Bruxelles, 21/05/2007 (Agence Europe) - « Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ne sont pas nécessairement les amis de l'Europe sociale. Ils porteront un regard neuf sur elle et nous devrons argumenter notre combat. Séville sera une bonne occasion de passer le message de l'offensive: on y discutera de la Charte des droits fondamentaux mais aussi de l'avenir du Traité constitutionnel, etc. Si on écoute le Royaume-Uni, la Constitution sera au frigo ! »: telle est la mise en garde sévère faite par John Monks à quelques jours du Congrès de la Confédération européenne des Syndicats (CES) qui se tient cette semaine à Séville sur le thème « A l'offensive en faveur de plus d'Europe sociale, plus de solidarité, plus de développement durable » (voir EUROPE n°9403).
Regrettant que les négociations menées actuellement par Angela Merkel sur l'avenir du Traité constitutionnel « se déroulent à huis clos, sans participation directe de la société civile européenne ou des partenaires sociaux », John Monks rappelle, dans un communiqué à l'adresse des dirigeants européens, qu'« un abandon des composantes du projet de Constitution qui importent le plus pour les citoyens et les travailleurs européens aura des conséquences potentiellement dangereuses ». « Les dispositions et objectifs sociaux qui renforcent le rôle des partenaires sociaux sont indispensables si l'on veut que les travailleurs de toute l'Europe soutiennent une proposition de compromis », a renchéri le Secrétaire général de la CES. «Nous avons besoin d'une dimension sociale plus forte répondant aux préoccupations des citoyens concernant des questions telles que la sécurité de l'emploi, les restructurations d'entreprises et la mondialisation », a-t-il ajouté, en estimant que la CES devrait soutenir (1) l'ajout d'une déclaration sociale et d'un protocole social à la Constitution, (2) une coopération accrue, par exemple dans la zone euro, afin d'éviter que le progrès social dans certains pays ne soit bloqué par d'autres.
Sur cette toile de fond et afin de convaincre de la nécessité d'une Europe sociale forte et solidaire, John Monks lancera, cette semaine aux quelque 1000 délégués syndicaux réunis à Séville, un vibrant appel pour qu'ils passent à l'offensive sur les salaires, l'emploi, l'affiliation aux syndicats, et la sécurité des travailleurs. Ainsi, John Monks insiste sur la nécessité de: (1) mener campagne pour augmenter les salaires des travailleurs européens « qui méritent une telle augmentation ». Et de préciser: « le PIB va dans la poche des nantis et des super nantis ! C'est irresponsable et obscène, le fossé entre les nantis et les pauvres grandit. C'est la raison pour laquelle il faut créer du pouvoir d'achat en Europe » ; (2) mettre en place un marché du travail européen avec plus d'emplois de meilleure qualité, le plein emploi et des normes européennes meilleures dans des domaines tels que les conditions de travail, les droits syndicaux, la santé et la sécurité ; (3) traiter équitablement et sans discrimination les travailleurs immigrés ; (4) promouvoir l'égalité salariale et le respect des droits des travailleurs. « Tout ceci est important si on veut faire face au monde de la finance. Nous voulons que l'Europe sociale revive. Nous voulons montrer que l'on peut avancer dans l'Europe sociale », a précisé John Monks ; (5) de relancer les affiliations syndicales qui sont actuellement en perte de vitesse ; (6) de militer pour une Europe plus forte, en ce sens qu'il ne faut pas considérer l'Europe comme une menace pour les travailleurs mais comme une Europe qui aime les travailleurs, qui est bienveillante, qui aide les gens à affronter les grands défis et à ne pas avoir peur des grandes entreprises. Les Européens ont un sentiment d'insécurité, il faut faire quelque chose. Si les gouvernements ne font rien, il y a aura plus de nationalisme de protectionnisme. Il faut que l'on comprenne que l'Europe, c'est l'Europe des gens, pas des entreprises », a conclu John Monks. (gb)