Bruxelles, 06/11/2006 (Agence Europe) - L'économie européenne atteindra en 2006 son meilleur niveau depuis le début de la décennie, observe la Commission européenne, qui a publié lundi ses prévisions économiques d'automne. Après une année 2005 particulièrement décevante (1,7% dans l'UE à 25 et 1,4% dans la zone euro), la croissance devrait s'établir en 2006 à respectivement 2,8% et 2,6%. Ces chiffres revus à la hausse par rapport aux prévisions économiques de printemps (EUROPE n° 9187) confirment la tendance révélée par l'exercice intermédiaire en septembre (EUROPE n° 9259). Avec « des risques plutôt à la baisse », selon Joaquin Almunia, le rythme de la croissance devrait ralentir en 2007 et 2008, en raison surtout de l'incertitude pesant sur le scénario envisagé pour l'économie américaine. L'impact du ralentissement de la croissance aux Etats-Unis sur l'économie européenne reste néanmoins « faible », car l'activité en Europe s'appuie d'abord sur la demande intérieure, a précisé à la presse le Commissaire aux affaires économiques et monétaires. La croissance du PIB devrait ainsi rester proche de son potentiel lors des deux prochaines années, avec 2,4% en 2007 et 2008 pour l'UE à 25 et respectivement 2,1% et 2,2% pour la zone euro. Des perspectives qui doivent encourager les Etats membres à poursuivre les réformes économiques et l'assainissement budgétaire, a plaidé le Commissaire.
La demande intérieure est le principal moteur de la croissance en Europe, grâce notamment à l'importance des investissements (en particulier ceux en équipements), a confirmé M. Almunia, qui prévoit l'augmentation à un rythme « soutenu » de la consommation des ménages, suivant l'évolution favorable du marché du travail. Au plan de l'emploi, la situation est « solide » et laisse entrevoir une baisse du taux de chômage d'environ 8% en 2006 (contre 9% en 2004) à 7,3% dans l'UE à 25 et 7,4% dans la zone euro en 2008. L'UE devrait créer 7 millions d'emplois nouveaux, dont 5 millions dans la zone euro, pronostique le Commissaire, estimant que les taux d'emplois devraient passer de 63,8% en 2005 à 65,5% en 2008. Une amélioration qui ne permettra toutefois pas d'atteindre les objectifs de Lisbonne en la matière (taux d'emploi de 70% pour l'UE dans son ensemble), a-t-il regretté.
L'inflation devrait progressivement tomber sous les 2% d'ici 2008. Encore supérieure à l'objectif de stabilité des prix par la Banque centrale européenne (BCE), elle est néanmoins contenue à 1,6% si on exclut du calcul la hausse des prix de l'énergie. Les hausses des prix pétroliers n'ont donc pas eu d'effets de second tour significatifs et les prévisions de la Commission tablent sur une absence durable de tels effets et sur le maintien de la modération salariale. De 65,6 dollars en moyenne pour 2006, la Commission anticipe une hausse du prix du baril de brut à 66,6% dollars en 2007 et 68 dollars en 2008, une progression bien moins forte que les 21% enregistrés par rapport à 2005. La hausse de trois points de TVA décidée par Berlin à partir de 2007 « se fera sentir », a néanmoins expliqué M. Almunia, qui évalue l'impact de cette mesure sur le niveau général des prix à un point de pourcentage en Allemagne et à 0,3 point de pourcentage dans la zone euro. L'effet ne sera toutefois que « temporaire », car pour l'ensemble de la période (de 2006 à 2008) « l'impact sera nul ».
Les finances publiques offrent une meilleure image que prévu, grâce surtout à des recettes plus importantes. Le déficit budgétaire moyen devrait se situer à 2% cette année aussi bien dans la zone euro que dans l'UE dans l'ensemble, contre respectivement 2,4% et 2,3% en 2005. Il continuera à baisser pour s'établir à 1,5% en 2007 et 1,3% en 2008 dans la zone euro et à 1,6% et 1,4% dans l'UE à 25 selon la Commission, qui table aussi sur un recul de la dette publique. Pour cette dernière, la tendance se trouverait donc renversée puisque après les hausses observées lors des trois dernières années, elle passerait de 70,6% du PIB en moyenne dans la zone euro et de 63,3% dans l'UE à 25 en 2005 à respectivement 69,4% et 62,5% en 2006, avant d'atteindre 66,9% et 60,4% en 2008. Cela « montre que le Pacte de stabilité révisé fonctionne », s'est félicité le Commissaire Almunia, qui dénombre toutefois encore cinq Etats membres en situation de déficit excessif cette année (Portugal, Italie, République tchèque, Hongrie et Slovaquie).
Procédures pour déficit excessif: optimisme pour certains, vigilance pour d'autres
L'Allemagne et la France ont déjà réalisé une « correction importante » de leur déficit public et le Commissaire proposera à ses homologues d'abroger la procédure contre Paris lors de la réunion du Collège le 29 novembre. Les ministres se pencheront sur la recommandation de la Commission en janvier. Contrairement à la France, l'Allemagne n'était pas encore revenue sous le seuil des 3% en 2005, de sorte que la procédure contre Berlin ne sera abrogée que lorsque les chiffres de 2006 seront définitifs. Si comme tout porte à le croire, Berlin parvient à réduire son déficit à 2,3% cette année, la Commission fera une proposition en ce sens sous Présidence allemande, a indiqué M. Almunia.
Si le budget 2007 est adopté comme prévu et mis en œuvre avec rigueur, l'objectif de l'Italie pour l'année prochaine sera atteint conformément aux recommandations du Conseil, a aussi répété le Commissaire, qui s'attend à 2,9% du PIB. Rome devra néanmoins prendre d'autres mesures pour rester sous les 3% en 2008, en s'attaquant notamment au volet des dépenses par le biais de réformes structurelles, a-t-il prévenu. Au Portugal l'ajustement de « grande ampleur » devrait permettre de ramener le déficit de 6% du PIB en 2005 à 4,6% en 2006, mais pas de revenir sous les 3% en 2008. Il faudra donc de nouvelles mesures si Lisbonne souhaite se conformer aux échéances préconisées par le Conseil.
Les chiffres actuels du déficit en Pologne sont bien dans les limites du PSC, mais ils ne prennent pas en compte les coûts de la réforme des retraites, qui, une fois intégrés, creuseront le déficit de 2 points de pourcentage, a ensuite souligné le Commissaire, de sorte qu'à politique identique, le déficit polonais réel serait donc de 4% en 2007. Les politiques d'ajustements des finances publiques ne sont « pas ambitieuses » en République tchèque et en Slovaquie, a-t-il enfin déploré, constatant que Bratislava arrivera légèrement sous les 3% en 2008 et que, faute d'autres mesures d'ici là, Prague enregistrera encore un déficit de 3,2%.
Selon les chiffres actuels, Chypre et Malte, les deux Etats membres souhaitant adopter la monnaie commune au premier janvier 2008 « respecteront les critères d'inflation, de dette et de déficit », a aussi expliqué M. Almunia. L'évaluation de leur candidature se fera seulement une fois qu'ils en auront fait la demande, précise-t-il, estimant qu'elle pourrait intervenir début 2007 pour permettre à la Commission et à la BCE de présenter leurs rapports de convergence vers le mois d'avril. Pour les autres pays appelés à rejoindre la zone euro, il leur faut se concentrer sur « une stratégie cohérente de lutte contre l'inflation » avant même d'établir une échéance d'adhésion, a-t-il insisté. (ab)