Johannes Voggenhuber a été plus virulent: dans une émission télévisée, des jeunes hollandais ont affirmé que l'Europe est une zone de libre-échange, éliminer les symboles les encouragerait dans cette manière de penser, alors que la citoyenneté européenne existe, et que le Parlement européen en est la représentation supranationale, a martelé le Vert autrichien. (lg