login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9430
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE-Russie: les divergences ponctuelles ne doivent pas compromettre la coopération indispensable, notamment pour l'énergie

L'énergie, c'est le long terme. La clarification et la normalisation des relations entre l'UE et la Russie ne seront possibles que lorsque la séparation entre les questions à court et à long terme sera reconnue. La coopération énergétique ne se conçoit qu'à long terme. La construction d'un gazoduc demande plusieurs années, la durée des contrats de livraison se situe désormais entre 25 et 30 ans, l'exploitation de nouveaux gisements implique parfois des délais encore supérieurs. Ce sont des décisions qui engagent l'avenir et qui ne peuvent pas être remises en cause chaque fois qu'une attitude d'une partie déplaît à l'autre.

Je comprends l'aspect désagréable de cette constatation dans l'esprit de certaines forces politiques et autres, si elle est comprise dans le sens que toute forme de pression sur les comportements russes devrait disparaître. L'UE devrait-elle renoncer à réagir face à la politique russe en Tchétchénie, ou aux entorses à la liberté et à la démocratie ? Certes non, tout comme Moscou continuera à réagir si un pays de l'UE installe des missiles américains près de ses frontières. Mais il faut tenir compte de la réalité. La coopération UE-Russie est indispensable, l'UE a besoin du gaz et du pétrole russes et la Russie a besoin de les vendre à l'UE pour obtenir en échange investissements et coopération technologique ; les engagements réciproques doivent être précisés, et respectés même en cas de frictions. Et les frictions sont et seront inévitables. La rhétorique et l'indignation n'y changeront rien, sauf si l'on accepte l'interruption des fournitures énergétiques et la rupture des contrats, c'est-à-dire l'incertitude permanente, ruineuse pour tous.

Interdépendance et divergences, deux réalités incontournables. Les exportations de la Russie sont dirigées vers l'UE dans la proportion de 57%, et 76% des investissements étrangers en Russie proviennent de l'UE. Le partenariat euro-russe est donc déjà une réalité. Les objectifs du nouvel accord envisagé visent à consolider ce partenariat, l'améliorer, l'approfondir, y ajouter autant que possible des dispositions politiques et des garanties, et créer les enceintes et les instruments pour discuter ensemble les divergences. La demande de supprimer le Sommet de la semaine dernière était démagogique, car l'interdépendance est un fait.

Les divergences sont actuellement nombreuses et de taille, ce qui rend le dialogue d'autant plus indispensable. Longue est la liste des désaccords couvrant: a) les questions politiques internationales, du Kosovo à l'Iran, du Moyen-Orient au Soudan ; b) les questions économiques, comme l'adhésion de la Russie à l'OMC (l'UE réclame la suppression des discriminations concernant le bois et le transport de marchandises, le respect des droits de propriété intellectuelle, la normalisation des procédures douanières et de celles relatives aux investissements), le dossier brûlant des oléoducs et des gazoducs, la vente directe par Gazprom d'une partie de son gaz aux utilisateurs finaux dans l'UE. S'y ajoutent les questions spécifiques à tel ou tel Etat membre (la Pologne, l'Estonie, la Lettonie) et les revendications de l'UE concernant les droits de l'homme et la liberté, pour ne pas parler du dossier du bouclier antimissile (pour lequel l'UE a renoncé a priori à faire valoir ses raisons, en indiquant qu'il doit être discuté entre la Russie et l'OTAN).

Aucun progrès. Qu'est-ce qu'on fait ? On boude et on ne parle de rien ? Les résultats de la rencontre à haut niveau de la semaine dernière sont instructifs: les participants ont établi une liste d'objectifs couvrant tous les domaines (reprise des négociations sur les produits agricoles polonais, adhésion russe «rapide» à l'OMC, dialogue sur les investissements, études sur un accord d'alerte précoce en cas de difficultés dans la fourniture d'hydrocarbures) mais pas une seule décision, pas un seul progrès.

Or, des divergences, il y en aura toujours. La Russie développe une stratégie mondiale autonome (il fallait l'inexpérience politique et la superficialité de M. Berlusconi pour s'imaginer que Vladimir Poutine aurait pris au sérieux une offre d'adhésion à l'UE), et elle a rejeté l'offre de participer à la «politique de voisinage» de l'UE (Eneko Landaburu l'a confirmé, voir cette rubrique dans le bulletin n° 9428). Une attitude ferme de l'UE peut infléchir les comportements russes dans les divergences bilatérales et dans les questions relatives à la démocratie et aux droits de l'homme, mais lentement et dans certaines limites. La Russie poursuivra sa politique mondiale autonome en utilisant ses produits énergétiques comme arme. Pour coopérer, l'UE doit accepter cette situation, et surtout parvenir à parler d'une seule voix, être tout aussi déterminée que son interlocuteur, croire à la validité de ses convictions. Les attitudes musclées de façade permettent à quelqu'un de prendre des postures avantageuses, mais ne sont pas très efficaces.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES