Strasbourg, 25/04/2007 (Agence Europe) - Le Sommet UE/Etats-Unis qui se tiendra lundi (30 avril) à Washington, a comme but principal la création, d'ici 2015, d'un véritable marché commun transatlantique et la Présidence allemande de l'UE a toujours envisagé le renforcement des relations avec les Etats-Unis comme une pièce centrale de son programme, a déclaré mardi à Strasbourg le secrétaire d'Etat allemand aux affaires européennes, Günter Gloser. L'UE et les Etats-Unis sont constamment appelés à coopérer dans la recherche de solutions aux problèmes internationaux: il n'est pas étonnant qu'ils ne soient pas toujours d'accord sur chaque point, mais M. Gloser a assuré aux parlementaires que le Conseil insistera, lorsqu'il s'agit de la lutte contre le terrorisme, sur le respect du droit international et les droits de l'homme. Un autre domaine sur lequel l'UE va parler « ouvertement » aux Américains est celui des conditions d'accès des citoyens de l'Union au territoire américain. Pour douze pays membres, il existe encore une obligation de visa, même pour des séjours de courte durée: or, l'exemption de visa doit s'appliquer à « tous » les pays membres, a insisté le représentant de la Présidence de l'UE. Outre la coopération commerciale et économique, le Sommet abordera aussi la sécurité énergétique et changements climatiques. Dans ces domaines, « quelque chose bouge aux Etats-Unis », estime M. Gloser. En matière de relations extérieures, il sera question de revitalisation du Quartette, du problème nucléaire iranien, de l'Afghanistan, du Kosovo.
Lors du Sommet de Washington, confirme de son côté le Commissaire Vladimir Spidla (remplaçant Benita Ferrero-Waldner, qui représentait la Commission européenne à l'enterrement de Boris Eltsine), la Commission fera des propositions précises sur la convergence économique (notamment en ce qui concerne les investissements, les marchés financiers, l'innovation), la politique étrangère (stabilisation du Kosovo et de l'Afghanistan, développement d'un mécanisme qui permette au gouvernement palestinien de gouverner), l'exemption de visa pour tous les pays de l'Union. M. Spidla a également évoqué l'accord « Open Skies » (transport aérien), qui devrait permettre la création de « 80 000 nouveaux emplois », ainsi que le passage à la deuxième phase de cet accord. La préparation du Sommet n'est pas totalement achevée, notamment en ce qui concerne les changements climatiques et l'énergie, mais il est clair que l'UE exigera un engagement plus ferme de la part des Etats-Unis dans ces domaines. De même, l'UE sera intransigeante sur le respect du droit international dans la lutte contre le terrorisme, respect qui est indispensable pour la crédibilité des Etats-Unis.
Dans l'hémicycle, pratiquement tous concordaient pour constater une certaine évolution dans l'attitude des Etats-Unis en ce qui concerne le changement climatique, mais aussi pour souligner qu'il ne peut y avoir aucune concession lorsqu'il s'agit du respect de certains principes dans la lutte contre le terrorisme.
Ce combat, précise notamment Joseph Daul, président du groupe PPE/DE, doit « se fonder sur les bases juridiques appropriées ». De même, la protection des données personnelles des voyageurs « laisse planer des doutes sur le respect total de la protection de la vie privée et des libertés civiles ». M. Daul exprime aussi un autre souci: des contrôles douaniers plus stricts ne devraient pas « se transformer en barrières au commerce déguisées ». Comme d'autres élus après lui, M. Daul souhaite une coopération plus intense avec le Congrès des Etats-Unis, et suggère que le président du PE, Hans-Gert Pöttering, invite au PE la nouvelle Speaker de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi. Oui, reconnaît Jan Wiersma pour le groupe socialiste, en se fondant sur les résultats d'une récente visite à Washington avec une délégation du PE, une plus grande volonté de dialogue semble émerger aux Etats-Unis, et il faut en profiter. M.Wiersma a été le premier, mais pas le dernier, à demander la démission de Paul Wolfowitz de son poste: on ne peut pas demander que la Banque mondiale lutte contre la corruption si on n'est pas au dessus de tout soupçon, estime-t-il.
Le président du groupe ALDE, Graham Watson, plaide aussi pour un langage clair dans les relations avec les Etats-Unis, en particulier en ce qui concerne la torture et le combat contre le terrorisme: l'expérience en Irak montre ce qui se passe lorsque le bon équilibre entre les libertés et la sécurité n'est pas respecté. M.Watson insiste aussi sur la nécessité d'aborder concrètement le problème des réfugiés irakiens.
