Bruxelles, 18/12/2006 (Agence Europe) - La presse a dit que le Conseil européen des 14 et 15 décembre était « ennuyeux », « pas spectaculaire », et bien, si être ennuyeux signifie essayer d'aller concrètement de l'avant dans le sens des préoccupations des citoyens, alors « je suis ennuyeux, et j'en suis fier »¸ s'est exclamé le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen devant les députés européens, lors de la mini-plénière consacrée, le 18 décembre à Bruxelles, aux résultats de ce sommet (voir EUROPE N.9328 et 9329). Un sommet considéré ennuyeux par les journalistes n'est pas forcément mauvais, a commenté Martin Schulz, président du groupe socialiste. Le jugement des parlementaires sur les conclusions du Conseil européen était plutôt nuancé, et a confirmé les divisions au sujet de l'élargissement et de la Constitution, mais la déception exprimée par l'un ou par l'autre (en particulier pour l'absence de progrès sur le passage à la majorité qualifiée dans les décisions en matière de justice et affaires intérieures) a été largement compensée par l'appréciation très positive du travail accompli pendant le semestre de présidence finlandaise, notamment en ce qui concerne REACH et le 7ème programme de R&D (voir autre nouvelle) et la directive « services ». Au cours de ce semestre, a tenu à souligner pour sa part José Manuel Barroso¸ les institutions européennes se sont davantage concentrées sur les préoccupations des citoyens, et moins sur celles de « Bruxelles ». Plaidant une fois de plus pour « l'Europe des résultats », le Président de la Commission européenne a répété: nous ne pouvons pas construire l'Europe de l'avenir avec « les instruments du passé », nous devons continuer à combiner « la double approche » consistant à engranger des progrès concrets tout en poursuivant le « grand projet ». Je suis assez « perplexe » d'entendre parler « d'Europe des résultats » à propos de ce sommet, a retorqué Monica Frassoni, coprésidente du groupe des Verts/ALE qui, dans les conclusions du Conseil européen, ne voit « rien de particulièrement nouveau, rien de particulièrement concret », qu'il s'agisse d'immigration, d'élargissement ou de Constitution, et qui s'insurge contre « l'hypocrisie » consistant à affirmer que « parler aujourd'hui de réforme constitutionnelle signifie entraver l'élargissement ». Une Europe des résultats, c'est une Europe de la justice sociale, sans « dumping salarial et dumping social », et alors oui, les citoyens pourront identifier leur destin personnel avec l'Union européenne, a renchéri, au nom du groupe GUE/NGL, l'élue du PDS allemand Sylvia-Yvonne Kaufmann. « Ces résultats ont été obtenus grâce au Parlement européen, qui a montré qu'il avait une vision politique et qu'il n'était pas une simple chambre d'enregistrement », a enchaîné Françoise Grossetête (PPE-DE, française).
Dans son intervention, Matti Vanhanen a mis l'accent, en particulier, sur: - l'élargissement. L'UE a montré qu'elle « reste ouverte », notamment à l'égard des Balkans occidentaux, mais que cette porte ouverte doit être accompagnée de « conditions strictes », a-t-il résumé, en estimant qu'il ne faut pas fixer des « frontières artificielles » en Europe, car les frontières ne sont pas inscrites sur les cartes géographiques, mais dans les valeurs. Quant à la Turquie, qui a « un avenir en Europe », le processus ne s'est pas arrêté ; il est « peut-être ralenti temporairement, mais la destination finale reste la même » ; - la Constitution européenne: depuis le début de la présidence, « l'ambiance a changé, au début on dormait du sommeil du juste, et maintenant on s'est activé ». Le dossier passe à l'Allemagne, mais en attendant la Constitution, on peut progresser, et selon le Premier ministre finlandais, « le moyen le plus efficace, le plus juste, c'est plus de majorité qualifiée ». Au Conseil européen, la Présidence aurait aimé aller plus loin à ce sujet en ce qui concerne les décisions sur la justice et les affaires intérieures, mais M.Vanhanen estime que le message final du sommet constitue quand même « une percée en matière d'approche » de ce problème, la « passerelle » entre l'unanimité et la majorité qualifiée. Là, le Président Barroso s'est reconnu déçu de constater que certains Etats membres ont refusé la proposition finlandaise sur l'activation de la passerelle permettant de passer de l'intergouvernemental au communautaire ; - la Russie. Nous avons le droit d'être « préoccupés » par l'évolution d'un partenaire aussi important que la Russie, a fait valoir M.Vanhanen, qui n'est « pas persuadé qu'elle aille dans la bonne direction ». Nous avons besoin d'un traité UE/Russie, a-t-il martelé, en avertissant: renoncer à ce traité, ce serait une vision à court terme, et un réseau d'accords bilatéraux permettrait à Moscou de traiter différemment les Etats membres de l'UE. Sur des sujets importants, nous avons été capables de dire à la Russie « ceci n'est pas négociable », a enchaîné José Manuel Barroso, qui a insisté sur la nécessité de ne pas céder aux pressions russes visant à diviser les Etats membres.
