*** GERALDINE FROGER (sous la dir. de): La mondialisation contre le développement durable ? Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "EcoPolis", n° 6. 2006, 288 p., 34,90 €. ISBN 90-5201-326-8.
Mondialisation et développement durable sont des termes à la mode et, objets de controverses, ils sont mis aussi à toutes les sauces. Ainsi que l'explique l'économiste Géraldine Froger dans son chapitre introductif, l'objet de cet ouvrage n'est pas d'analyser les enjeux problématiques liés à la mondialisation - notamment "la prédominance de la dimension financière" qui est devenue aujourd'hui sa caractéristique majeure - mais d'éclairer ceux qui lient la mondialisation de l'économie aux problèmes d'environnement et de développement. De même, son objet n'est pas de revenir sur les origines institutionnelles et historiques du concept de développement durable, ni de s'interroger sur sa pertinence (même si, observe Géraldine Froger, "on peut s'interroger sur sa véritable capacité à offrir des principes suffisamment solides pour orienter l'action politique et publique"), mais d'analyser de manière critique l'apport de cette notion à l'action politique des pays en général et, en particulier, des économies en développement dans et face à la mondialisation. Prolongement d'un colloque organisé par le Centre d'économie et d'éthique pour l'environnement et le développement de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, l'objet de ce livre a donc été d'étudier, dans une démarche pluridisciplinaire et transversale, les complémentarités et/ou contradictions entre la mondialisation, le développement et l'environnement, ainsi que d'analyser les stratégies et pratiques de développement durable et les enjeux de gouvernance qu'elles posent dans les économies en développement en général et à Madagascar en particulier.
Intitulée "Mondialisation et développement durable: complémentarité ou contradiction ?", la première partie de l'ouvrage apporte des réponses tout en nuances à des questions majeures - et lourdes de sens pour qui accepte de regarder leurs implications humaines. La mondialisation et le développement durable imposent-ils une analyse renouvelée, voire une remise en cause, des théories et des pratiques du développement ? Pour ce qui est des dimensions économique et sociale de la durabilité, les modalités contemporaines de la mondialisation sont-elles susceptibles de constituer une chance pour certaines économies ou, au contraire, renforcent-elles encore les contraintes ? Quels indicateurs retenir pour évaluer les effets de la mondialisation sur l'environnement ? Enfin, sachant que les relations entre mondialisation et développement durable posent de redoutables problèmes de régulation et de gouvernance, l'intégration régionale - que l'Union européenne s'emploie à favoriser autant qu'elle le peut - constitue-t-elle un rempart contre la mondialisation ou, pour le dire de manière plus précise encore, certaines formes d'union régionale favorisent-elles plus que tout l'émergence de normes et de règles destinées à promouvoir le développement durable dans ses dimensions sociale et environnementale ? Les questions abordées sont tout aussi nombreuses dans la deuxième partie qui, intitulée "Quelles gouvernances du développement durable dans les pays en développement face à la mondialisation ?", interroge les formes de gouvernance mises en place par les économies en développement. Sont-elles des symptômes d'une mondialisation arrangée, produites pour servir une économie libérale, ou sont-elles à l'origine de l'expression de nouvelles formes de développement qui s'insèrent dans les interstices de la mondialisation ? Si la fin des années 80 et les années 90 ont marqué la crise du consensus de Washington - la remise en cause de la doctrine de l'ajustement structurel - et l'avènement du "développement participatif", quels sont les acteurs qui s'affirment dans les contextes nationaux et locaux des économies en développement ? Quelles sont leurs stratégies et pratiques en matière de développement durable ? Enfin, la troisième partie questionne, à la lumière du cas malgache, le champ d'action de l'Etat dans l'élaboration de politiques publiques environnementales et dans la promotion d'activités susceptibles d'assurer un développement durable, ainsi que la place de l'économie publique et du droit de l'interventionnisme public dans un contexte mondialisé. L'ensemble est instruit à charge et à décharge, l'ouvrage dressant, dès lors, un tableau très nuancé et particulièrement crédible.
Michel Theys
*** CLAUDE SERFATI (sous la dir. de): Mondialisation et déséquilibres Nord-Sud. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Regards sur l'International", n° 6. 2006, 354 p., 33,90 €. ISBN 90-5201-325-X.
