*** SYLVIE GUILLAUME, JEAN GARRIGUES (sous la dir. de): Centre et centrisme en Europe aux XIXe et XXe siècles. Regards croisés. Presses Interuniversitaires - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Cité européenne", n° 37. 2006, 288 p.. ISBN 90-5201-317-9.
François Bayrou ne sera pas au second tour de l'élection présidentielle française. Il n'en restera pas moins l'un des protagonistes majeurs de ce scrutin qui lui aura permis de lancer, le soir du premier tour: "Il y a enfin un centre en France, fort, large et indépendant, au-delà des frontières" partisanes. D'où tout l'intérêt de cet ouvrage qui, fruit d'un colloque international organisé à Paris voici près de deux ans, voit ses auteurs s'employer à situer le centre et le centrisme en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Italie. L'étude porte sur deux siècles et se découpe en quatre parties: le centrisme dans les familles libérales au XIXe siècle, dans les partis d'inspiration chrétienne et du centre droit (XIXe-XXe siècles), dans les partis de gauche et centre gauche au XXe siècle et dans les familles libérales au XXe siècle. Cet angle d'attaque permet de prendre conscience du poids des cultures politiques de chacun de ces pays et de distinguer aussi des "moments" centristes, souvent différenciés mais parfois synchroniques, notamment celui de la Troisième Force italienne et française après 1945. Au total, conclut Serge Bernstein (Institut d'études politiques de Paris), l'ouvrage démontre, "à l'échelle de l'Europe et sur deux siècles, l'existence permanente de partis, de courants, d'hommes politiques, d'aspirations centristes dans l'opinion".
D'une certaine manière, une nouvelle preuve vient d'en être donnée en France, pays où prévaut, expliquent les coordinateurs de l'ouvrage, "l'expression d'une culture politique de conflit où s'opposent droite et gauche, où le réformisme gestionnaire est peu représentatif et où s'accentue au XXe siècle la diabolisation du libéralisme", le centre y souffrant, dès lors, "d'une image négative sous le vocable peu élogieux de marais". La donne est-elle en train de changer suite au résultat du premier tour du scrutin présidentiel ? Dans son préambule à la quatrième partie du livre, Sylvie Guillaume discerne un récent "recentrage de la vie politique qui émousse le clivage gauche-droite et freine la culture de conflit depuis les années 1980". Le changement est-il historique. A vrai dire, le "centre" reste sans doute très mouvant. Ainsi, le président Giscard d'Estaing, héritier d'un Antoine Pinay ayant proposé des solutions n'étant "ni de droite ni de gauche", avait un jour expliqué: "L'esprit de notre temps, c'est l'esprit des réalités. L'esprit centriste est la différence entre une idéologie et une analyse des réalités". Aujourd'hui, l'ancien président de la Constitution a apporté son soutien à Nicolas Sarkozy… Toutefois, constatant que des "niches consensuelles existent sur l'Europe, sur les institutions, et même sur les dossiers sensibles comme la réforme des retraites", Sylvie Guillaume observe une "évolution vers un recentrage du discours et de la politique" qui pourrait rapprocher "la France des autres démocraties libérales plus marquées par une culture de négociation". Ce qui sera à vérifier au "troisième tour" et dans les années à venir… Michel Theys
*** GILLES LE BEGUEC, FREDERIC TURPIN: Georges Pompidou et les institutions de la Ve république. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ). Collection "Georges Pompidou - Archives", n° 1. 2006, 281 p.. ISBN 90-5201-056-0.
Deux historiens présentent et situent, dans cet ouvrage, les principaux textes dans lesquels Georges Pompidou s'est exprimé, entre 1962 et 1973, sur les questions relatives à la Vème République et à ses institutions. Ils attirent ainsi l'attention sur le profit à tirer d'une prise de vue panoramique de l'ensemble des déclarations et explications publiques d'un acteur politique qui, observent-ils, était "guidé par une très vive conscience du poids de sa responsabilité historique". (PBo)
*** PASCAL GRISET (sous la dir. de): Georges Pompidou et la modernité. Les tensions de l'innovation - 1962-1974. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Georges Pompidou - Etudes", n° 2. 2006, 315 p.. ISBN 90-5201-329-2.
