Bruxelles, 08/02/2007 (Agence Europe) - 2006 a été la première année complète de mise en œuvre de la stratégie arrêtée en 2005 par la Banque européenne d'investissement (BEI) consistant à renforcer l'effet de levier de ses investissements, à concentrer ses financements dans l'UE sur six priorités (cohésion ; compétitivité et innovation ; réseaux transeuropéens de transport et d'énergie ; soutien aux PME ; protection de l'environnement ; efficacité, diversification et sécurité dans le secteur énergétique) et à contribuer à la convergence économique entre l'UE et ses partenaires. A l'occasion du traditionnel bilan annuel devant la presse des activités de la Banque au cours de l'année écoulée, son président, Philippe Maystadt, s'est montré relativement satisfait, indiquant qu'en 2006, la BEI avait prêté un total de 45,8 milliards d'euros en faveur de projets concourant à la réalisation des politiques de l'UE. Les financements accordés dans les Etats membres de l'UE à 25 se sont élevés à 39,8 mrds, soit 87% des activités de la Banque. M. Maystadt a toutefois relevé un léger « tassement » des opérations dans les nouveaux Etats membres (5 mrds en 2006 contre 5,8 mrds en 2005), une situation qu'il attribue essentiellement « à la fréquence des changements politiques (qui ont affecté certains d'entre eux et) qui ont ralenti un certain nombre de projets ». « Ce qui peut jouer aussi, a-t-il ajouté, c'est le manque d'une certaine capacité d'absorption de l'administration », en d'autres termes, sa difficulté « à mettre sur pied une série de projets ». Pour remédier à cette situation, le président de la BEI a rappelé que l'initiative JASPERS, financée par la BEI, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et la Commission et déjà opérationnelle propose gratuitement une assistance technique pour l'identification et la réalisation des projets d'infrastructure localisés dans les nouveaux pays membres et susceptibles d'être financés par les fonds structurels.
Philippe Maystadt s'est ensuite félicité de « la belle augmentation » des ressources propres de la Banque, une évolution due à l'accumulation des réserves provenant de ses bénéfices et d'une augmentation de capital qui va « nous permettre de prendre plus de risques » comme le prévoit la stratégie arrêtée par les gouverneurs en 2005. Il a aussi indiqué que pour financer ses opérations en 2006, la BEI avait levé un total de 48 milliards d'euros sur les marchés internationaux des capitaux en lançant 303 émissions obligataires libellées dans 24 monnaies et qu'elle comptait en lever quelque 50 milliards pour financer ses opérations en 2007.
Le président de la BEI s'est aussi largement étendu sur les trois « cercles de coopération avec les pays tiers », à savoir les futurs adhérents à l'UE (Croatie, Macédoine, Turquie), les pays couverts par la politique européenne de voisinage (PEV) et les pays appartenant à « d'autres continents ». Il a rappelé que le Conseil européen de décembre dernier venait d'accroître de près d'un tiers les possibilités d'action de la Banque en dehors de l'UE pour la période 2007-2013, à hauteur de 27,8 milliards d'euros (contre 20,7 mrds pour la période 2000-2006). S'agissant du processus de convergence avec les voisins de l'UE, Philippe Maystadt a indiqué qu'une enveloppe de 12,4 milliards d'euros de crédits étaient garantis, soit « le mandat le plus important jamais confié à la BEI ». A titre indicatif, il se décompose en un montant de 8,7 milliards d'euros pour les 9 pays méditerranéens, soit un quasi-doublement des concours aux pays du « Partenariat de Barcelone » (sans compter la Turquie, les concours 2000-2006 s'étaient élevés à 4,6 milliards d'euros dont 1,4 milliard pour la seule année 2006), et en un montant de 3,7 milliards d'euros pour la Russie et les voisins de l'Est (ce qui représente un véritable nouveau défi pour une région où la BEI n'a prêté que 85 millions d'euros en 2000-2006). Pour réussir le défi de cette montée en puissance orientée en priorité vers le prolongement des réseaux transeuropéens d'énergie et de transport (RTE) et le soutien au secteur privé, « une institutionnalisation nouvelle se met en place ». Pour la Méditerranée, les pays partenaires seront pleinement associés dans une FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d'investissement et de partenariat) renforcée ; et pour la Russie et les voisins de l'Est, un accord opérationnel a été signé avec la BERD. S'agissant des investissements à réaliser en Russie, M. Maystadt a clairement indiqué qu'ils porteraient essentiellement sur des projets relevant des secteurs des transports, de l'énergie et de l'environnement « qui intéressent l'Europe ». Interrogé sur le refus de la BEI de participer au financement du gazoduc de la Baltique (Allemagne/Russie), le président a confirmé que, bien qu'il fasse partie des RTE et qu'il constitue une priorité, « la majorité de ce projet se situe en dehors de l'UE et (…) plusieurs Etats membres sont contre », ajoutant qu'un tel financement requerrait, statutairement, l'unanimité du Conseil des gouverneurs de la Banque.