« Disons aux Etats-Unis ce que nous attendons d'eux », enchaîne, pour les Verts/ALE, Angelika Beer: en ce qui concerne Guantanamo, la peine de mort, le Kosovo (il faut exiger son indépendance dès maintenant, estime-t-elle, sans attendre ce que vont faire les Etats-Unis). Le président de la GUE/NGL, Francis Wurtz, s'inquiète du projet de réaliser un marché transatlantique sans obstacles. Cette dérégulation ne va-t-elle pas trop loin, se demande-t-il, en rappelant la récente et «tumultueuse » histoire de tentatives analogues (celle de Leon Brittan en 1998, notamment) qui ont dû être ensuite retirées. Nous devons coopérer avec les Etats-Unis, reconnaît, pour le groupe UEN, son président Brian Crowley, en citant l'exemple précis de la production de drogue en Afghanistan. 90% de l'héroïne consommée en Europe vient de ce pays: il faut que l'UE et les Etats-Unis proposent ensemble des cultures alternatives. Les vertus du partenariat atlantique ont été soulignées par Godfrey Bloom, pour le groupe Indépendance et démocratie, ainsi que par Frank Vanhecke, non inscrit, qui demande cependant à l'Union de dire clairement que la Turquie ne peut être un pays européen, même si ceci est dans les intérêts des Etats-Unis.
Le même sentiment d'optimisme prudent s'est dégagé du débat général (avec quelques exceptions, par exemple celle de Paul Marie Coûteaux, du groupe Indépendance et Démocratie, qui considère que les relations avec les Etats-Unis sont, de fait, des « relations de subordination »). Mais les parlementaires n'ont pas lésiné sur les avertissements. Le socialiste danois Poul Nyrup Rasmussen fait remarquer que la situation des marchés financiers et le rôle des hedge funds n'est pas très conforme aux objectifs de Lisbonne: même certains membres du Congrès commencent à s'en rendre compte, et M. Rasmussen espère qu'on en parlera au prochain G8. Le président du PSE demande aussi aux Etats-Unis d'accepter de soutenir le gouvernement d'unité palestinien, faute de quoi le pouvoir va aller au Hamas. Demander aux Etats-Unis de respecter certaines règles dans le combat contre le terrorisme n'est pas un signe d'anti-américanisme, affirme à son tour la libérale néerlandaise Sophia in't Veldt, puisque les Américains eux-mêmes critiquent de plus en plus la politique du gouvernement Bush. Quant aux Européens, ils devraient cesser de « geindre » et parler d'une seule voix. Et les parlementaires devraient exiger d'être impliqués systématiquement et en amont dans des initiatives concernant la coopération avec les Etats-Unis, notamment dans le domaine législatif, exige l'Allemand Alexander Radwan (PPE/DE), soutenu par le conservateur britannique Jonathan Evans: le dialogue au niveau parlementaire doit être constant et approfondi. La première rencontre, dans l'hémicycle même du Congrès, du groupe sur le dialogue législatif transatlantique qui a eu lieu la semaine dernière, prouve l'intérêt de ces pratiques.
A la fin du débat, le Commissaire Spidla a apporté certaines précisions sur les questions suivantes: - exemption de visas. L'Administration Bush a manifesté son intention de modifier les règles existantes, mais il faudra attendre le texte final (il pourrait être adopté avant l'été) pour formuler un jugement ; - transmission des données sur les passagers. Des entretiens « constructifs » sur ce problème auront lieu la semaine dernière ; - protection des données. L'intention est de définir en commun des règles de base, mais on n'est pas encore arrivés au point d'ouvrir la négociation sur un accord formel ; - bouclier antimissile. L'UE confirme que, même si elle dispose d'une politique commune étrangère et de sécurité, elle n'est pas une « union de défense » ; - cas de la banque BAWAG en Autriche. Deux parlementaires autrichiens, Johannes Voggenhuber et Hannes Swoboda, s'étaient insurgés contre les pressions des Américains pour que cette banque élimine les clients d'origine cubaine. Nous n'avons pas encore de renseignement précis à cet égard, répond M. Spidla, mais il est évident que, si ceci était le cas, la Commission devrait être notifiée, et que ce genre de pratique ne peut pas être accepté. (lg)