Bruxelles, 23/03/2007 (Agence Europe) - Comme nous l'avions annoncé (EUROPE n°9391), la Présidence allemande a transmis jeudi soir aux Etats membres sa version finale de la « Déclaration de Berlin » que les présidents des trois institutions communautaires - Angela Merkel (Conseil), José Manuel Barroso (Commission) et Hans-Gert Pöttering (Parlement européen) - signeront ce dimanche 25 mars à Berlin lors de la réunion informelle des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE à l'occasion du 50ème anniversaire des Traités de Rome. Le texte n'est désormais plus contesté par aucune délégation depuis que la République tchèque a levé vendredi ses dernières réserves, notamment sur l'échéance de 2009, inscrite dans le texte, pour achever et mettre en vigueur la réforme de l'UE. Vendredi matin, la chancelière Angela Merkel a eu des entretiens téléphoniques avec le Président Vaclav Klaus et le Premier ministre Mirek Topolanek, qui avaient encore réaffirmé jeudi leur opposition à l'échéance 2009 - année au début de laquelle le pays exercera la Présidence de l'UE. Lors de ces entretiens, les objections tchèques ont été levées, selon des sources allemandes.
Publiée dans les 23 langues officielles de l'UE, la Déclaration est rédigée en termes simples, écrite du point de vue des citoyens européens (la plupart des phrases débutent par « nous »). Le texte commence par saluer les grands acquis historiques de l'unification européenne (paix, prospérité, unité, dépassement des différences) auxquels tous les pays membres ont contribué. Une référence directe est faite aux peuples des nouveaux pays membres d'Europe centrale et orientale: c'est leur volonté de liberté qui a permis de mettre fin à la division artificielle de l'Europe. « Nous », les citoyens européens, avons tiré les leçons de l'histoire et des conflits sanglants ; aujourd'hui, nous avons le « bonheur » de vivre ensemble comme ça n'avait jamais été possible auparavant, lit-on dans la déclaration. S'ensuit un rappel des principales valeurs et idéaux communs de l'Union: dignité de l'être humain, respect et défense de ses droits fondamentaux, liberté, démocratie, respect, tolérance, sécurité, justice, solidarité, etc. L'Union européenne est un ensemble démocratique « unique » d'Etats membres et d'institutions européennes, fondée sur l'égalité et la solidarité, défendant un équilibre équitable entre les intérêts des pays membres, poursuit la déclaration. L'Union européenne se trouve face à de multiples défis qui ne s'arrêtent pas aux frontières nationales. « Notre » réponse à ces défis est l'Union européenne, poursuit le texte, car c'est seulement en agissant ensemble que nous pourrons sauvegarder notre « idéal de société européen ». Le modèle européen comprend à la fois réussite économique et responsabilité sociale, est-il souligné. Le marché intérieur et l'euro renforcent l'Union, ce qui lui permettra d'influencer la mondialisation selon ses propres idéaux et valeurs. La lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée est un autre défi de l'Union, mais cette lutte doit se faire dans le respect des droits et libertés des citoyens. Sur le plan international, l'Union défend la liberté et le développement et elle agit contre la pauvreté, la faim et les maladies. Sur ce plan, elle doit garder son rôle de leader, lit-on dans la déclaration. « Nous » voulons aussi agir ensemble en matière de politique énergétique et de lutte contre le changement climatique, est-il écrit.
Aucune référence explicite n'est faite aux futurs élargissements, mais la déclaration réaffirme l' « ouverture » de l'UE, tout en soulignant, parallèlement, la « volonté » des pays membres de stabiliser et d'approfondir l'intégration.
L'avenir du Traité constitutionnel n'est pas évoqué dans le texte qui se limite à souligner la nécessité d'une réforme permanente de l'Union. Et de conclure avec un engagement: l'objectif est de « rénover la fondation commune » de l'Union d'ici 2009.
Le fait que la Déclaration sera signée seulement par les trois présidents et non pas par tous les chefs d'Etat et de gouvernement n'enlève rien à l'importance du texte, estime-t-on du côté de la Présidence allemande. Par leur signature, les présidents engagent politiquement leurs institutions respectives en faveur des principes et objectifs décrits dans le texte, y compris celui de réformer l'Union d'ici 2009, ont expliqué vendredi des sources de la Présidence. Ils rappellent dans ce contexte que seuls les accords internationaux juridiquement contraignants (comme les Traités) nécessitent la signature de tous les chefs d'Etat et de gouvernement. En revanche, d'autres textes, comme la Charte des droits fondamentaux, ont été signés seulement par les présidents des institutions communautaires, alors que d'autres encore, comme la « Déclaration de Laeken » de décembre 2001, ont été adoptés par simple acclamation.
La signature de la déclaration sera précédée, dans la matinée, par une cérémonie (à laquelle assistera aussi le Français Maurice Faure, dernier participant vivant à la cérémonie de signature en 1957) et des discours des trois présidents Merkel, Barroso et Pöttering ainsi que du Premier ministre italien Romano Prodi à qui Mme Merkel a demandé de revenir sur les différentes étapes historiques de l'intégration européenne depuis 1957 (ceci pour faire une « référence visible » à l'Italie et Rome en tant que lieu de signature des Traités il y a 50 ans, souligne-t-on du côté de la Présidence allemande).
La cérémonie sera suivie dimanche midi par un déjeuner de travail au cours duquel il sera question de la préparation du Conseil de juin et du rôle de l'UE dans le monde. Ce sera aussi l'occasion pour Angela Merkel de rendre hommage à l'engagement européen de Jacques Chirac qui assistera à son dernier Sommet européen. Samedi, la réunion informelle des chefs d'Etat et de gouvernement sera ouverte en début de soirée par un concert à la Philharmonie de Berlin, suivi d'un dîner avec le Président de l'Allemagne, Horst Köhler.
La Présidence réfute les critiques sur sa méthode de travail et annonce qu'elle suivra
la même approche pour préparer le Conseil européen de juin sur la Constitution
La Présidence allemande a réfuté vendredi, devant la presse, les multiples critiques qui ont été formulées ces dernières semaines, notamment du côté des députés européens, à propos de la méthode de travail parfois qualifiée de « secrète » qu'elle a employée pour préparer la rédaction de la Déclaration de Berlin, à savoir les consultations en cercle très restreint, notamment au niveau des « sherpas » ou représentants désignés par les Etats membres, la Commission et le PE. « Nous avons eu beaucoup de discussions, à Berlin ou ailleurs » ainsi qu'un débat de deux heures au plus haut niveau lors du Conseil européen le 8 mars dernier, souligne la Présidence. Il ne peut donc pas être question de méthode secrète, poursuit-elle, affirmant que « la très grande majorité des Etats membres, ainsi que les représentants de la Commission européenne et du Parlement ont explicitement salué cette manière de travailler ». Rassurée par ce « succès », la Présidence annonce d'ores et déjà qu'elle suivra la même méthode pour préparer les discussions difficiles du Conseil européen de juin sur la question constitutionnelle. « Cette procédure sera poursuivie pour le reste de notre Présidence », ont affirmé des sources vendredi, précisant que « les vraies consultations ne commenceront qu'après les élections présidentielles en France ». (hb)