Strasbourg, 15/02/2007 (Agence Europe) - En adoptant jeudi les rapports d'Udo Bullmann (PSE, Allemand) et de Jan Andersson (PSE, Suédois), le Parlement appelle à profiter de l'embellie économique et du redressement des finances publiques pour assurer des améliorations durables et qualitatives en termes de croissance et d'emploi. Le rapport de M. Bullmann sur les Grandes orientations de politiques économiques (GOPE) en 2007, adopté par 480 voix pour, 60 contre et 25 abstentions, se penche sur la mise en œuvre par les Etats membres des lignes directrices intégrées dans le contexte économique favorable et fait une série de recommandations en vue de leur révision en 2008. De son côté, le très court rapport Andersson, qui approuve la proposition de décision du Conseil relative aux lignes directrices pour l'emploi des Etats membres, demande simplement à ce qu'on accorde au Parlement le temps nécessaire, « en tout état de cause pas moins de cinq mois », pour assurer son rôle consultatif dans le cadre de cette révision.
Les députés appellent à « la mise en œuvre continue de réformes équilibrées, comportant des actions de soutien de l'innovation, des avancées technologiques et de l'accumulation des ressources humaines, supprimant les derniers obstacles au fonctionnement du marché intérieur et créant un environnement plus incitatif à l'activité entrepreneuriale dans les Etats membres ». Et de préconiser « une approche concomitante et concertée des Etats membres au niveau des dépenses de croissance, de la stimulation de l'investissement privé (…) ». Le Parlement demande aussi une meilleure coordination des politiques économiques dans laquelle il aurait un rôle plus actif à jouer. Une coopération renforcée et structurée souhaitable pour toute l'UE, mais aussi et surtout pour l'Eurogroupe, qui « devrait s'attacher à mieux égaliser et harmoniser, quant au contenu et au calendrier, l'établissement et la mise en œuvre des budgets nationaux (…) ». Et de proposer que, pour la coordination au sein de la zone euro, d'autres formations du Conseil concernées soient associées. Le Parlement souhaite aussi que la Commission publie chaque année un tableau classant les pays en fonction de leurs performances en matière de réformes. Il propose également plusieurs mesures au niveau national en faveur d'une économie intelligente et durable.
Comme l'avaient été les votes en commissions parlementaires (pour le rapport Bullmann, voir EUROPE n° 9353), le débat en plénière mercredi soir s'est avéré largement consensuel. Constatant des progrès encourageants, l'ensemble des intervenants a surtout mis en garde contre toute tentation de relâchement et plaidé pour des emplois productifs et de qualité. Il est important de « faire passer aux citoyens le message selon lequel les efforts consentis depuis la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne commencent à porter leurs fruits », s'est immédiatement félicité Joaquin Almunia, souhaitant, par la convergence de vues entre la Commission et le Parlement, envoyer « un signal clair de la volonté et de la capacité de l'UE à être l'instrument privilégié de la croissance et pour faire face à la mondialisation ». Les bons résultats de la croissance, l'accélération de la création d'emplois sont « la preuve que le modèle social européen est parfaitement compatible avec la mondialisation », a jugé le Commissaire chargé des affaires économiques et monétaires. « L'Europe va mieux en ce qui concerne l'emploi », a ensuite apprécié Jan Andersson, mais il y a toujours des problèmes concernant en particulier l'insertion des jeunes, les disparités entre hommes et femmes ou les personnes d'origine immigrée. Et d'exhorter à « de meilleurs emplois, rémunérés correctement », car « nous ne serons jamais concurrentiels sur le marché du travail si les gens ne peuvent pas vivre de leurs salaires ». « Il faut être actifs, encadrer, agir et sans aucun doute ne pas se reposer sur ses lauriers », a aussi prévenu Udo Bullmann, pour qui le marché intérieur est « notre principal atout ». Ce dernier est « plus fort que le marché américain », car 90% de ce que nous produisons dans l'UE nous le rachetons. Pour Cristobal Montoro-Romero (PPE-DE, Espagnol), le moment est certes « porteur d'espérance », mais il faut l'analyser « de façon réaliste » et ne pas se laisser griser, d'autant qu'il existe des différences entre Etats membres en termes de croissance ou d'exportations, comme le souligne Harlem Désir (PSE, Français), qui s'inquiète de la persistance de la pauvreté au sein de l'UE. « Ce qui manque aujourd'hui, ce sont des actes », a déploré Sophia in't Veld (ADLE, Néerlandaise), car avec toujours 8% de chômage et l'interdiction pour certains ressortissants d'Etats membres de travailler librement dans d'autres Etats membres, le modèle social n'offre pas les mêmes chances à tous. Des carences en termes d'emploi et d'exclusion sociale également fustigées par Elisabeth Schroedter (Verts-ALE, Allemande) et Sahra Wagenknecht (GUE-NGL, Allemande). Cette dernière a ainsi fait entendre une voix divergente de ceux qui ont voté pour le rapport, expliquant: « Il y a toute une série d'éléments que je partage avec ce rapport, mais il y a des passages qui empêchent à mon groupe de lui apporter son soutien ». Et de citer la référence positive à la directive sur les services ou la demande d'une libéralisation du secteur énergétique. Ce sont ceux qui ont combiné réformes structurelles et investissements qui présentent les meilleurs résultats de croissance et d'emploi, a indiqué Ieke Van den Burg (PSE, Néerlandaise) au Commissaire Almunia, qui soulignait surtout la réussite de ceux ayant procédé à la consolidation fiscale la plus ferme. Résumant les débats, le ministre allemand des Affaires européennes, Günter Gloser, a souhaité que l'Europe soit vue « comme une réponse aux problèmes de la mondialisation ». (ab)