Le président du groupe PPE-DE Hans-Gert Pöttering était d'accord: il ne peut y avoir qu'un traité commun, pas des accords éparpillés, et nous devons dire clairement que nous ne voulons pas sacrifier les droits de l'Homme pour notre approvisionnement énergétique. Si nous voulons être vraiment autonomes par rapport à la Russie et d'autres producteurs d'énergie, nous devons réduire notre consommation de 30% et développer les énergies alternatives, a affirmé Monica Frassoni, coprésidente des Verts/ALE (qui a reconnu: nous aurions aimer voir la présidence, « avec un sain réalisme nordique, admettre que l'énergie nucléaire n'a vraiment rien à voir avec le changement climatique »). Traitons la Russie comme un égal, oui, mais ne cédons pas à ses pressions, a demandé le coprésident irlandais du groupe UEN, Brian Crowley, qui a évoqué là la crise des exportations de viande polonaise.
Les résultats du sommet sur la politique de migration ont été appréciés par Martin Schulz, président du groupe socialiste, qui s'est écrié: « enfin, un signal très positif », qui donne une orientation pour l'année prochaine. Le président du groupe ALDE, Graham Watson, a été plus mitigé, alors que Simon Busuttil (PPE-DE, maltais) a salué les conclusions du Conseil européen (jusqu'ici, le fardeau a pesé surtout sur les pays du Sud, a-t-il déploré). José Manuel Barroso s'est félicité aussi de ces conclusions, et en particulier de la décision de tenir l'année prochaine un sommet avec l'Afrique, un continent de départ de tant d'aspirants à l'immigration qui subissent trop souvent un destin tragique. Il ne faudrait pas attendre d'assister à tant de tragédies humaines avant d'agir, s'est-il indigné.
Plusieurs députés, comme Graham Watson, ont regretté l'absence de progrès sur l'activation de la « passerelle » sur les thèmes JAI, tandis que Brian Crowley a estimé que, passerelle ou non, on ne peut pas avancer concrètement si les Etats membres ne sont pas d'accord. Le conservateur britannique Charles Tannock est allé plus loin: ce sont des affaires qui touchent à la souveraineté nationale, a-t-il averti.
Sur la Constitution, les députés se sont encore montrés divisés. D'abord, ceux qui veulent aller de l'avant: Hans-Gert Pöttering (qui attend beaucoup de la Déclaration de Berlin de mars 2005), Martin Schulz (qui met en garde: pour le groupe socialiste, sans poursuite du processus constitutionnel, l'élargissement n'est pas possible), Graham Watson (pour qui « on ne peut pas attendre un nouveau traité » pour rendre l'UE capable de fonctionner) ou Sylvia-Yvonne Kaufmann (qui exhorte l'UE d'abord, et pas seulement les pays candidats, à faire de l'ordre chez soi). Ensuite, ceux qui sont contre la Constitution, allant de députés de l'extrême gauche, comme le Finlandais Esko Seppänen, à la droite, comme le coprésident du groupe Indépendance et démocratie, le Britannique Nigel Farage, qui taxe les élites européennes de « malhonnêteté politique » et de mépris pour les vues « des gens ordinaires ». Vous faites de plus en plus de « l'activisme » en politique étrangère, et vous voulez introduire une Constitution dont deux pays n'ont pas voulu, mais au Royaume-Uni, ça ne marchera pas, s'est-il exclamé. Le travailliste britannique Richard Corbett lui a répliqué: vous voulez entendre seulement la voix de ceux qui ont dit « non », mais 18 pays ont dit « oui » à la Constitution, et il faut tenir compte des uns comme des autres.
Graham Watson, dans son intervention, a aussi voulu saluer les progrès de la Présidence finlandaise en matière de transparence: pendant ce semestre, 86% de la législation a été adoptée en public, s'est-il félicité.
Dernière intervention de Hans-Gert Pöttering comme président du groupe PPE-DE
L'élu de la CDU Hans-Gert Pöttering a profité de son intervention pour prendre congé de ses collègues en tant que président du groupe PPE-DE , puisqu'il est candidat à la succession du Président Borrell, en janvier prochain, en demandant aux chefs des groupes politiques, qu'il a tous cités (même avec le président du groupe Indépendance et démocratie, Jens-Peter Bonde, j'ai eu quelque chose en commun, le souci de la transparence, a noté M. Pöttering): au Parlement, entre institutions, traitons-nous avec respect, c'est nécessaire si nous voulons une Europe forte. La plupart des présidents des groupes ont félicité M. Pöttering, parfois avec humour, comme Martin Schulz qui lui a dit: vous avez réussi à être en fait le président de deux groupes politiques sans que personne ne s'en aperçoive, puisque ce que vous appelez les « composantes » PPE ou DE du PPE-DE, cela fait en réalité deux groupes différents. Au Parlement européen, nous avons besoin d'une « majorité idéologique », pas d'une « grande coalition », a estimé Graham Watson (allusion au mécontentement des autres groupes politiques face aux accords souvent conclus par PPE-DE et PSE, tous deux présidés par des Allemands, et à la coalition au pouvoir à Berlin). Restez un « combattant pour l'Europe », a dit à M. Pöttering Monica Frassoni, tout en le priant de « laisser de côté des accents un peu trop proches d'une certaine religion » (allusion aux appels de son collègue à évoquer explicitement dans le traité constitutionnel les racines chrétiennes de l'Europe). En lui faisant ses vœux pour son avenir, la verte italienne a ajouté« qui dépend un peu du mien », puisqu'elle-même est candidate à la présidente du Parlement. (mg)