Prolongeant un colloque organisé à Paris, en mars 2005, par l'Association Georges Pompidou et confrontant les analyses d'universitaires avec les témoignages d'acteurs de l'époque, cet ouvrage dresse le portrait d'une France achevant la mutation des Trente Glorieuses. Il retrace l'articulation entre les innovations qui ont alors marqué la société française - avec, entre autres, l'essor de la voiture particulière, l'avènement du tourisme de masse, l'entrée dans l'âge de l'information, l'apparition des yés-yés et des hippies qui accompagnent Mai 68… - et la volonté du président Pompidou de les orienter. (PBo)
*** GRAHAM WATSON: The Power of Speech. Leadership Speeches 2002-2006. Bagehot Publishing (Bagehot's Foundry, Beard's Yard, Langport, Somerset TA 10 9 PS, UK). 2006, 269 p.. ISBN 0-95-457454-0.
"Tous les libéraux sont des leaders" … Tel est le titre du premier discours compilé dans ce livre. Graham Watson est, lui, le président du groupe des démocrates et libéraux du Parlement européen depuis 2003, c'est-à-dire une période de grandes transformations, de doutes aussi, pour une Union européenne qui a vu le nombre de ses membres passer de quinze à vingt-sept, ainsi que les Français et les Néerlandais dire "non" au traité constitutionnel. C'est justement l'objet de cet ouvrage: laisser entrevoir la vie de l'Union et de son Parlement au travers de certains discours du porte-étendard de son troisième groupe politique, un Graham Watson qui, d'entrée de jeu, souhaite éviter le "facteur regardez-moi ou, plus précisément, écoutez-moi" qui risque d'être associé à ce type de livre. The Power of Speech regroupe donc des discours - compilés par Christine Gilmore - couvrant une période allant de 2002 à 2006 et qui retrace la carrière de Graham Watson et la place du mouvement libéral en Europe et dans le monde au cours de cette période. Il aborde aussi des thèmes phares de l'Union tels que l'élargissement, la liberté et la sécurité ainsi que sa place dans le monde. Oscillant entre tranche d'histoire (très récente), sélection de la multitude de thèmes sur lesquels le Parlement a travaillé (relations de l'Union avec ses voisins et les Etats-Unis, économie, citoyenneté, etc.) et profession de foi libérale (par exemple, des discours prononcés devant les libéraux de parlements, européens ou non), ces discours donnent chair au travail parlementaire européen et se laissent lire facilement, Graham Watson n'ayant heureusement pas l'amour pour les discours kilométriques d'un Fidel Castro et, en tant que chef de groupe parlementaire, sachant qu'il est important de capter l'attention de l'auditeur - et titiller sa curiosité, comme lorsqu'il titre l'un de ses discours "Construire l'UE est comme faire des saucisses" (FRo)
*** JEAN-MARIE PALAYRET, HELEN WALLACE, PASCALINE WINAND (sous la dir. de): Visions, Votes and Vetoes. The Empty Chair Crisis and the Luxembourg Compromise Forty Years On. Presses Interuniversitaires - Peter Lang (voir coordonnées supra).Collection "European Policy", n° 34. 2006, 339 p., 34,90 €. ISBN 90-5201-031-5.
