Bruxelles, 27/02/2007 (Agence Europe) - Les thèmes européens ne représentent d'habitude qu'un aspect marginal des campagnes électorales dans les Etats membres, la classe politique considérant qu'ils ne sont pas «porteurs ». Il n'en est pas de même dans la campagne pour les élections présidentielles en France (voir la rubrique Au-delà de l'information dans le bulletin d'hier et dans la page précédente). En particulier, le discours prononcé à Strasbourg par Nicolas Sarkozy mercredi 21 février indique de façon assez précise les orientations qu'il défendra en tant que président de la République française, s'il est élu. Voici une présentation schématique de ses positions qu'il a exprimées à Strasbourg.
1. Une existence politique et des frontières. « Je veux une Europe qui ait une existence politique et qui ait une identité et, par conséquent, une Europe qui ait des frontières. Je veux une Europe où tous les pays du monde, fussent-ils démocratiques, n'aient pas vocation à entrer. La Turquie, qui n'est pas un pays européen, n'a pas sa place à l'intérieur de l'UE. L'Europe sans frontières, c'est la mort de la grande idée de l'Europe politique, c'est le risque de devenir une sous-région de l'ONU ».
2. Une Europe solidaire. « Je veux une Europe où un pays qui a signé les accords de Schengen ne procède pas à des régularisations massives d'immigrés sans demander l'avis de ses partenaires. Je veux une Europe à l'intérieur de laquelle aucun Etat ne puisse pratiquer le dumping social, une Europe où les aides européennes ne puissent pas financer du dumping fiscal au détriment des autres Etats membres ».
3. Une mondialisation maîtrisée et équilibrée. « Je veux une Europe qui ne reste pas les bras croisés face à la mondialisation. Je crois aux vertus de la concurrence mais je ne crois pas que la concurrence soit une religion (…) Je crois aux avantages du libre-échange, mais un libre-échange maîtrisé, régulé, où l'Etat intervient pour compenser les dumpings monétaires, sociaux ou écologiques ».
« La France ne peut rien faire toute seule. Face à la mondialisation et aux forces immenses qu'elle met en œuvre, la France a besoin de l'Europe. L'Europe est aujourd'hui la seule force capable de contrebalancer toute tentation hégémonique dans le monde. La seule capable de s'opposer à la toute-puissance du marché. La seule capable de transformer la mondialisation de l'intérieur. La seule capable de porter un projet de civilisation ».
4. Une gouvernance économique européenne. « Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe dotée d'un gouvernement économique qui défende les intérêts des Européens, qui ait son mot à dire sur la politique monétaire et sur la politique de change. Nous devons être capables de proposer aux peuples européens une Europe où la politique monétaire ait aussi pour objectif la croissance et l'emploi, et pas seulement l'inflation ».
5. Une politique commerciale équitable. L'Europe doit « se donner les moyens de se protéger contre les abus de ses concurrents et contre les dumpings asiatiques, ce qui exige en toutes circonstances la réciprocité. Une Europe qui protège ses activités stratégiques contre les prédateurs, où le droit de la concurrence n'empêche pas l'émergence de champions européens de dimension mondiale ».
6. Pour les ouvriers, les artisans et les paysans. « Ce qui est en jeu n'est pas seulement l'économie: c'est aussi une idée de l'homme, c'est aussi un problème de valeurs. Il y a une culture ouvrière, un rapport particulier des ouvriers à la vie et au travail. Si les usines partent, le reste partirait aussi. Il y a une culture paysanne, elle ne doit pas se perdre. Il y a une culture des artisans, un rapport particulier des artisans avec la perfection du geste, avec la précision de la technique. L'Europe sans paysans, sans artisans, sans ouvriers, serait une Europe appauvrie moralement, culturellement, économiquement (…) Un métier qui disparaît, un village qui se vide, un bassin industriel qui s'effondre, c'est un drame. Aucune nécessité économique ne justifie que la politique soit indifférente à ce drame et à la souffrance qu'il cause. Nulle impuissance publique n'oblige à accepter sans rien faire ce gâchis humain qu'un effort d'imagination, de volonté et de morale suffirait à éviter ».
7. La nécessité et les défis de l'agriculture. « Si je suis élu, je proposerai à nos partenaires de rouvrir le dossier de la politique agricole commune avec l'objectif de garantir l'indépendance alimentaire de l'Europe, et aussi la sécurité sanitaire, le respect de l'environnement et un revenu décent pour les agriculteurs (qui passe par des prix qui respectent leur savoir-faire). Repenser la politique agricole est une nécessité ; la supprimer serait une catastrophe pour l'indépendance de l'Europe. Elle mettrait le sort des agriculteurs entre les mains de la spéculation. »
M. Sarkozy a en même temps réaffirmé l'exigence d'une politique énergétique européenne et il entend discuter dans le contexte de l'UE « la moralisation du capitalisme financier », sur laquelle il a indiqué des exigences et des orientations.