Bruxelles, 05/10/2006 (Agence Europe) - Réuni à Paris, le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a augmenté jeudi les taux d'intérêt de la zone euro de 25 points de base. Le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement s'établit donc à 3,25 %, le taux d'intérêt de la facilité de prêt passe à 4,25 % et celui de la facilité de dépôt à 2,25 %. Ces changements deviendront effectifs au 11 octobre 2006. Si l'ampleur de la hausse reste la même depuis décembre 2005, la décision du jour confirme une certaine accélération du rythme du resserrement monétaire, qui, depuis l'intervention d'août dernier, a été ramené de trois à deux mois. Alors que le statu quo avait prévalu en septembre (EUROPE n° 9227), le marché s'attend désormais à une nouvelle augmentation en décembre.
« Nous ne prenons pas d'engagement à moyen terme et le marché peut tirer ses propres prévisions », a expliqué Jean-Claude Trichet, à l'issue de la réunion qu'il présidait et à laquelle ont assisté Jean-Claude Juncker et Joaquin Almunia. Il a rappelé que si la reprise économique et les risques inflationnistes devaient se maintenir, « la poursuite de l'ajustement de l'orientation accommodante de la politique demeurera justifiée ». Alors que les analystes cherchent désormais surtout des signes pour 2007, le Président de la BCE s'est refusé à tout commentaire, répétant que les décisions n'étaient pas prédéterminées. « Les taux annuels d'inflation devraient rester hauts en 2006 et 2007 et les risques demeurent nettement orientés à la hausse », a souligné M. Trichet devant la presse. Bien que retombée à 1,8% en septembre, contre 2,3% en août, « l'inflation globale devrait repartir à la hausse vers la fin de l'année et début 2007 » pour rester élevée, au-delà de 2% en moyenne, a-t-il ensuite constaté, avant de prévenir qu'« une progression des salaires plus importante que prévu constitue un risque substantiel à la hausse pour la stabilité des prix ». L'incertitude face aux prix futurs de l'énergie et les répercussions des hausses précédentes risquent aussi de peser, de sorte que la BCE continuera donc de « surveiller de très près » l'évolution de ces perspectives, dans un contexte de forte croissance de la monnaie et du crédit et d'abondantes liquidités au sein de la zone euro. La hausse du jour a été approuvée à une majorité écrasante par les membres du Conseil des gouverneurs, qui a exclu une hausse de cinquante points de base, a assuré M. Trichet.
Au plan de la croissance, les hausses trimestrielles se sont établies à 0,7% en moyenne sur les quatre derniers trimestres et « la reprise économique apparaît légèrement plus solide », selon M. Trichet. Reposant sur une base plus large, la croissance est principalement soutenue par la demande intérieure et devrait se maintenir à un niveau proche de son potentiel. Une certaine volatilité est toutefois susceptible d'affecter les taux trimestriels au tournant de l'année, en raison notamment de l'augmentation de la TVA en Allemagne. S'ils demeurent équilibrés dans un proche avenir, « à plus long terme, les risques pour la croissance restent orientés à la baisse », compte tenu notamment du niveau des prix du pétrole et des déséquilibres globaux, a aussi précisé M. Trichet. Et de relever: « le risque très important d'une confirmation des pressions protectionnistes qui pourraient se matérialiser et serait très négatif pour la croissance ». Quid d'un ralentissement de l'activité américaine ? En cas de variation de la croissance de plus ou moins 0,5% aux Etats-Unis, certains estiment que l'impact pourrait être de 0,2% en Europe, a indiqué M. Trichet, qui rappelle que du point de vue commercial néanmoins, la zone euro reste plus influencée par le Royaume-Uni et que l'Europe dispose de parts de marché « considérables » dans les pays exportateurs de pétrole.
Alors qu'à l'époque des premiers relèvements de taux, beaucoup pensaient que nous n'avions pas d'arguments en ce sens, « a posteriori toutes nos décisions ont été confirmées » et les analyses sont devenues plus concordantes, a rappelé M. Trichet à ceux qui s'interrogent sur le bien-fondé de nouvelles hausses. « Nous avons toujours sous les yeux des taux d'intérêt à long terme exceptionnellement bas », tant en Europe qu'au niveau mondial, et « quand nous penserons que la politique monétaire n'est plus accommodante, nous le dirons », a-t-il martelé. (ab)