Cet ouvrage prolonge et complète très utilement celui présenté ci-dessus en ce qu'il élargit le champ d'analyse de la même problématique, ses auteurs - qui ont participé au même colloque de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines - développant une critique de l'économie dominante et passant en revue les pouvoirs, les asymétries et les déséquilibres qui caractérisent l'économie politique de la mondialisation, tout en soupesant intellectuellement les alternatives qui sont proposées. La première partie est consacrée au pouvoir - prédateur - de la finance et à son rôle dans les processus de mondialisation qui entraîne, selon François Chesnais, une "balkanisation" politique dans de très nombreuses économies, tandis que Claude Serfati démonte la thèse selon laquelle la libéralisation des flux d'échanges financiers et commerciaux serait aujourd'hui un facteur de paix entre les nations en élevant leur degré d'interdépendance et d'intégration économiques. La deuxième partie de l'ouvrage s'intéresse aux asymétries et déséquilibres des échanges économiques contemporains entre les pays du Nord et du Sud. Deux contributions analysent de manière critique la politique des Etats-Unis, tandis que Claire Mainguy étudie les conséquences de la coopération entre l'Union européenne et les pays ACP. Maître de conférences à l'Université Robert Schuman de Strasbourg, elle considère que les Accords de partenariat économique visent à ouvrir un peu plus les marchés des pays du sud aux produits européens et à induire une désindustrialisation et des baisses de recettes fiscales non négligeables.
La troisième partie de l'ouvrage fournit un éclairage sur les conséquences sanitaires et environnementales des relations inégalitaires entre les pays du Nord et du Sud, à la lumière des droits de propriété intellectuelle dans l'industrie du médicament et, d'autre part, des délocalisations des activités fortement polluantes des industries qui, explique Sandrine Rousseau, aggravent la situation des populations les plus vulnérables. Les chapitres composant la quatrième partie analysent, eux, les conditions qui permettraient de réduire les fortes inégalités et asymétries actuelles, tandis que la cinquième partie s'intéresse aux dimensions sociales de la problématique et souligne notamment l'implication nécessaire des agents sociaux dans les politiques qui visent à réduire les inégalités. La dernière partie analyse enfin deux pistes de nature à "promouvoir un développement autonome" à travers deux contributions qui… ne respirent pas fatalement l'optimisme. Mais, à vrai dire, le monde qui est le nôtre y incite-t-il réellement ?
(MT)
*** ANTONIO GARCIA VELASQUEZ, PIERRE GEVAERT, FRANCOIS HOUTART, THIERRY LAUREYS, HERVE LE MEUR, RICCARDO PETRELLA: Agriculture, développement durable et mondialisation. Colophon Editions (25 rue Gratès, B-1170 Bruxelles. Courriel: essais@colophon.be - Internet: http://www.colophon.be ). Collection "Essais". 2006, 104 p.. ISBN 2-930254-15-7.
Les auteurs de cet Essai sont des personnages engagés et dénoncent, dans leurs contributions, les implications d'une mondialisation synonyme, à leurs yeux, de développement régressif, en tout cas pour les agriculteurs. Le ton est d'emblée donné par Riccardo Petrella qui, plaidant pour une "décroissance dans la mondialisation", dénonce le pouvoir d'entreprise, de capital et de marché qui y prévaut et assène: "Seule une lutte énergique, systématique et permanente contre cette mondialisation (…) préservera l'avenir d'une agriculture respectueuse du droit à la vie de chacun". Pour cet ancien haut fonctionnaire de la Commission, il faut notamment cesser de croire que l'agriculture est faite pour l'exportation et admettre que c'est la priorité qui est sa logique, l'essentiel étant, à ses yeux, de "réinventer l'agriculture coopérative locale dans le cadre d'un système agricole coopératif interrégional et international, au niveau, par exemple, de certaines régions ou entre plusieurs pays". Thierry Laureys dénonce, pour sa part, les "effets dévastateurs des subventions agricoles européennes" et dénonce la "dernière pseudo réforme" de la Politique agricole commune, ainsi que "cette autre hérésie qu'est l'idéologie du bas prix profitable pour tous" développée par les "gigantesques filières de commercialisation". Du coup, cet écologiste belge demande une directive européenne "pour responsabiliser la grande distribution", des prix rémunérateurs - sur le modèle des secteurs du vin et des fromages - pour activer l'agriculture durable et, surtout, que soit cassé définitivement tout retour vers le productivisme agricole. D'autres contributions portent entre autres, dans le même esprit, sur l'agriculture naturelle, ainsi que les OGM et le brevetable du vivant.
(MT)
*** WALTER LEAL FILHO, ARNOLDS UBELIS, DINA BERZINA (sous la dir. de): Sustainable Development in the Baltic and Beyond. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 37617217 - fax: 3171727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Environmental Education, Communication and Sustainability", n° 23. 2006, 611 p.. ISBN 3-631-55282-3.
