login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9379
Sommaire Publication complète Par article 37 / 38
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 723

*** JACQUES PALARD, ALAIN-G. GAGNON, BERNARD GAGNON (sous la dir. de): Diversité et identités au Québec et dans les régions d'Europe. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.net ) et Les Presses de l'Université Laval. Collection "Régionalisme et fédéralisme", n° 9. 2006, 417 p., 37,80 €. ISBN 90-5201-331-4 et 2-7637-8215-9.

Œuvre d'éminents représentants des mondes académique canadien et européen, cet ouvrage collectif répond à des interrogations qui concernent le devenir du fédéralisme canadien ou de l'Europe des régions. Un Etat conscient de ses identités régionales est-il, en retour, plus tolérant vis-à-vis de la diversité culturelle ? Quelle est la dynamique culturelle, institutionnelle et sociale qui rend possible (ou impossible) le mariage entre le pluralisme et les identités nationales ou régionales dans les contextes canadiens et européens ? Les auteurs étudient les réponses politiques et institutionnelles (pouvoir, institution, juridiction) offertes à la diversité dans des contextes régionaux et, d'autre part, les enjeux sociaux et culturels (immigration, éducation, mutations identitaires) qui découlent d'une complexification des référents culturels et sociaux. Les contributions conduisent à penser, observent Bernard Gagnon (professeur en éthique à l'Université du Québec) et Jacques Palard (directeur de recherche au CNRS, à l'Institut d'études politiques de Bordeaux), que "les rapports identitaires entre nation et diversité, bien qu'ils ne soient pas entièrement sans heurts, peuvent conduire à des modèles originaux d'aménagement de la diversité selon une conception inclusive et intégrative des appartenances". Et d'ajouter: "La cohabitation pacifique d'identités diversifiées et multiples prend ainsi, en partie, sa source dans ces expériences régionales au sein desquelles le maintien de la spécificité nationale comprend, dans les diverses dimensions de la vie publique, une ouverture à la différenciation culturelle".

Dans la première partie de l'ouvrage, consacrée aux systèmes politiques qui favorisent les interactions entre les identités nationales et le pluralisme culturel, deux contributions s'intéressent plus particulièrement au fait régional en Europe. Professeur en études régionales à l'Université Aberdeen (Ecosse) et professeur en politique écossaise à l'Institut universitaire européen de Florence, Michael Keating discute d'abord des liens diversifiés qui existent entre les revendications des nationalités minoritaires et l'intégration européenne. Que celle-ci participe à la transformation et au déclin de l'Etat ou qu'elle constitue un processus inédit de construction d'un nouvel ordre politique, elle sape, en tout cas, "les liens traditionnels entre souveraineté, territoire, nationalité et fonction qui furent les piliers du modèle classique de l'Etat-nation". Pourquoi ? D'abord parce que "l'Europe ébranle la doctrine traditionnelle d'une souveraineté étatique une et exclusive". Ensuite, l'intégration européenne "accapare les compétences des Etats dans les domaines de la régulation et de l'union des marchés, et même de la sécurité intérieure et extérieure", favorisant ainsi "un déplacement vers de nouvelles formes d'exercice de l'autorité" qui a ouvert la voie à de nouvelles configurations de l'exercice de l'autonomie. D'autre part, l'intégration européenne "a permis d'élever l'enjeu de la démocratie à la hauteur d'un débat sur un ordre pluraliste au-delà et au travers de l'Etat-nation". Enfin, l'Europe a séparé, "pour la première fois, les droits de l'homme de la nationalité et de la citoyenneté". Ces transformations, poursuit Michael Keating, ont encouragé la recherche de nouvelles formes d'autonomie et de nouveaux arrangements entre le principe de nationalité et le principe d'autorité. Ainsi, l'Europe fut l'occasion, pour un grand nombre de mouvements représentatifs des "nations sans Etat", "d'abandonner leurs revendications traditionnelles d'Etat souverain pour adopter une position post-souverainiste de souveraineté et d'autorité partagées", sans compter que le projet européen a aussi favorisé "la désethnicisation des projets nationalistes et son remplacement par un projet civique et territorial, la marginalisation de l'option séparatiste et l'insertion dans le jeu d'une politique à niveaux multiples" - même si des courants d'extrême droite et autres partis racistes subsistent mais sont porteurs, eux, d'un discours anti-européen. A partir de ce constat qu'il étaie, Michael Keating examine les opportunités concrètes, autres que l'indépendance, qu'offre l'Europe pour répondre aux revendications des minorités nationales. Sa conclusion est qu'une évolution graduelle a permis à l'Europe et aux nationalités d'évoluer en tandem et d'explorer ensemble de nouvelles formes d'autorité politique, mais aussi qu'une tentative visant à fixer "les statuts, catégories et compétences des divers niveaux européens - minorité, région, Etat, Union européenne - court le risque de recréer le type d'inadaptation institutionnelle qui fut responsable des problèmes antérieurs".

