Mayence, 22/05/2007 (Agence Europe) - Multifonctionnalité, compétitivité, sécurité et qualité des aliments, soutien à la lutte contre le changement climatique: les ministres de l'Agriculture des Etats membres de l'UE ont rappelé, lors de leur réunion informelle du 20 au 22 mai à Mayence, en Allemagne, les valeurs communes qui les animent sur les rôles des zones rurales et de l'agriculture dans la société. Les Etats membres se sont montrés bien plus partagés sur les mesures à prendre pour aider les zones rurales à relever les défis de demain, en particulier sur l'effort financier entre le premier pilier (aides directes et dépenses de marché) et le second pilier (développement rural) de la Politique agricole commune (PAC) et le bilan de santé de cette politique qui doit être mené en 2008, un an avant la révision à mi-parcours du budget de l'UE.
Lors d'une conférence de presse à l'issue du débat, mardi 22 mai, sur l'avenir des zones rurales et de l'agriculture, le Président en exercice du Conseil Agriculture, le ministre allemand Horst Seehofer, a noté le désir de simplifier encore davantage les règles de la PAC (« déréglementer et débureaucratiser »), de préserver le rôle multifonctionnel de l'agriculture et de faire en sorte que l'agriculture apporte une contribution significative à la lutte contre la changement climatique grâce à la production de matières premières renouvelables et de biocarburants (en particulier le biogaz). En outre, les Etats membres ont insisté sur l'importance « d'apporter des réponses aux besoins des générations actuelles sans toutefois hypothéquer les réponses aux besoins des générations futures », a ajouté le ministre allemand. M. Seehofer a dit que l'Allemagne et d'autres pays d'Europe centrale et orientale se sont interrogés sur les mesures à prendre pour aider davantage les agriculteurs à faire face à des situations de crise découlant de catastrophes naturelles, surtout météorologiques (comme le gel qui vient de sévir en Hongrie, Slovaquie et Slovénie).
Mariann Fischer Boel, la Commissaire à l'agriculture, a répondu en conférence de presse que les mesures de gestion des risques et des crises dans le secteur agricole (y compris après des intempéries) seraient un des sujets du bilan de santé de la PAC, l'année prochaine. Elle a estimé en substance que les pays de l'UE seraient bien inspirés de faire davantage pour promouvoir les activités non-agricoles en zones rurales. Selon elle, cet effort serait payant puisqu'il permettrait de réduire l'écart entre les zones urbaines et rurales. Dans ce contexte, la Commissaire a fourni des indications sur la répartition des crédits 2007-2013 de développement rural en fonction des axes d'intervention: 19% du total des fonds communautaires sont alloués à l'axe 3 contenant les mesures pour améliorer la qualité de vie et diversifier l'économie dans les zones rurales. 35% des aides vont à l'axe 1 (améliorer la compétitivité de l'agriculture et de la sylviculture) et 46% à l'axe 2 (améliorer l'environnement et l'espace rural). La Commissaire a noté « un développement positif » pour les actions de l'axe 1, en particulier lorsque les projets concernent la recherche et les investissements. Mais elle a déploré le faible niveau de financement pour l'axe 3, une tendance qui, selon elle, « laisserait supposer qu'une majorité d'Etats membres rechignent à promouvoir les investissements en dehors du secteur agricole ».
Mme Fischer Boel a annoncé qu'elle proposerait, lors du bilan de santé, d'augmenter de 1% de plus par an le niveau de modulation des aides entre 2009 et 2013 pour atteindre10% en fin de parcours. La modulation est de 5% en 2007 et sera d'autant en 2008. La modulation permet de réduire de ces niveaux les aides directes pour transférer les fonds ainsi libérés vers l'enveloppe de développement rural.
M. Seehofer s'est publiquement opposé à cette idée, en faisant valoir que le budget agricole (aides et dépenses de marché) ne doit pas être modifié avant la fin de l'année 2013, conformément aux décisions du Conseil européen d'octobre 2002. Il a souligné aussi qu'il fallait tenir compte de l'intégration de la Roumanie et de la Bulgarie dans la PAC (ces pays devraient recevoir, selon lui, entre 7 et 10% d'aides directes) et des résultats des négociations à l'OMC qui risquent de se traduire par une baisse des restitutions à l'exportation et de certains droits de douane. Lors du débat, un groupe d'Etats membres (France, Espagne, Italie, Autriche, Hongrie) a protesté aussi contre le transfert supplémentaire de crédits du 1er vers le second pilier de la PAC, tandis que d'autres (Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Suède, Estonie, Lettonie) s'y sont montrés plutôt favorables (avec des nuances selon les pays).
Dans son discours devant les ministres, Mme Fischer Boel a défendu une nouvelle fois une augmentation de la modulation des aides. « Les agriculteurs n'auront un avenir qu'au sein d'une communauté rurale vivante ». « Ce qui est bon pour la communauté rurale, l'est aussi pour l'exploitant. En d'autres termes, notre politique de développement rural ne doit pas nécessairement profiter aux agriculteurs, mais aux zones rurales », a conclu la Commissaire.
En outre, cette dernière a rappelé les défis « sérieux » auxquels sont confrontées les zones rurales de l'UE: - déclin et vieillissement de la population, baisse de la productivité du travail, augmentation de la concurrence, attentes de plus en plus exigeantes des consommateurs (et donc augmentation des coûts pour les exploitants), manque d'infrastructure et de services publics…
Toutefois, la ruralité n'est pas synonyme de déclin, a lancé la Commissaire, pour qui les zones rurales attirent de plus en plus de personnes travaillant dans les villes et aussi d'investisseurs, grâce à l'amélioration des facilités de transport et de communication.
Comme l'avait fait la toute première fois Jacques Delors, l'ancien président de la Commission, Mme Fischer Boel a soutenu que « les régions rurales sont l'âme de l'Europe ». Elles couvrent plus de 90% du territoire de l'UE élargie et abritent 57% de la population totale et « représentent les richesses environnementales, socio-économiques et culturelles de notre continent, bien plus que les zones urbaines », a dit la Commissaire.
La nouvelle ministre française de l'Agriculture, Christine Lagarde, a insisté sur le rôle central « nourricier » de l'agriculture et sur l'importance de la préférence communautaire. « La France considère que les enjeux stratégiques de l'agriculture requièrent des politiques ambitieuses, modernes et efficaces, dont les objectifs ne sont pas négociables. L'agriculture par sa dimension stratégique, les valeurs qu'elle incarne par son ancrage dans la culture, exprime l'identité de la France et de l'Europe: l'identité ne se négocie pas, ni à l'OMC, ni ailleurs », a martelé la ministre française. (lc)