Parler d'approches intégratives en matière de développement durable signifie devoir relier un grand nombre de domaines assez hétérogènes et faire appel à des compétences diverses, comme celles des 200 experts réunis lors d'une conférence sur les approches intégratives en faveur du développement durable dont cet ouvrage est tiré. Sa première partie approche de manière générale les défis que sont l'évaluation de la "soutenabilité" d'un système comme l'économie - qui, comme l'explique le Pr. Spangenberg, s'intègre dans un ensemble dont "le niveau de complexité est hors de porté des théories économiques actuelles" -, le rôle des technologies industrielles pour la production d'énergies durables et l'impact des politiques en la matière, ou encore l'application du concept d' "émission zéro" dans un processus de production industrielle (l'industrie automobile). La deuxième partie, cœur de l'ouvrage, propose une vingtaine de contributions - ciblées sur la région baltique mais qui peuvent habituellement être généralisées - relatives aux politiques et à la mise en action de technologies en faveur du développement durable. Le livre inclut aussi des résumés de travaux de jeunes chercheurs et des contributions sur la responsabilité sociale des entreprises.
(FRo)
*** STEPHANE BÉCUWE: Commerce international et politiques commerciales. Armand Colin (Paris). Collection "CIRCA". 2006, 254 p., 20, 35 €. ISBN 2-200-34485-6.
En cette époque de mondialisation, le commerce international et l'opposition entre libre-échange et protectionnisme occupent une place centrale et conditionnent la vie des nations comme celle des individus. Et si partisans du libre-échange ou du protectionnisme sont fréquemment engagés dans un bras de fer, les fondements de ces courants restent souvent enfouis en arrière plan. Stéphane Bécuwe, professeur à l'université de Bordeaux et chercheur en analyse et politiques économiques au CNRS, se propose ici de rafraîchir les mémoires et de recadrer les choses dans leur contexte. La première partie de l'ouvrage présente donc les théories classiques du commerce international - Adam Smith et ses compères reprennent donc du service… - et leur vérification empirique. C'est que, comme le rappelle opportunément l'auteur, "la théorie du commerce international s'est construite principalement sur la base de strates théoriques successives mais dépendantes les unes des autres" et que "l'antériorité chronologique n'est pas synonyme d'infériorité au plan logique". Toutefois, ces bases ont bien évidemment montré leurs limites et le livre présente les apports postérieurs qui permettent par exemple de mieux expliquer le rôle de la différentiation des produits ou des structures imparfaites des marchés. Une deuxième partie s'intéresse aux ressorts des politiques commerciales et pose la question: "Est-ce la fin du libre échange ?" Question à laquelle l'auteur répond - notamment en exposant les arguments du protectionnisme - plutôt par la négative. D'autres chapitres se penchent sur les mécanismes internationaux tels que le défunt Gatt ou l'OMC, ainsi que sur les politiques commerciales au XIXème siècle, un siècle qui fut - contrairement à la perception habituelle, en particulier au sujet des Etats-Unis - protectionniste pour ses trois-quarts. Il s'agit, en somme, d'un ouvrage riche en éléments théoriques, formules de mathématiques économiques, démonstrations chiffrées et illustrations graphiques. Cela découle sans doute des habitudes pédagogiques de Stéphane Bécuwe qui livre une lecture sans doute pas folichonne, mais qui fournit ainsi le cadre théorique et les éléments nécessaires à une bonne compréhension de la chose.
(FRo)
*** NICOLAS THIRION (sous la dir.de): Libéralisations, privatisations, régulations. Aspects juridiques et économiques des régulations sectorielles. De Boeck & Larcier (39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482500 - fax: 482519 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.deboeck.com ). Collection "Droit / Economie International". 2007, 282 p., 65 €. ISBN 2-8044-2368-9.
Des secteurs qui étaient auparavant soustraits à la concurrence pour des raisons non commerciales -intérêt public ou service universel, pour reprendre la phraséologie de l'Union - sont dorénavant de plus en plus soumis aux lois du marché. Cependant, les valeurs non-marchandes qui sous-tendaient ce régime d'exception n'ont pas disparu pour autant. Les auteurs se donnent pour objectif d'alimenter la réflexion sur les mécanismes de régulation de ces secteurs avec comme objet d'études dans ce cas-ci, et par ordre croissant du poids des valeurs non-marchandes, les marchés financiers, les télécommunications, les médias et la santé. L'ouvrage s'attache tout particulièrement à dégager les mécanismes mis en œuvre pour arriver à un certain équilibre entre les préoccupations économiques et non économiques au travers d'une approche comparative du droit français et communautaire et d'éléments économiques, la (re-) marchandisation de ces secteurs ayant d'ailleurs été effectuée sur base d'arguments tirés de cette discipline.
(FRo)