S'agissant du « troisième cercle », M. Maystadt a souligné que la coopération avec les autres continents s'effectue sous une forme adaptée à la politique européenne pour prendre en compte les autres intervenants financiers. Pour l'Afrique subsaharienne et les Etats des Caraïbes et du Pacifique, la BEI a prêté 825 millions d'euros en 2006, en priorité pour soutenir les PME et les projets énergétiques. Cette action sera maintenue sur la période 2007-2013 avec une capacité d'engagement de près de 4 milliards d'euros. Un effort significatif a été décidé en faveur des opérations en Amérique latine et, dans une moindre mesure, en Asie en portant le plafond pour les mêmes périodes de 2,5 à 3,8 milliards d'euros (à titre indicatif, et ce pour la première fois, ce plafond se subdivise en un montant de 2,8 milliards d'euros pour l'Amérique latine et en un montant de 1 milliard d'euros pour l'Asie). Ces possibilités accrues devraient permettre de continuer à accompagner dans ces pays des initiatives privées européennes, ainsi que des projets utiles à la protection de l'environnement ou à la sécurité énergétique européenne.
Interrogé sur les opérations des banques chinoises en Afrique, souvent accusées de ne pas soumettre leurs financements à conditions et de confronter ainsi la BEI à une concurrence déloyale, M. Maystadt a indiqué ne « pas avoir d'a priori négatif sur de nouvelles sources de financement, à condition qu'il y ait conditionnalité de l'aide ». « Des projets ont été financés par des banques chinoises en Afrique, a-t-il dit, a priori c'est une bonne chose (…) mais si les financements viennent trop facilement, il y a un risque que l'endettement excessif (de ces pays) soit relancé ». « Si les financements ne sont subordonnés à aucune exigence en termes de bonne gouvernance, de social, d'environnement, les efforts accomplis par ces pays seront réduits », a-t-il poursuivi, ajoutant que « le financement sans conditions incitera à ne pas faire les réformes nécessaires ». Estimant que des analyses techniques sont nécessaires pour évaluer les projets, faute de quoi ils risquent d'être peu viables, M. Maystadt en a appelé « à l'ouverture d'un dialogue avec la Chinese Development Bank et les pays africains pour souligner la nécessité de la conditionnalité ». Et de conclure qu'« abandonner toute forme de conditionnalité serait au préjudice des Etats africains eux-mêmes ».
Enfin, interrogé sur l'intérêt suscité par l'euro de par le monde, le président de la BEI a constaté qu'« il continue à prendre la place qui lui revient dans le monde. Dans de nombreux secteurs, l'euro est de plus en plus utilisé comme monnaie de transaction, c'est surtout vrai pour nos voisins, en particulier ceux de la Méditerranée ». « L'euro se porte bien, plusieurs pays (le) choisissent pour leurs transactions (internationales) », a-t-il conclu. Pour plus d'informations sur le bilan 2006 de la BEI, consulter les sites suivants: http: //http://www.bei.europa.eu/news/press/press.asp?press=3253 et http: //http://www.eib.org/news/events/event.asp?event=163 . (ol)