Bruxelles, 24/04/2007 (Agence Europe) - En dépit de leurs mésententes sur plusieurs dossiers (viande polonaise, bouclier antimissile américain, statut du Kosovo), Européens et Russes se sont employés lundi soir à minimiser ces divergences et à réaffirmer l'importance de leur coopération. A l'issue de la Troïka entre l'UE et la Russie, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a reconnu des « difficultés », malgré lesquelles « nous pouvons travailler ensemble de façon pragmatique et trouver une entente ». La Russie reste un partenaire « indispensable » de l'UE, a-t-il apprécié, avant que son homologue russe, Sergueï Lavrov, fasse le même constat en considérant l'UE comme « un partenaire stratégique » et en assurant: « nous nous comprenons, nous nous faisons confiance ».
Une confiance réciproque pas encore suffisante pour se lancer dans un nouvel accord de partenariat et de coopération, même si les deux partenaires espèrent toujours débloquer la question des exportations de viande polonaise vers la Russie d'ici le Sommet du 18 mai. Avant la réunion, le Haut représentant pour la PESC, Javier Solana, avait déjà souhaité que cette question soit réglée « sous peu » (EUROPE n° 9412), mais la position de Moscou reste ferme, hypothéquant les chances de lancer les pourparlers à Samara. « Je ne suis que prudemment optimiste », a ainsi déclaré la Commissaire chargée des Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, alors que le ministre russe des Affaires étrangères répétait: « Nous espérons que les infractions qui ont été établies et documentées seront éliminées » dans le cadre de notre dialogue. Ce sont des « problèmes vétérinaires », qui nécessitent d'autres consultations mais qui sont « plutôt habituels dans les relations avec beaucoup d'autres pays », a-t-il ajouté. Les deux partenaires se sont par ailleurs contentés de signer lundi une nécessaire mise à jour de l'accord de partenariat actuel afin de prendre en compte l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie au premier janvier dernier.
Si l'UE soutient les efforts de Martti Ahtisaari sur le futur statut du Kosovo, Moscou laisse planer la menace d'un veto au Conseil de sécurité des Nations Unies où la question doit être tranchée. En l'absence d'une solution négociée par Belgrade et Pristina, la Russie craint en effet de déstabiliser les Balkans, a rappelé lundi M. Lavrov. La décision sur le statut « devrait se baser sur l'accord de tous et ne devrait pas engendrer le risque d'une nouvelle déstabilisation », a-t-il souligné, estimant cela possible s'il n'y a « pas de tentative unilatérale d'imposer une décision ».
Une enquête est en cours sur les agissements des forces de l'ordre russe qui ont réprimé les manifestations d'opposants au Président Poutine les 14 et 15 avril derniers à Moscou et Saint Pétersbourg, a par ailleurs expliqué M. Lavrov, qui rappelle: « la liberté, c'est respecter les lois ». Les manifestants, qui comptaient des « radicaux dans leurs rangs » avaient été informés, selon lui, de l'endroit où leur action pouvait avoir lieu.
Alors que le Commissaire chargé du Commerce, Peter Mandelson, avait jugé la semaine dernière que le degré de mésentente entre l'UE et la Russie avait atteint un niveau « jamais vu depuis la guerre froide », cette vision a été rejetée par M. Solana. « Je respecte beaucoup Peter Mandelson, mais je pense que cette appréciation n'est pas correcte », a-t-il estimé. (ab)