Cet ouvrage - et le projet de recherches qui l'a précédé - est né suite à une conversation entre Etienne Davignon et le président de l'Institut universitaire européen de Florence, Yves Mény. Il apporte de nouveaux et très utiles éclairages sur la "crise de la chaise vide" déclenchée par la France le 1er juillet 1965 qui, quarante-sept ans plus tard, reste toujours dans les esprits de ceux qui, à un titre ou à un autre, agissent sur la scène européenne. Le "compromis de Luxembourg" - N. Piers Ludlow, de la London School of Economics, préfère parler, lui, dans sa contribution, du "fameux gentleman's disagreement", tandis que l'ancien juge européen Pierre Pescatore parle d'un "soi-disant compromis" - reste, en dépit du temps écoulé, un concept tout sauf éculé et il était à tout le moins utile de chercher à savoir de manière précise dans quelle mesure il a pesé sur le cours des activités communautaires. Dans son avant-propos, Etienne Davignon rappelle, en sa qualité de chef de cabinet de Paul-Henri Spaak dans ces années-là, que ce compromis n'a pas été intégré dans l'acquis communautaire tel que soumis aux pays du premier élargissement, mais qu'il amena les Etats membres à juger qu'ils disposaient d'un "droit de veto implicite", l'extrême rareté des votes au Conseil en attestant. Toutefois, l'ancien vice-président de la Commission rappelle aussi "l'exception qui confirme la règle", à savoir l'annonce par Margaret Thatcher que la Grande-Bretagne ne participerait plus à la prise de décision sans solution satisfaisante sur le contentieux budgétaire, ce qui amena la Commission et la Présidence belge de l'époque à décider des prix agricoles à la majorité qualifiée en refusant "l'intérêt vital" évoqué par la délégation britannique. Dans un premier temps, ce sont les sources de la crise, son évolution et la négociation d'une porte de sortie qui sont passées en revue. Les auteurs situent ensuite ce bras de fer dans un contexte plus large, à savoir celui du lancement du Kennedy Round et des tensions entre la France et l'Otan. Enfin, la troisième partie est consacrée aux conséquences du compromis de Luxembourg, une valeur ajoutée de cet ouvrage étant qu'il est l'œuvre conjointe d'historiens ayant eu accès à des archives nouvelles, de scientifiques et, enfin, d'acteurs de l'époque et des années qui ont suivi, comme Etienne Davignon et Pierre Pescatore qui était alors secrétaire général du ministère luxembourgeois des Affaires étrangères. (MT)
*** YANN-SVEN RITTELMEYER: Les sommets restreints et l'Union européenne. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection "Inter-National". 2006, 132 p., 12,50 €. ISBN 2-296-01147-0.
Prolongement utile d'un mémoire de fin d'études à l'Institut d'études politiques de l'Université Robert Schuman de Strasbourg, cet ouvrage analyse la pratique des sommets restreints qui, depuis toujours, prévaut dans la construction européenne, le mouvement ayant été initié par le couple franco-allemand dès le début des années 60 et prolongé, ce que l'auteur oublie de mentionner, par les trois pays du Benelux. Sans doute cette omission est-elle liée au fait que Yann-Sven Rittelmeyer considère que cette "pratique se retrouve inéluctablement liée à la notion de leadership" et, partant, à l'action développée en ce sens par les plus grands pays, les concertations entre pays "petits" et "moyens" n'étant, à ses yeux, que de nature "défensive" face à la menace de l'établissement d'un directoire. Dans cet esprit, il observe que les sommets restreints ont tendance à se multiplier depuis le derniers gros élargissement, mais seule lui paraît pertinente, en termes d'efficacité, la tentative de bâtir un "leadership à trois", avec le Royaume-Uni, la guerre en Irak ayant eu tôt fait de la transformer en chimère (même si, observe justement l'auteur, ce sont quand même les trois "grands" qui gèrent le problème iranien au nom de l'Union). En conclusion, Yann-Sven Rittelmeyer reconnaît avec Ferdinando Riccardi que, "si la méthode communautaire fonctionne, aucun vrai danger de directoire n'existe", mais précise que la pratique des sommets restreints - et, donc, "la méthode intergouvernementale" - reste pertinente, pour autant que s'affirme, comme cela semble être le cas, un "leadership protéiforme, variable selon les nécessités", avec "certains Etats stratégiques gravitant autour du noyau franco-allemand". (PBo)
*** PASCAL FONTAINE, HENRI MALOSSE: L'Europe de A à Z. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: info@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). 2006, 318 p.. ISBN 2-8027-2322-7.
