Bruxelles, 07/05/2007 (Agence Europe) - L'élection de Nicolas Sarkozy comme nouveau président français a été saluée par un grand nombre de dirigeants européens qui espèrent qu'il apportera un nouvel élan pour résoudre le problème constitutionnel de l'UE mais aussi pour faire avancer l'Union politique. Pour le président de la Commission européenne, « à travers cette élection, c'est le oui à l'Europe qui l'a emporté et je ne peux que m'en réjouir », a commenté José Manuel Barroso. Il s'est dit confiant qu'avec M. Sarkozy, la France continuera à jouer un « rôle moteur » dans la construction européenne, « pour une Europe qui ne reste pas repliée sur elle-même, mais qui forte de ses valeurs et atouts, gagnera le défi de la mondialisation ». « Je connais bien Nicolas Sarkozy, et je sais sa volonté de faire que la France occupe toute la place qui doit être la sienne sur la scène européenne. J'ai toute confiance en Nicolas Sarkozy (…) pour exercer un rôle moteur dans la résolution de la question institutionnelle et la consolidation de l'Europe politique », a dit M. Barroso.
Dans son premier discours en tant que président-élu, Nicolas Sarkozy a lancé dimanche soir « un appel à nos partenaires européens, auxquels notre destin est lié, pour leur dire que toute ma vie j'ai été européen, que je crois en la construction européenne et que ce soir la France est de retour en Europe ». Dans ce même discours, M. Sarkozy a demandé aux dirigeants européens « d'entendre la voix des peuples qui veulent être protégés ». « Je les conjure de ne pas rester sourds à la colère des peuples qui perçoivent l'Union européenne non comme une protection mais comme le cheval de Troie de toutes les menaces que portent en elles les transformations du monde ». Son conseiller politique, François Fillon, cité comme possible Premier ministre, a confirmé que M. Sarkozy se rendrait dès les premiers jours suivant sa prise de fonction, prévue le 16 mai, à Bruxelles et en Allemagne « pour faire une proposition de relance de la construction européenne ».
La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite «certaine qu'avec ce nouveau président, l'amitié franco-allemande, qui a fait ses preuves, continuera à être le fondement permettant de garantir la paix, la démocratie et le bien-être en Europe ». « Dans une phase aussi cruciale pour l'Europe, il est important de maintenir une collaboration étroite, confiante et intense entre l'Allemagne et la France », a affirmé l'actuelle Présidente du Conseil européen. Le Premier ministre britannique Tony Blair et le président du Conseil italien, Romano Prodi, ont également salué le président élu. « La situation complexe de l'Europe et du monde exige de nous un engagement solide et partagé », a déclaré M. Prodi qui a assuré qu' « il aime beaucoup le caractère » de M. Sarkozy avec lequel « il est possible de discuter d'une manière ouverte et claire ». La Slovénie espère que la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle apportera les changements nécessaires en France concernant l'avenir de l'Union européenne, a déclaré lundi le Premier ministre slovène Janez Jansa. « L'élection de Nicolas Sarkozy annonce des changements positifs dans la position de la France sur certaines questions clés concernant l'avenir de l'Union européenne », estime M. Jansa. Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt a invité le président élu français à se rendre à Bruxelles « le plus rapidement possible ». « J'ai l'espoir de pouvoir travailler avec lui à une Europe où les gens se font confiance », a commenté le Premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende. Nicolas Sarkozy incarne « une droite ouverte et moderne capable de canaliser les désirs de changement d'un pays appelé à retrouver sa confiance en lui et à continuer à faire partie de la locomotive de l'Europe », a même déclaré le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero. Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a souligné le « rôle important que doit jouer, en tant que pays fondateur du processus d'intégration européenne, une France forte afin de pouvoir affronter ensemble les défis de l'avenir ». M. Pöttering a « toute confiance en la détermination de Nicolas Sarkozy pour relancer en France la dynamique du processus constitutionnel européen ».
Turquie/élargissement. Pendant sa campagne, M. Sarkozy s'est dit opposé à l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Interrogé dimanche soir sur l'impact de l'élection française sur la poursuite des négociations d'adhésion en cours avec la Turquie, José Manuel Barroso a mis le nouveau Président français devant ses responsabilités. « Les négociations d'adhésion avec la Turquie se déroulent sur la base d'un mandat qui a été adopté à l'unanimité par les Etats membres. Au cas où un ou plusieurs Etats membres voudraient remettre en cause ou changer ce mandat ils doivent évidemment en assumer l'initiative et les conséquences », a affirmé M. Barroso. « La Commission recommande aux Etats membres de prendre une décision sur l'adhésion ou non de la Turquie seulement au moment final des négociations, et en fonction des résultats de ces négociations », a encore souligné le président de la Commission.
Réforme de l'UE. Pendant sa campagne, M. Sarkozy a proposé l'adoption d'un « traité simplifié » (il a renoncé au terme « mini-traité »), qui se limiterait à reprendre les principales réformes institutionnelles prévues dans le projet de Traité constitutionnel (président permanent du Conseil européen, extension du vote à la majorité qualifiée, double majorité, etc.) et qui serait ratifié en France par voie parlementaire, sans nouveau référendum. M. Sarkozy se dit aussi ouvert au maintien, dans le traité, de la charte des droits fondamentaux (auquel s'opposent des pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la République tchèque) mais il estime que la partie III du Traité constitutionnel, qui décrit les politiques de l'UE, devra être supprimée, à l'exception de quelques dispositions. « Après l'élection de Sarkozy, je m'attends à une clarification rapide du traité de l'UE », a commenté dimanche le Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen. Pour lui, il est « vraisemblable » que les négociations sur le nouveau traité puissent être achevées « au plus tard en décembre de cette année». Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, après un entretien téléphonique avec M. Sarkozy, a souligné lundi dans un communiqué qu'il y avait accord entre eux « pour souligner qu'un déblocage de la situation (sur le Traité constitutionnel) s'impose ». Les deux hommes politiques se sont aussi « engagés à se consulter régulièrement et à collaborer étroitement sur toutes les questions européennes ».
Au Parlement européen, le président de la commission des Affaires constitutionnelles, l'Allemand Jo Leinen, a fait savoir lundi au nouveau président français qu' « un mini-traité, quelle qu'en soit la forme, ne sera pas acceptable pour résoudre la crise de la Constitution européenne ». Le nouveau Traité ne devra pas seulement renforcer les institutions, mais aussi les politiques de l'Union, souligne M. Leinen dans un communiqué. Ainsi, selon lui, il ne serait pas raisonnable de ne pas doter l'Union de nouvelles compétences en matière de politique énergétique, de santé ou spatiale. L'eurodéputé français Francis Wurtz (GUE/NGL) met en garde « tous ceux qui, au Conseil européen, à la Commission, au Parlement européen, savourent le résultat de l'élection présidentielle française puisque Nicolas Sarkozy leur a promis de ne pas donner la parole aux citoyens sur le futur traité européen ». « Ne vous réjouissez pas trop tôt! Cette élection n'a pas changé les sentiments de la majorité des Françaises et des Français vis-à-vis de l'Europe libérale (…) En France, comme dans bien d'autres pays européens, l'esprit du 29 mai 2005 (date du « non » français, Ndlr) reste d'une brillante actualité », estime M. Wurtz. (hb)