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Bulletin Quotidien Europe N° 9280
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La stratégie commerciale de Peter Mandelson soulève plusieurs questions

La nouvelle stratégie commerciale présentée mercredi en salle de presse par Peter Mandelson après approbation par la Commission européenne (voir notre bulletin n. 9279) soulève pas mal de questions. M. Mandelson a été suffisamment habile pour la présenter aux journalistes, donc à l'opinion publique, comme le deuxième volet de la Stratégie de Lisbonne. Le premier couvre la compétitivité interne de l'Union, celui-ci couvre la compétitivité externe, l'un et l'autre ayant pour objectif la croissance économique et l'emploi. Qui pourrait contester un tel objectif ? Les avantages pour l'Europe seraient de trois ordres: a) ouverture des marchés tiers aux produits européens, avec un degré élevé de «sécurité juridique» ; b) inclusion, dans les négociations bilatérales annoncées, d'éléments qui ne sont pas encore mûrs pour une négociation multilatérale tout en ayant pour l'Europe une grande importance (protection de la propriété intellectuelle, marchés publics, barrières non-tarifaires, investissements, etc.) ; c) ouverture des frontières européennes à des produits à bas coûts, à l'avantage des consommateurs. Tout ceci en se préoccupant en même temps de la protection de l'environnement et du maintien des préférences en faveur des pays les plus pauvres.

Comment formuler des réserves sur un programme à première vue aussi avantageux et séduisant ? Je me limite pour le moment à poser un certain nombre de questions.

1. Comment concilier les préférences commerciales accordées aux pays moins favorisés avec l'extension du libre-échange à la plupart des pays tiers ? Le document cite comme priorités géographiques pour les zones de libre-échange envisagées: a) d'abord, le Mercosur, l'Asean et la Corée du Sud, car avec ces groupes de pays les négociations sont déjà ouvertes ; b) ensuite, l'Inde et la Russie, grands marchés prometteurs, et la relance des négociations avec les pays du Golfe, ouvertes depuis longtemps mais actuellement bloquées (sans parler du Mexique et des pays andins, avec qui le libre-échange existe déjà ou est en préparation).

Or, la suppression des droits de douane et autres restriction aux échanges (implicite dans les zones de libre-échange, avec des dérogations rigoureusement limitées par les règles de l'OMC) entraîne en pratique l'extension géographique presque illimitée des avantages actuellement réservés aux Etats ACP et aux autres pays moins favorisés. Ces pays ne sont pas en mesure de faire face à la concurrence de colosses comme le Brésil, l'Inde et certains autres pays asiatiques. On le constate déjà pour le sucre et les bananes (où l'UE a été obligée de réduire ses préférences) et à l'égard de la Chine (la suppression des restrictions quantitatives, sans suppression des droits de douane, a mis en crise plusieurs fournisseurs habituels du marché européen, notamment pour les textiles). La multiplication des zones de libre-échange entraîne pratiquement la disparition des préférences en faveur des pays ACP et d'autres pays très pauvres.

2. Pourquoi le Brésil et d'autres pays émergents accepteraient-ils sur le plan bilatéral ce qu'ils rejettent sur le plan multilatéral ? Selon M. Mandelson, les négociations bilatérales couvriraient aussi les sujets qui restent bloqués ou qui ne sont pas repris dans le Doha round parce qu'une négociation multilatérale les concernant n'est pas encore mûre. Or, ce sont justement le Brésil et d'autres pays émergents qui refusent la libéralisation des investissements, des services, des marchés publics, etc. Pourquoi seraient-ils plus souples dans des négociations bilatérales, sinon pour demander en échange l'ouverture totale des frontières européennes dans le secteur agricole, que l'UE rejette à juste titre dans le Doha round ?

3. Avec les Etats-Unis la création d'un espace économique commun serait-elle envisagée ? Le document est prudent à ce sujet, il parle seulement de donner un nouvel élan aux travaux de la « Transatlantic Economic Initiative » visant l'élimination des obstacles non tarifaires aux échanges. Mais oralement M. Mandelson s'est dit nettement favorable aux orientations attribuées à Angela Merkel, chancelière allemande, visant un espace économique commun. C'est une orientation qui rappelle de mauvais souvenirs.

4. Pourquoi seuls M.Verheugen et M. McCreevy ont-ils été associés à l'élaboration du document ? Comment est-il possible que les commissaires responsables des relations extérieures, Mme Benita Ferrero-Waldner, de l'agriculture, Mme Mariann Fischer Boel et des relations avec les ACP et autres pays en développement, M. Louis Michel, n'y aient pas été associés. Désaccord sur certains aspects ou désintérêt ?

Au-delà de ces questions ponctuelles, je reviendrai au début de la semaine prochaine sur l'orientation générale et sur la signification politique de ce document.

(F.R.)

 

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