Pascal Fontaine - ancien collaborateur de Jean Monnet opérant au Parlement européen et auteur réputé d'ouvrages de vulgarisation sur l'Union européenne - et Jean Malosse - qui enseigne les questions européennes à l'Université Robert Schuman de Strasbourg mais est surtout un membre très actif du Comité économique et social européen - constituent une paire idéale pour proposer un ouvrage simple mais informatif sur la réalité européenne. L'Europe de A à Z se présente sous la forme d'un lexique alphabétique (accompagné d'une table des matières et d'une liste des nombreuses abréviations) expliquant de 150 à 200 termes européens, en une dizaine de lignes ou une ou deux petites pages chacun. On y trouve, par exemple, une description succincte des vingt-sept pays membres et de leur place dans l'Union (date d'adhésion, nombre de sièges…), une entrée "Bolkestein", "Pesc" ou encore "démographie" qui présente les grandes lignes démographiques de l'Union (vieillissement de la population, place de la politique familiale dans la stratégie de Lisbonne…). Cet ouvrage n'est pas destiné à servir de source d'informations très pointue sur tel ou tel sujet: il est plutôt conçu comme un outil de débroussaillage de la réalité européenne pour les "non-initiés" et d'aide-mémoire pour tous. (FRo)
*** DANIEL GUÉGUEN: Lobbying européen. Europoltique (66 av. Adolphe Lacomblé, B-1030 Bruxelles. Tél.: (32-2) 7377700 - fax: 7326757 - Courriel: subscriptions@europolitics.info) & Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence (31 rue Falguière, F-75741 Paris cedex 15. Tél.: (33-1) 56541600 - fax: 566541649 - Courriel -info@eja.fr). 2007, 140 p., 50 €. ISBN 2-930409-07-X.
"Omniprésence législative de l'Union européenne, reconnaissance des lobbyistes comme des interlocuteurs obligés et marges d'influence considérables se conjuguent pour faire de Bruxelles le paradis du lobbying", fait remarquer Daniel Guéguen, qui doit, dès lors, être un homme heureux puisqu'il est lobbyiste dans la capitale de l'Europe depuis trois décennies. L'ouvrage est résolument orienté vers la pratique du lobbying dans les sphères européennes. L'auteur délivre ainsi une profusion d'informations et de conseils, tirés de sa longue expérience, sur les outils et les stratégies dont dispose le lobbyiste pour une représentation d'intérêt réussie, allant de conseils d'expression orale et écrite à une présentation des différentes formes de coalitions possibles en passant, par exemple, par les différentes possibilités d'action selon l'avancement d'une législation ou une journée type de veille informative. L'ouvrage décrit aussi minutieusement le panorama des différents types de représentation d'intérêts: associations professionnelles, ONG… Pour chacun, l'auteur fournit des éclaircissements tirés de la connaissance du terrain, comme les forces ou les faiblesses des différents types de structures, l'impact de leur taille et de leur direction, etc. Le tout est additionné d'encadrés et de tableaux présentant, par exemple, les principales associations européennes ou une grille d'évaluation de l'efficacité d'une association professionnelle. L'ouvrage traite également, de manière plus générale, de l'évolution de la profession. On ne devient bien sûr pas lobbyiste par les livres, mais celui-ci constituera certainement un appui utile à ceux qui ont pour mission de représenter des intérêts à Bruxelles, ainsi qu'une source d'informations de première main pour tous ceux qui s'interrogent sur cette profession encore trop souvent entourée de fantasmes. (FRo)