Cette étude est complétée par une contribution tout aussi intéressante que Nicolas Levrat consacre à l'éventuelle construction d'une identité européenne et à l'impact du processus d'intégration sur la nature des identités régionales en Europe. Professeur à la Faculté de droit de l'Université de Genève, il observe ainsi, entre autres, qu'une notion d'identité régionale européenne commune n'émerge pas et que, si la politique régionale européenne peut générer une adhésion à l'Europe dans les régions, elle ne renforce pas pour autant les identités régionales. Le seul élément identitaire significatif que Nicolas Levrat perçoit dans la politique régionale "est l'incitation qu'elle induit chez bien des responsables locaux ou régionaux à s'intéresser à l'Europe", ces mécanismes constituant, dès lors, "de formidables vecteurs de diffusion d'une appartenance à l'Europe de Bruxelles". Mais, précise-t-il dans la foulée, "si les fonds structurels et leur gestion peuvent être conçus comme des vecteurs identitaires, ce n'est hélas pas à Bruxelles que l'on est sensible à pareil attrait de ces instruments", la seule retombée positive de l'intégration européenne en la matière étant, en définitive, qu'elle "a pour effet d'encourager des identités régionales ouvertes, par contraste avec un registre identitaire de type nationaliste".

Michel Theys

*** JOSEFINA SYSSNER: What Kind of Regionalism? Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). 2006, 244 p., 39,70 €. ISBN 3-631-55201-7.

Les mouvements régionalistes connaissent un renouveau en Europe et les régions sont fréquemment présentées par certains comme étant le niveau de pouvoir le plus apte à saisir et à agir sur les réalités économiques locales, ainsi que celui avec lequel les citoyens peuvent s'identifier et interagir le plus facilement. Comme l'explique Josefina Syssner, "il se pourrait que nous vivions une époque où des régions sont à la fois construites au sens strict ou formel et où des régions existantes sont réinventées et dotées d'un nouveau sens". Cependant, un régionalisme n'est pas l'autre, tout comme les régions présentent de grandes disparités entre elles, que se soit en termes de nature juridique ou sur le plan de l'autonomie dont elles disposent ou qu'elles revendiquent. D'autre part, les ouvrages traitant du sujet l'ont souvent abordé en s'intéressant aux mouvements régionalistes nés d'un fort sentiment d'identité ethnique et culturelle - habituellement qualifié d'ancien régionalisme - ou à ceux qui se développent dans des régions plus riches que leur cadre national et qui souhaitent promouvoir leurs propres intérêts - le nouveau régionalisme. C'est une autre approche qu'a choisie Josefina Syssner qui cherche à savoir quel type de régionalisme se développe dans des régions politiques moins favorisées et ne présentant pas de caractéristiques ethniques particulières et quelles en sont les raisons. A cette fin, l'auteur a pris comme base d'étude sa région natale de Norrbotten, en Suède, et le Mecklembourg-Poméranie-occidentale en Allemagne orientale, deux régions relativement rurales et situées en périphérie économique et politique. L'idée est de comprendre non seulement les bases du régionalisme mais également son essence même, le concept pouvant être compris, selon Josefina Syssner, comme une idéologie politique, c'est-à-dire qui décrit "un système de croissance politique partagée par un groupe de gens". Elle montre entre autres, au travers de l'étude des politiques et du discours politique en vigueur dans ces régions, que le régionalisme - phénomène empreint de traits "romantiques" et de traits "civiques" - ne peut être réduit à une demande d'autonomie ou de reconnaissance accrues.

(FRo)

*** KLAUS H. GOETZ: Territory, Temporality and Clustered Europeanization. Institut für Höhere Studien - Institute for Advanced Studies (56 Stumpergasse, A-1060 Vienne, Autriche. Tél.: (43-1) 59991-0 - fax: 59991-555 - Internet: http://www.ihs.ac.at ). Collection "Reihe Politikwissenschaft - Political Science Series", nº 109. 2006, 19 p., 6 € (particuliers), 20 € (institutions).

La non-convergence des Etats membres de l'Union, en dépit d'un grand nombre de directives visant à favoriser l'intégration, a fini par être communément acceptée dans le débat européen. La littérature existant sur le sujet parle de "réactions différentielles" aux politiques européennes. Elle souligne aussi que si les systèmes politico-administratifs s'adaptent de façon à ce que l'impact de l'européanisation soit élevé, l'unification de ces systèmes n'en reste pas moins lointaine, les styles et les structures politiques continuant, en particulier, de diverger. Cette étude conteste cette insistance à propos de la non-convergence et propose l'idée d'une "Européanisation par groupes", c'est-à-dire l'existence de groupes de pays caractérisés par un haut niveau de ressemblances intra-régionales et par des différences interrégionales dans le processus d'européanisation. Ces groupements seraient promus par deux facteurs jusqu'à présent négligés par la recherche: territoire et temporalité. Le premier influence l'européanisation à travers, d'une part, des "familles de nations" (pays du nord et pays du sud, par exemple) et, d'autre part, les structures centre-périphérie. La temporalité se réfère à la date d'adhésion en relation au développement économique et politique du pays et, par ailleurs, à la phase d'intégration européenne. Le développement économique et politique ainsi que les familles de nations tendraient à promouvoir les similitudes intra-régionales, alors que les deux autres soulignent les différences interrégionales dans l'intégration européenne. Si l'on considère systématiquement territoire et temporalité, il devient clair, selon l'auteur, que les différents niveaux d'intégration ne sont pas distribués au hasard à travers l'Europe et qu'ils accréditent l'idée d'européanisation par groupes.

