Bruxelles, 08/02/2007 (Agence Europe) - Le projet de pipeline Nord Stream, qui doit permettre d'acheminer le gaz russe vers l'Allemagne en passant sous la mer Baltique, cherche à obtenir le soutien financier de l'Union via un prêt de la Banque européenne d'investissement (BEI). C'est pourquoi, avec l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, qui préside le comité des actionnaires, le PDG de la joint-venture germano-russe (détenue à 51% par Gazprom et à 24,5% chacun par Wintershall et E.ON Ruhrgas), Matthias Warnig, s'est rendu mercredi à Bruxelles pour y défendre son projet auprès des institutions européennes.
Long de 1 200 kilomètres, le pipeline germano-russe, dont la mise en opération est prévue pour 2010, doit, en deux phases, permettre d'acheminer vers le marché communautaire près de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. En reliant les plus grandes réserves mondiales de gaz au réseau européen de pipelines gaziers, le projet Nord Stream vise à satisfaire près de 25% des besoins supplémentaires en gaz des Vingt-sept, contribuant ainsi à la sécurité de l'approvisionnement de l'Union. Un argument de poids que MM. Warnig et Schröder ont mis sur la table lors de leur entrevue avec les Commissaires Andris Piebalgs (Energie) et Günter Verheugen (Industrie) pour s'assurer de leur soutien au projet. Début janvier, la Commission a confirmé que le pipeline Nord Stream est identifié comme un projet d'intérêt européen qui joue un rôle important dans le plan d'interconnexion prioritaire remis dans le cadre du paquet sur l'énergie et le changement climatique. Elle n'est toutefois pas en mesure de pouvoir lui garantir un soutien financier dont la décision revient à la BEI.
Or, Nord Stream est un projet très controversé et fait face à deux difficultés majeures. En premier lieu, le projet germano-russe rencontre la farouche opposition de plusieurs Etats membres de l'Union, la Pologne et les trois pays baltes, vexés d'être contournés par le projet contrairement aux principes de solidarité européenne. En second lieu, il doit répondre aux exigences environnementales du Conseil des Etats de la mer Baltique, dont sont membres l'Union, la Norvège, l'Islande et la Russie, et se conformer aux législations nationales et internationale en la matière. Plusieurs critiques sont adressées au projet ; les ONG environnementales dénoncent les risques pour la vie marine et ceux liés aux mines non désamorcées et autres armes chimiques posées au fond de la Baltique. En Suède, des politiciens ont pour leur part exprimé des inquiétudes concernant le fait que la marine russe puisse patrouiller sur l'itinéraire du pipeline, passant ainsi près de l'île de Gotland.
Mercredi, M. Warnig a assuré devant la presse que Nord Stream « développe un dialogue actif avec tous les pays autour de la mer Baltique pour trouver des moyens optimaux de mettre en application le projet ». Il a également promis une évaluation d'impact environnemental du projet pour cet automne. Mais, à ce stade, les incertitudes en la matière ne permettent pas à la BEI d'apporter son soutien financier au projet. S'il a reconnu que la BEI est « naturellement un associé possible » au projet, M. Warnig a indiqué que les discussions sont toujours en cours pour que Nord Stream obtienne un prêt couvrant jusqu'à 33% de ses coûts estimés à près de 6 milliards de dollars. Jeudi matin pourtant, le président de la BEI, Philippe Maystadt, a confirmé que la BEI ne serait pas en mesure de financer ce projet aussi longtemps qu'il n'y a pas unanimité au Conseil des gouverneurs de la Banque où plusieurs Etats membres restent toujours hostiles au projet. (eh)