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Bulletin Quotidien Europe N° 9432
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/france

« un consensus est en train de se faire autour de l'idée d'un traité simplifié », estiment MM. Sarkozy et Barroso - Paris durcit le ton sur le cycle de Doha - Initiative française pour un « gouvernement économique »

Bruxelles, 24/05/2007 (Agence Europe) - Le Président français Nicolas Sarkozy a réitéré mercredi soir devant la presse à Bruxelles - où il s'est entretenu avec José Manuel Barroso et plusieurs Commissaires - la détermination de la France à contribuer à une solution « rapide » de la crise institutionnelle de l'Union moyennant un « traité simplifié » qui est « la seule solution possible » et pour lequel un mandat « précis » doit être approuvé par le Conseil européen des 21/22 juin. Il a aussi demandé que l'UE prenne davantage en compte les soucis des citoyens qu' « elle doit protéger, pas inquiéter », notamment face à la mondialisation. En ce qui concerne les négociations commerciales à l'OMC, il a une fois de plus critiqué le mandat de négociation du Commissaire Peter Mandelson et insisté sur la réciprocité des concessions que l'UE a déjà faites dans les pourparlers à Genève. M. Sarkozy a aussi annoncé des propositions françaises en faveur d'un « véritable gouvernement économique » pour la zone euro et confirmé son hostilité à une adhésion de la Turquie à l'UE - un sujet qu'il ne souhaite cependant pas mettre sur la table tout de suite car ce serait « contre-productif » dans le contexte actuel des réformes institutionnelles et parce que la question turque « ne se pose pas en ce moment ».

Le président de la Commission européenne, M. Barroso, a salué devant la presse la rapidité avec laquelle le nouveau Président français s'est rendu à Bruxelles: « C'est un geste d'une grande signification, un geste pour l'Europe ». M. Sarkozy a énormément de « volontarisme, d'énergie et de dynamisme et j'attends de lui qu'il les mette au service de la France, mais aussi de l'Europe », a dit M. Barroso.

Un « traité simplifié » pour l'UE. L'Union ne peut pas rester dans la « paralysie relative » dans laquelle elle se trouve depuis les « non » français et néerlandais sur la Constitution européenne, « je ne me résous pas à l'immobilisme », il faut « rapidement débloquer la situation (…) on a perdu trop de temps, il faut aller vite », a insisté M. Sarkozy. Le traité simplifié, contenant seulement « peu d'articles », est « la seule solution possible (…) et je vois qu'autour de cette idée, on progresse », s'est félicité le Président français. Quant au contenu de ce traité simplifié, « qui ne peut pas être une constitution », il s'est limité à donner quelques indications: présidence « stable » du Conseil, coopérations renforcées, extension des votes à la majorité qualifiée (« notamment dans le domaine de l'immigration »). M. Sarkozy a rappelé qu'il a obtenu du peuple français un mandat pour négocier un traité « qui sera ratifié par le Parlement. Il y a donc une marge de négociation de la France pour débloquer la situation », a-t-il remarqué. M. Barroso a lui aussi constaté qu' « il y a un consensus qui se fait autour de l'idée d'un traité simplifié ». Ce même consensus a aussi prévalu lors de la réunion informelle de Sintra les 12/13 mai dernier à laquelle a aussi participé l'actuelle présidente du Conseil européen, Angela Merkel, a dit M. Barroso. Ce qui compte pour la Commission européenne (qui aurait préféré le Traité constitutionnel, a rappelé M. Barroso), c'est que le nouveau traité permette à l'Union d'agir « avec plus d'efficacité, plus de légitimité démocratique et plus de cohérence sur le plan extérieur ».