(NDu)

*** VANESSA BASSO: Der Einfluss des zentralistischen Staatssystems Italiens und seiner Regionalpolitik auf die Wirtschaftsentwicklung im Mezzogiorno unter Einbezug der europäischen Strukturfondsmittel 1994-1999. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Europäische Hochschulschriften - Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 520, 290 p.. ISBN 3-03910-786-0.

Depuis de nombreuses années déjà, d'importants efforts ont été consentis en vue de redynamiser l'économie des régions italiennes, le Mezzogiorno en particulier, par le biais d'investissements de l'Etat italien et des fonds structurels européens. Pourtant, si des progrès ont été enregistrés dans certaines régions, la situation a empiré de plus belle dans certaines autres. Cet ouvrage étudie les effets des fonds structurels européens en Italie et examine - en plus des éléments économiques - les agents sociopolitiques qui ont une influence non négligeable sur le développement économique du Mezzogiorno. Pourquoi, après la mise en œuvre de mécanismes financiers comparables, certaines régions exhibent-elles une croissance économique alors que d'autres stagnent ? L'efficacité des fonds européens peut-elle être attribuée à un système de gouvernement particulier et, dans l'affirmative, pour quelle raison ? Quels sont les liens entre le système d'Etat, le développement économique et l'élément social ? Telles sont quelques-unes auxquelles l'auteur apporte des réponses, cet ouvrage osant un éclairage très utile sur l'interaction souvent turbulente entre les politiques européennes et les structures préexistantes d'une des régions à aider. Il serait néanmoins audacieux d'extrapoler les leçons tirées étant donné la dynamique particulière du tissu sociopolitique de la région en cause: l'index recèle, en effet, plus de références pour la Mafia que pour l'Union et la Commission réunies.

(CDi)

*** Annuaire 2007. Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe (30 rue d'Alsace-Lorraine, F-45000 Orléans. Tél.: (33-2) 38778383 - fax: 38772103 - Courriel: ccrefrance@afccre.org - Internet: http://www.afccre.org ). 2006, 671 p., 80 €.

Cette troisième édition de l'Annuaire de l'Association Française du Conseil des Communes et Régions d'Europe présente les quelque 2.000 collectivités territoriales - communes et groupements de communes, Conseils généraux, Conseils régionaux - membres de l'AFCCRE. On y trouve, entre autres, plus de 10.000 noms d'élus et fonctionnaires territoriaux en charge des affaires européennes, un recensement des jumelages et partenariats européens et internationaux, ainsi que les sites Internet des collectivités territoriales.

(PBo)

*** JEAN-MARIE CAVADA: Une marche dans le siècle. Calmann-Lévy (31 rue de Fleuris, Paris). 2006, 276 p., 19,05 €. ISBN 2-7021-3694-X.

Une autobiographie témoigne parfois d'une vanité débridée, d'un égo en mal de reconnaissance. Tel n'est pas le cas cette fois. Ce beau livre imprégné de sincérité, empli d'une pudeur vraie et de convictions fortes, voit un homme se raconter et commenter son parcours. Un parcours, il faut l'admettre, hors du commun. Jean-Marie Cavada a été l'une des figures les plus emblématiques du paysage audiovisuel français - et, plus largement, francophone - et a collectionné les émissions entrées dans la légende comme les postes à responsabilité les plus prestigieux et les plus exposés des chaînes du service public français. Un conte de fée ? Oui et non. Cavada n'a jamais connu ses parents, mais bien l'Assistance publique et des familles d'accueil. Sa chance, il la doit donc à son côté bûcheur - qui ne l'a pas quitté depuis - que lui a permis de manifester l'école de la République, à laquelle il rend un hommage appuyé. Le livre se savoure aussi pour qui connaît un peu le monde du journalisme. Parlant de l'une de ses émissions, il écrit ainsi qu'elle a prouvé "que même en termes d'audimat et de critères quantitatifs, la qualité paie et que nul n'a besoin de descendre toujours plus bas pour monter un peu plus haut dans les sondages". Une vérité qu'il serait bon de répéter inlassablement dans beaucoup de chaînes.

(MT)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE