Bruxelles, 30/04/2007 (Agence Europe) - Les deux plus importantes organisations européennes de producteurs de vins d'appellation d'origine contrôlée (AOC), la CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à appellation d'origine contrôlée) et la FEDERDOC (Confederazione nazionale dei consorzi volontari per la tutela delle denominazioni di origine), se disent « en colère » après leur rencontre, jeudi 26 avril, avec la Commissaire à l'Agriculture, Mariann Fischer Boel.
« La Commission est restée sourde face aux inquiétudes des producteurs de vins AOC qui ont réaffirmé leur opposition à la proposition qui vise à une libéralisation totale des plantations pour tous les vins », expliquent ces organisations dans un communiqué de presse publié vendredi 27 avril. Dans une lettre adressée le 19 avril à Mme Fischer Boel, les producteurs allemands, espagnols, français, italiens et portugais de vins de qualité ont demandé que la réforme de l'organisation commune du marché (OCM) prévoie « des instruments nécessaires à l'adaptation et à la gestion des AOC ».
Christian Paly, le président de la CNAOC, estime que « c'est vue de l'esprit d'imaginer que l'on peut gérer la production des vins de qualité si l'on ne maîtrise plus collectivement les surfaces plantées, et par conséquent les quantités produites dans chaque appellation ». Selon lui, « cette libéralisation des plantations risque d'entraîner une surproduction ». De plus, de nombreuses appellations qui, aujourd'hui, ont des marchés équilibrés « pourraient demain être déstabilisées et les prix des vins risquent de chuter ». La Commission ne semble pas mesurer les conséquences d'une libéralisation des plantations dans les appellations. Selon ces professionnels, les surfaces plantées en Rioja risquent de passer des 60.000 hectares aujourd'hui à 350.000 hectares, celles en Côtes-du-Rhône de 61.000 à 120.000 hectares et celles en Porto de 45.000 à 250.000 hectares.
La CNAOC et la FEDERDOC préconisent la mise en place d'une véritable politique de promotion « pour donner de véritables perspectives économiques à la filière vin ». Elles s'inquiètent des intentions qui sont prêtées à la Commission de vouloir « concentrer sa politique de promotion uniquement sur les marchés extérieurs ». Riccardo Ricci Curbastro, qui préside la FEDERDOC, soutient que l'UE doit se donner les moyens de « lutter contre la chute de consommation dans certains pays producteurs et d'investir sur les marchés à fort potentiel de développement, y compris en Europe ».
Après un long débat du Conseil et du PE sur la communication présentant ses options de réforme de l'OCM vitivinicole, la Commission européenne prévoit d'adopter, le 4 juillet prochain, ses propositions législatives de modification de ce secteur. Elle envisagerait notamment de revoir à la baisse ses ambitions sur le programme d'arrachage des vignes (de 400.000 à 200.000 ha de vignes à arracher en plusieurs années), mais resterait décidée à supprimer la plupart des mesures de marché (distillation de crise et des sous-produits, aide au stockage privé, aide à l'enrichissement par les moûts, aide à la fabrication de jus de raisin…) pour parvenir à terme à un équilibre structurel du marché. (lc)