Un gouvernement économique pour l'eurozone. Pour la France, il est prioritaire de doter l'eurozone d'un « véritable gouvernement économique », sans toutefois remettre en cause le rôle et l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE). « Nous prendrons des initiatives le moment venu pour faire avancer les choses » dans ce domaine, a annoncé M. Sarkozy qui affirme avoir déjà dans sa tête des idées précises et un calendrier, mais qui souligne toutefois qu' « il ne serait pas raisonnable de les avancer avant un Conseil européen (de juin) déjà chargé ». « Cela risquerait de tout compliquer, alors que je veux tout simplifier », a-t-il lancé, rappelant la priorité qu'il veut donner au nouveau Traité de l'UE. Le Président français souhaite que le niveau élevé de l'euro puisse être discuté, notamment par rapport au dollar. Faut-il ajouter le « dumping monétaire » aux dumpings fiscal, salarial, social et environnemental ?, s'est-il interrogé. Mais, a-t-il souligné, «je n'ai jamais remis en cause l'indépendance de la BCE ».

Négociations commerciales à l'OMC. « Je suis pour le libre commerce, la mondialisation ne me fait pas peur », mais la France n'est pas prête à se laisser enfermer dans un mandat de négociation (donné par les Etats membres au Commissaire Peter Mandelson) « qui laisse le choix entre naïveté et fermeture », a dit M. Sarkozy à la presse. « Je veux la réciprocité » dans les concessions à faire: « si l'Europe doit s'ouvrir, je veux que les autres s'ouvrent aussi, en même temps et dans les mêmes conditions », a-t-il dit. Il a aussi défendu l'agriculture européenne que la France n'est pas prête à jouer contre les services dans les négociations à l'OMC. « Je crois que l'indépendance alimentaire de l'Europe, c'est très important, je crois que la sécurité alimentaire c'est très important et je n'ai pas reçu mandat pour brader les intérêts de l'agriculture européenne ou de l'agriculture française ». « Je ne veux pas qu'on me dise: c'est les services contre l'agriculture (…) Je n'ai pas la vision d'une Europe où on n'aurait plus le droit d'avoir d'agriculteurs sous bénéfice d'avoir l'ouverture sur les services (…) ». L'Europe, qui est la principale puissance exportatrice du monde, « ne peut pas se fermer » à la concurrence mondiale, a pour sa part insisté José Manuel Barroso ; « ce serait mauvais pour notre économie et nos emplois, y compris en France ». Il a cependant reconnu qu'il fallait, pour aboutir à un accord équilibré sur la libéralisation des échanges, que « les autres » pays, notamment les Etats-Unis, « fassent un peu plus d'efforts » en matière de réduction des subventions agricoles.

Turquie. « Je n'ai pas changé d'avis: je ne pense pas que la Turquie ait sa place dans l'Union européenne », a précisé M. Sarkozy qui ne voit cependant pas l' « utilité de poser cette question maintenant, alors qu'elle ne se pose pas » et que l'Union a « suffisamment de pain sur la planche » avec la réforme de ses institutions. Même si le débat sur la Turquie reste « incontournable », il serait « contre-productif » de le lancer maintenant. Après la CIG sur le futur Traité, l'on pourra « tranquillement, profondément et sincèrement » débattre de l'avenir de l'Union, de sa capacité d'absorption et de ses frontières, estime le Président français.

Coopérations renforcées, Europe à plusieurs vitesses. « Je préfère une Europe qui avance par le biais des coopérations renforcées à une Europe qui stagne », a dit M. Sarkozy en répondant à une question, déplorant notamment le manque de progrès en matière de politique d'immigration en raison de la règle de l'unanimité. En revanche, a-t-il dit, « je me méfie des cercles » qui sépareraient les Etats membres en « première et deuxième division », a dit le Président français. La Commission européenne est également favorable aux coopérations renforcées « si cela permet d'avoir plus de flexibilité et d'avancer dans certains domaines », mais ce serait une « grande erreur » de « stratifier l'Europe », de différencier entre pays membres de « première et de deuxième classe », a dit José Manuel Barroso.

Siège du Parlement européen. « Non », le siège du Parlement européen à Strasbourg « n'est pas négociable », a répondu M. Sarkozy à une question d'un journaliste. Le siège est fixé par le traité, cela fait partie de l' « équilibre fondateur » de l'Union « et je ne vois pas au nom de quoi Strasbourg serait négociable et pas les autres sièges » des institutions européennes, a-t-il dit. (hb)

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