Bruxelles, 23/03/2007 (Agence Europe) - « Il n'y a pas d'opposition entre la politique de croissance et la politique environnementale ». Günter Verheugen, vice-Président de la Commission, en charge de la politique des entreprises et de l'industrie, a fait de cette assertion son credo et le fil conducteur de son intervention, le 22 mars, devant la commission de l'environnement du Parlement européen, nouvellement présidée par le Tchèque Miroslav Ouzky (groupe PPE-DE). Les perspectives de mise en œuvre du règlement REACH sur l'enregistrement, l'évaluation et l'autorisation des produits chimiques, la lutte contre le changement climatique et la stratégie de réduction des émissions de CO2 par les voitures particulières ont occupé une place de choix dans la présentation liminaire du Commissaire et dans son échange de vues avec les parlementaires.
Au lendemain du Sommet de printemps qui a adopté un paquet ambitieux « Energie et climat » pour intensifier la lutte contre le réchauffement planétaire au-delà de 2012, M. Verheugen a souligné la nécessité de transposer les décisions des chefs d'Etat et de gouvernement. « Si l'on veut être crédible, il convient que les objectifs soient atteints », a-t-il déclaré. D'où la nécessité, à ses yeux, de soutenir l'industrie pour qu'elle tienne compte de ces objectifs, et de faire appel à la responsabilité environnementale des entreprises, de promouvoir l'innovation pour le développement des technologies environnementales et de réaliser le marché intérieur pour les biens et services écologiques. Le paquet « Marché intérieur » avec sa législation sur l'écoconception, déjà présenté, sera suivi, au début de 2008, d'une initiative globale pour la politique industrielle, a annoncé le Commissaire. Evoquant la stratégie révisée de réduction des émissions de CO2 des voitures particulières, M. Verheugen a vanté les mérites de l'approché intégrée retenue par la Commission (EUROPE n° 9361), qui, à son avis, met opportunément à contribution les biocarburants - les progrès de la seule technologie des moteurs étant limités. La proposition de législation à laquelle travaille la Commission devra être « neutre du point de vue de la compétitivité et tenir compte de l'impact tant environnemental que social », d'où l'importance de réaliser une étude d'impact approfondie avant de la présenter. Evoquant REACH, M. Verheugen a annoncé qu'un directeur intérimaire avait été nommé pour l'Agence des produits chimiques sise à Helsinki, la nomination d'un directeur exécutif par le conseil d'administration étant prévue en fin d'année. Trente-neuf fonctionnaires, mis à disposition par la Commission européenne, aideront au démarrage de l'Agence, et 160 postes sont d'ores et déjà ouverts au recrutement. Le Commissaire a dit compter sur le Parlement pour que l'Agence d'Helsinki puisse bénéficier de crédits à suffisance pour exécuter sa mission au cours des prochaines années pendant lesquelles elle encaissera peu de redevances. Beaucoup reste à faire pour transposer le règlement REACH qui entrera en vigueur au 1er juin 2007, mais le réseau « Helpdesk se met en place dans les Etats membres, a assuré le Commissaire.
A Guido Sacconi (PSE, Italien) qui lui demandait de réagir aux critiques des constructeurs automobiles jugeant « irréaliste du point de vue du coût et du calendrier » une législation visant à imposer l'objectif de 120g/km d'émissions de CO2 à l'horizon 2012, M. Verheugen a dit avoir eu récemment un autre écho du Président de l'ACEA. « Il n'a pas dit être contre les objectifs, mais il juge impossible une limite unique d'émissions de CO2 pour chaque voiture. Je suis d'accord avec lui. L'objectif ne peut être le même pour une Maserati quatre portes et pour une Fiat Punto ! Sinon, l'industrie est plutôt favorable, et a annoncé (…) qu'elle fera ce qu'on attend d'elle ». Répondant à Mme Satu Hassi (Verte finlandaise), qui disait sa satisfaction d'entendre le Commissaire parler du changement climatique « depuis peu de temps, certes » et l'encourageait à poursuivre dans une perspective à long terme, le Commissaire a revendiqué la paternité du plan d'action en dix points, présenté en septembre dernier. « Je n'ai pas eu besoin du rapport Stern pour savoir que la lutte contre le changement climatique est une énorme chance pour l'économie européenne. Dès la première heure, j'ai dit que les objectifs économiques et environnementaux sont tout à fait compatibles. Au Sommet économique mondial de Davos, les industries européennes ont dit qu'elles doivent et veulent devenir vertes», a-t-il déclaré. Et s'il reconnaît avoir parlé « d'hystérie à propos des discussions germano-germaniques », c'est, selon lui, pour dénoncer « la surenchère de propositions insensées qui détournaient de ce qu'il faudrait vraiment faire », c'est-à-dire « atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés, et créer les conditions technologiques et politiques nécessaires pour que les autres régions dynamiques nous suivent ». Le Commissaire a ajouté: «L'Europe doit jouer un rôle de précurseur car cela nous permettra d'avoir une avance sur nos concurrents par rapport aux marchés de l'avenir. Si l'Europe ne montre pas qu'il est possible de concilier les objectifs environnementaux et économiques, et si elle n'est pas prête à assumer le rôle de grand laboratoire de démonstration, les autres ne nous suivront pas ». Affirmant avoir dit à un représentant chinois qu'il a rencontré le 22 mars: « dès que vous verrez que ça marche, vous ferez la même chose », Günter Verheugen a annoncé qu'il tiendra le même discours lors de son voyage en Chine, la semaine prochaine.
Le Commissaire a jugé excellente l'idée, suggérée par Vittorio Prodi (ALDE, Italien), de créer une alliance entre le Parlement et la Commission, en créant au sein de celle-ci un groupe de travail sur le changement climatique « pour un échange permanent » avec la commission temporaire sur le changement climatique qui va être établie au sein du Parlement pour « examiner toutes les questions horizontales » liées à ce phénomène. (an)