Berlin, 20/04/2007 (Agence Europe) - « C'est la première fois » que la discussion a eu lieu avant que les gouvernements et les parlements des États membres ne planifient leur budget national pour l'année suivante, a indiqué Joaquín Almunia, Commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, vendredi 20 avril à Berlin à l'issue de la réunion des ministres des Finances de la zone euro. Jean-Claude Juncker, Président de l'Eurogroupe, s'est dit « heureux » de constater que les situations budgétaires nationales « vont dans la même direction »: la période économique favorable que la zone euro traverse actuellement ainsi que les excédents en termes de revenus doivent servir pleinement à mener des politiques budgétaires saines (« sound fiscal policies ») et à éviter les politiques pro-cycliques, en ligne avec les dispositions du volet « préventif » du Pacte de stabilité et de croissance.
Dans la déclaration qu'ils ont adoptée, les Treize s'engagent en effet à « élaborer avec précaution des politiques budgétaires pour 2008 de façon à accélérer l'ajustement vers les objectifs à moyen terme pour les États membres qui ne les ont pas atteints et pour ceux qui les ont atteints d'éviter de nourrir des déséquilibres macroéconomiques ». Ils prennent également l'engagement de « construire sur les résultats budgétaires de 2006 supérieurs aux prévisions afin de poursuivre des objectifs budgétaires plus ambitieux que ceux fixés dans les programmes de stabilité pour 2006 » et de « mettre en œuvre leurs budgets 2007 comme planifié en évitant les dépenses extraordinaires et en utilisant les revenus supplémentaires inattendus pour réduire le déficit et la dette nationaux ». En conséquence, « la plupart des pays de la zone euro atteindraient leurs objectifs de moyen terme en 2008 et 2009 et tous devraient y parvenir au plus tard en 2010 ».
Les discussions ont notamment porté sur les cas allemand et néerlandais, deux États membres élaborant tôt dans l'année leur budget national pour l'année suivante. Peer Steinbrück, ministre allemand des Finances, a indiqué jeudi que son pays comptait ramener son déficit public à 0% en 2010 en tant qu'« objectif réaliste et sérieux ». Cette annonce coïncidait avec les prévisions de cinq instituts allemands de conjoncture économique qui prévoient même que l'Allemagne serait en mesure de résorber son déficit dès 2008. « En Allemagne, ils obtiennent des résultats meilleurs qu'attendu, et M. Steinbrück a dit qu'il s'engageait pleinement à continuer les efforts de consolidation », a rapporté M. Almunia vendredi à l'issue de l'Eurogroupe. Et d'ajouter: « Ils n'ont pas encore décidé du budget pour 2008… mais la position du ministre Steinbrück a été pleinement en ligne avec les conclusions générales ».
La priorité à accorder à la réduction des déficits signifie-t-elle que tous les excédents budgétaires extraordinaires doivent être réservés à cette fin ? Pour M. Juncker, il s'agit d'une « priorité absolue ». « Les rentrées dues à un effet structurel ne doivent pas obligatoirement avoir la même destination », a-t-il néanmoins relativisé. Il répondait à la presse italienne qui se faisait écho des déclarations de Romano Prodi, Président du Conseil italien, selon lesquelles les excédents inattendus devraient aussi servir à aider les entreprises ou baisser l'impôt sur le revenu. « L'intention n'est pas d'abattre un pays en l'obligeant à revoir la dette à la baisse », a fait savoir le Premier ministre luxembourgeois. Ne manquant pas de souligner « la priorité » à accorder à la dette dans les États membres où celle-ci est particulièrement élevée, comme c'est le cas en Italie, il a rappelé les responsabilités des États membres vis-à-vis des « générations futures » dans un contexte de « vieillissement » de la population. Et le président de l'Eurogroupe d'insister sur la nécessité de ne « pas répéter en 2007 les grossières erreurs de 1999, 2000 et 2001 ». Les États membres n'avaient pas suffisamment utilisé cette période économique favorable pour réduire leurs déficits, situation qui avait conduit au lancement par la Commission de procédures pour déficit excessif à l'encontre de certains comme l'Allemagne et la France.
Peut-on accorder un véritable crédit aux orientations de l'Eurogroupe sur la future politique budgétaire des pays de la zone euro alors que plusieurs ministres n'ont pas fait le voyage de Berlin ? « J'ai la certitude que le gouvernement français partage entièrement les conclusions adoptées aujourd'hui », a assuré M. Juncker, se référant à l'absence de Thierry Breton pour cause d'élections présidentielles en France.
Taux de change. L'appréciation actuelle de la monnaie unique - dont la valeur flirte avec son record historique - n'inquiète pas l'Eurogroupe. « L'euro ne s'est pas apprécié de façon brutale, il s'est apprécié de manière graduelle. Il n'y a donc pas de raison de paniquer », avait déclaré vendredi matin son président. La volatilité des taux de change doit en revanche faire l'objet d'une attention particulière: « Une volatilité excessive et des mouvements désordonnés dans les taux de change sont indésirables pour la croissance économique », a déclaré Jean-Claude Trichet, Président de la Banque centrale européenne (BCE), en conférence de presse. Deuxièmement, « nous pensons que la reprise de l'économie japonaise est durable et que les taux de change devraient refléter ces fondamentaux », a-t-il ajouté, en faisant allusion aux récentes discussions qu'il a eues à Washington avec les autorités japonaises lors des réunions de printemps des institutions de Bretton Woods (voir EUROPE n° 9407). M. Trichet a aussi pris note « avec intérêt » des déclarations des autorités américaines selon lesquelles « un dollar fort est dans l'intérêt de l'économie américaine ». (mb)