Le tour d'horizon sur les problèmes et les perspectives de la politique européenne de l'énergie (voir cette rubrique d'hier et d'avant-hier) ne peut pas oublier les ressources propres de l'UE, laquelle dispose de quantités non négligeables de pétrole, de gaz et de charbon. Mais elles couvrent une partie décroissante des besoins, et ce dont l'on discute pour l'avenir sont les énergies renouvelables et le nucléaire. Pour les premières, l'orientation politique est évidemment positive, et les objectifs sont ambitieux
Nucléaire, réflexion ouverte. Pour le nucléaire, la situation est claire politiquement: l'Europe n'impose aucun choix, elle ne s'aligne ni sur la position favorable ni sur la position négative ; chaque Etat membre décide pour lui-même. Mais les institutions n'évitent pas les évaluations et invitent à la discussion. Les derniers paragraphes du «plan d'action» approuvé par le Sommet de printemps y sont consacrés. Les chefs de gouvernement se réfèrent à l'évaluation de la Commission sur la contribution du nucléaire à la réponse aux préoccupations croissantes concernant la sécurité de l'approvisionnement et les émissions de CO2, et ils ont pris trois initiatives: a) soutenir la recherche/développement en matière de gestion des déchets, au titre du 7ème programme de recherche; b) envisager la possibilité de créer un groupe de haut niveau «sur la sûreté nucléaire et la gestion des déchets» ; c) inviter à d'amples discussions sur les possibilités et les risques de l'énergie nucléaire. Le langage est prudent, mais le contenu ressemble beaucoup à une ouverture.
En même temps, certaines oppositions demeurent fermes, au sein du Parlement européen et ailleurs. Les paramètres à prendre en considération sont nombreux. Je me propose d'y revenir prochainement.
Un exercice compliqué. Pour les énergies renouvelables, le premier problème est la répartition entre les Etats membres de l'objectif chiffré retenu pour l'UE, selon lequel ces énergies doivent couvrir en 2020 les 20% de la consommation énergétique globale. Les situations de départ des Etats membres sont très différentes, et les conclusions du Sommet indiquent qu'il faut en tenir compte. Mais la fixation d'objectifs nationaux est un exercice très compliqué ; la Commission s'en occupe activement, mais elle n'a pas encore indiqué de date pour sa proposition, qui couvrira trois secteurs: a) production d'électricité, b) chaleur et refroidissement, c) transports. Chaque Etat membre participe aux objectifs le concernant, pour chacun des trois secteurs, le mix relevant de la souveraineté nationale. Chaque Etat membre a des exigences à faire valoir. Des mesures de soutien seront prévues, et le cadre réglementaire devra être stable pour favoriser les investissements.
Biocarburants: réalité et démagogie. L'objectif minimal retenu pour les biocarburants est qu'ils couvrent dans chaque Etat membre, en 2020, au moins les 10% de la consommation totale d'essence et de gasoil destinés aux transports. Or, cet objectif a fait l'objet de fortes objections de la part des écologistes, reprises par le Groupe des Verts du Parlement européen. Ils affirment que la production de biocarburants sur large échelle serait négative pour l'environnement et compromettrait la production alimentaire. À mon avis, une certaine dose de démagogie a entaché ces mises en garde, qui situent sur le même plan la culture de plantes (céréales, maïs, colza, canne à sucre, etc.) destinées de manière spécifique à la production des biocarburants et l'utilisation de la biomasse (résidus agricoles et autres). Il est vrai que la production de biocarburants peut consommer elle-même beaucoup d'énergie et entraîner la destruction de forêts. Mais pas en Europe ! C'est en problème qui concerne certaines zones d'Asie et d'Amérique du Sud. L'accusation de «détourner les ressources alimentaires au profit des pompes à essence» et l'invitation à «choisir entre l'objectif de manger et celui de conduire», c'est de la démagogie à l'état pur, surtout de la part de forces politiques qui encouragent par ailleurs la destruction de la politique agricole de l'UE par l'ouverture des frontières européennes. La deuxième génération des biocarburants, qui se développera dans l'UE si les conditions agricoles nécessaires sont satisfaites et si les intérêts des agriculteurs sont pris en considération autant que ceux des industriels et des pétroliers, permettront de surmonter les objections et les réserves injustifiées.
Le troisième aspect essentiel. Quelques mots, pour conclure, sur les économies d'énergie. Beaucoup a été fait, beaucoup est encore possible. Le Sommet a été ambitieux. Le paragraphe 6 du Plan d'action est assez détaillé, et il comporte des objectifs intermédiaires pour 2008 et 2009. L'objectif global est aussi élevé que celui pour les énergies renouvelables : 20% de la consommation totale d'énergie d'ici 2020. En d'autres mots: par rapport aux projections actuelles de consommation totale d'énergie, les économies doivent correspondre à la production de toutes les énergies renouvelables réunies. En même temps, la Commission est invitée à élaborer un nouveau projet d'accord international sur l'efficacité énergétique. (F.R.)