Bruxelles, 27/02/2007 (Agence Europe) - Avec un œil sur les profits des entreprises et l'autre sur l'évolution des salaires, Jean-Claude Juncker veut un débat sur la redistribution des fruits de la croissance. « Nous pensons qu'il s'agit là d'un grand débat européen que nous devons avoir (…) et j'ai pris la résolution ferme ce soir de lancer, ensemble avec d'autres, ce débat », a-t-il déclaré lundi à l'issue de la réunion de l'Eurogroupe qu'il préside. Un discours qui ne contredit pas celui de la Banque centrale européenne (BCE), prompte à appeler les partenaires sociaux à la modération salariale, mais qui investit le champ plus large de la répartition entre profits et salaires. « Nous ne disons pas que les dérapages salariaux doivent maintenant être à l'ordre du jour », a-t-il précisé, pensant plutôt à une participation des salariés aux bénéfices des entreprises.
« Heureux de la solide reprise économique », confirmée par les prévisions de la Commission, qui table sur une croissance de 2,4% du PIB pour la zone euro en 2007 (EUROPE n° 9368), M. Juncker reconnaît que « les salaires doivent s'en ressentir ». « Il nous semble exact, comme le dit la Commission, de considérer que l'inflation devrait ralentir et passer en dessous du niveau de 2% en 2007 », a expliqué le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, pour qui les risques sont aujourd'hui « plus équilibrés ». Si la hausse de la TVA en Allemagne n'a pas eu l'impact sur les prix que nous avions craint, il serait néanmoins « prématuré de tirer une conclusion définitive » à ce stade, a-t-il ajouté. « Il n'est pas dans mes habitudes d'adresser des recommandations trop musclées à la Banque centrale européenne (BCE) », a-t-il ensuite répondu aux journalistes soucieux de déceler un message avant la réunion du Conseil des gouverneurs le 8 mars prochain, lors de laquelle les acteurs du marché s'attendent à une hausse des taux d'intérêt de la zone euro. Si, à court terme, l'inflation est en train de se corriger vers le bas, la BCE « se fera une idée de l'inflation sur le moyen terme », a admis M. Juncker à l'issue d'un débat à propos de l'influence des salaires sur la formation des prix.
« Nous pensons que l'évolution salariale dans l'ensemble de la zone euro au cours des années écoulées a été très modérée et en ligne avec l'objectif de stabilité des prix », permettant notamment à l'Allemagne de retrouver le chemin de la compétitivité. Si les augmentations salariales continuent d'être conformes à ces principes, elles « ne causeront aucun problème ni en termes d'inflation ni en termes de perte de compétitivité ». Nous pensons alors que « toutes les règles de bon sens auront été observées », constate-t-il, appelant les Etats membres qui connaissent un développement des salaires trop accentué par rapport à la productivité, à entreprendre des réformes structurelles plus prononcées. Toutefois, « avec la reprise économique que nous observons à l'heure actuelle, il est évident que la question de la distribution des fruits de la croissance retrouvée figurera au centre des préoccupations des gouvernements, des partenaires sociaux mais également des citoyens de l'UE », a expliqué M. Juncker, sans remettre en cause le principe d'une évolution en ligne avec la productivité. Les taux de chômage continuant d'être trop élevés sur l'ensemble de la zone euro, il faudra aussi avoir à l'esprit, lors des négociations salariales, la nécessité de créer des emplois. Il n'y a « pas nécessairement lieu d'adapter vers le haut le niveau des salaires », a ainsi nuancé M. Juncker, qui observe « que les salaires ne sont pas tout et qu'il y a d'autres possibilités de profiter des fruits de la croissance, comme par exemple la participation des salariés aux bénéfices des entreprises ». Pour le Commissaire aux affaires économiques et monétaires aussi il y a lieu d'« améliorer le dialogue social, et le dialogue entre les partenaires sociaux et l'Eurogroupe ». Et Joaquín Almunia d'annoncer que la DG Ecfin présentera aux ministres, au cours du second semestre, un examen sur les effets de la répartition entre profits et salaires au niveau macroéconomique.
L'Eurogroupe a par ailleurs souscrit à l'analyse de la Commission, reconnaissant que cette période de bonne conjoncture économique doit être mise à profit pour réduire les niveaux de déficits et de dette publics. Pour certains Etats membres, le rythme d'avancement vers l'objectif de moyen terme « laisse tout de même à désirer », a ajouté M. Juncker, le Commissaire Almunia précisant que les efforts d'ajustement restent en dessous des objectifs du Pacte de stabilité et de croissance (0,5% d'ajustement structurel par an) que seuls l'Irlande, la Finlande et les Pays-Bas ont déjà atteints. Alors que l'Italie et le Portugal vont « dans le bon sens » et que l'Allemagne et la Grèce « connaîtront probablement une abrogation de la procédure pour déficit excessif durant le premier semestre », ces quatre pays ainsi que la grande majorité des autres pays devraient renforcer leurs efforts d'assainissement afin d'assurer la durabilité de leurs finances publiques, a précisé M. Almunia. Sur l'actualisation des GOPE pour 2007, les ministres des Treize ont accepté les recommandations spécifiques pour la zone euro qui sont reprises dans le document transmis aux chefs d'Etat et de gouvernement adopté à Vingt-sept (EUROPE n° 9374). Ces quatre recommandations feront l'objet d'un suivi de l'Eurogroupe, a insisté M. Juncker. (ab)