Bruxelles, 25/01/2007 (Agence Europe) - A la veille d'une importante réunion informelle (le 27 janvier) d'une trentaine de ministres du Commerce visant à relancer les négociations de Doha (EUROPE n° 9348), la fondation privée américaine Carnegie Endowment a rendu publique une nouvelle analyse très critique, signée Sandra Polaski, qui prétend que les Etats-Unis se sont piégés eux-mêmes en proposant, dans le cadre du round, une réduction insuffisante de leurs subventions agricoles tout en réclamant une ouverture exagérée des marchés de leurs partenaires. Washington aurait donc, selon elle, fort intérêt à revoir son offre ainsi que sa loi d'orientation agricole, le Farm Bill.
« Les Etats-Unis se sont mis eux-mêmes dans un coin avec leur proposition maximaliste sur l'agriculture. Changer cette position est la seule porte de sortie. Si tel était le cas, une position modifiée qui répond aux principales objections du reste du monde serait aussi de bonne politique intérieure, commerciale et étrangère pour les Etats-Unis », estime Mme Polaski. Selon elle, l'offre américaine « est considérée comme n'exigeant presque aucun changement de politique aux Etats-Unis, en particulier en ce qui concerne les subventions porteuses de distorsions des échanges payées à certains secteurs agricoles américains, tout en réclamant une large et profonde ouverture du marché à leurs partenaires commerciaux », alors que les produits agricoles ne représentent que 4,5% des exportations américaines, contre plus de 90% pour les biens manufacturés et les services. Sur le plan intérieur, Mme Polaski déplore que le programme américain de subventions agricoles soit « un ensemble de mesures inéquitables, déséquilibrées et très onéreuses qui ne servent pas les objectifs du gouvernement, les intérêts des consommateurs ou même les intérêts de la majorité des agriculteurs américains ». Selon elle, le soutien interne américain bénéficie à la moitié seulement des exploitations américaines, qui sont en majeure partie de grande taille ou à des compagnies agricoles. Mme Polaski estime donc que le Congrès devrait entreprendre une « sérieuse révision » de la politique agricole américaine à l'occasion de l'adoption du Farm Bill de 2007. Sur le plan extérieur, l'analyste estime qu'une révision de l'offre agricole américaine à l'OMC permettrait aux Etats-Unis de faire des progrès pour accroître les débouchés pour leurs biens industriels et de leurs services, qui composent la grande partie de leur économie. Les exportations agricoles américaines continueraient de progresser grâce à une plus grande ouverture des marchés des pays riches et à la croissance du revenu dans les pays en développement, estime-t-elle, rappelant par ailleurs que les Etats-Unis sont « de façon constante le principal exportateur de marchandises agricoles vers les pays en développement ». Or, les exigences maximalistes de Washington en matière d'accès au marché des pays en développement pourraient, selon elle, « se retourner contre les Etats-Unis dans la pratique, puisque les revenus déprimés d'une grande partie des ménages dépendant de l'agriculture forceront ceux-ci à acheter moins, et pas plus, de biens américains ».
Mme Polaski attribue par ailleurs une bonne note à l'Union dont elle salue « l'effort sans précédent » qu'elle serait disposée à faire en acceptant une réduction moyenne globale de près de 50% de ses droits de douane agricoles. (eh)