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Bulletin Quotidien Europe N° 9264
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/pakistan

Pervez Musharraf veut un dialogue politique renforcé avec l'UE et un meilleur accès au marché, aussi pour lutter contre le terrorisme

Bruxelles, 13/09/2006 (Agence Europe) - Le Président du Pakistan, Pervez Musharraf, a présenté le 12 septembre devant la commission des Affaires étrangères du Parlement européen son pays comme étant une « démocratie durable », une société « ouverte et tolérante », une économie en pleine expansion et un pays « leader » dans la lutte contre le terrorisme, mais il a aussi dû faire face à des questions très critiques de la part des députés européens, notamment sur la non-prolifération nucléaire, les droits de l'Homme ou encore le rôle de l'armée dans la vie politique. M. Musharraf a aussi plaidé pour un renforcement des relations avec l'Union européenne et demandé qu'elle aide davantage le Pakistan à faire face au terrorisme. Il a par ailleurs proposé que son pays - avec plus de 126 millions d'habitants, le deuxième plus important Etat musulman au monde - joue un rôle intermédiaire entre le monde musulman et l'Occident. « N'oubliez pas que le Pakistan est directement ou indirectement impliqué dans tous les sujets qui sont importants pour le monde », a lancé le président pakistanais.

« Contrairement à la perception occidentale, le Pakistan n'est pas un pays intolérant et extrémiste », a dit le président dans son exposé devant la commission présidée par Elmar Brok (CDU). La très grande majorité de la population est certes religieuse, mais modérée et progressiste. Si une « petite minorité » musulmane extrémiste (les « ultraconservateurs », comme les appelle M. Musharraf) a pu s'établir au Pakistan, c'est parce que le pays a été la « victime » des guerres et conflits régionaux, à commencer avec l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Pour combattre et chasser les Soviétiques, « l'Europe et les Etats-Unis » ont entraîné et équipé des dizaines de milliers de moudjahidin et taliban qu'ils ont envoyés en Afghanistan en « utilisant » le Pakistan, a noté M. Musharraf. Aujourd'hui, le Pakistan « paie le prix » de vingt-six ans de guerre et des agissements des taliban qui constituent aujourd'hui la principale menace terroriste pour la région et le monde, a-t-il martelé, en ajoutant: « Le centre de gravité du terrorisme s'est déplacé, de Al-Qaïda vers les taliban » avec leur leader Mullah Omar « qui ne se trouve pas au Pakistan, mais sans doute au sud de l'Afghanistan ». Le Pakistan fait ce qu'il peut pour combattre la « talibanisation » de l'Afghanistan et des pays voisins, à la fois sur le plan militaire, politique et économique, a expliqué le président pakistanais. M. Musharraf a aussi évoqué le Cachemire et sa volonté de trouver une solution négociée avec le Premier ministre de l'Inde, Manmohan Singh, « dans lequel j'ai confiance, qui est sincère et flexible ». L'UE pourrait contribuer à « faciliter » le processus de négociation, selon M. Musharraf.

L'UE pourrait aussi aider le Pakistan à faire face au terrorisme en améliorant l'accès des produits pakistanais au marché européen, a expliqué le président. « En accordant à nos produits un meilleur accès au marché, vous aidez à renforcer nos industries, à augmenter leurs revenus et ceux des travailleurs et, par conséquent, à réduire la pauvreté et l'exclusion sociale » qui restent des facteurs déterminants dans la montée de l'extrémisme et le recrutement de terroristes, a-t-il fait valoir. « Je vous exhorte à investir au Pakistan et à développer le commerce avec notre pays ». M. Musharraf a aussi plaidé pour un renforcement du dialogue politique avec l'UE et l'organisation d'un Sommet annuel.

Le président pakistanais a dû ensuite faire face à une avalanche de questions critiques des députés européens, notamment sur: - la non-prolifération nucléaire. Comment est-ce possible que le « père » de l'arme atomique pakistanaise, Abdul Qadeer Khan, n'ait pas été puni après avoir dévoilé des secrets nucléaires à des pays, comme l'Iran et la Corée du Nord ? ont voulu savoir Charles Tannock, José Salafranca, Angelika Beer, Annemie Neyts, Geoffrey van Orden et d'autres. « M. Khan est et reste un héros, parce qu'il a donné la sécurité au Pakistan », en développant la bombe atomique en réaction à la bombe indienne, a répondu le président. Le fait qu'il ait diffusé des technologies nucléaires est « très malheureux », mais pas une raison de le discréditer ;
- démocratie et droits de l'Homme, y compris la position de la femme. « Tout n'est pas bon » au Pakistan, mais la situation s'est considérablement améliorée ces dernières années, avec les premières « élections libres, pacifiques et transparentes » à tous les niveaux, l'intégration des femmes dans la société et la vie politique et économique et l'abolition progressive de toute forme de discrimination contre elles. Les choses s'améliorent continuellement, mais les Européens ne doivent pas toujours voir le Pakistan à travers leurs lunettes européennes, ne pas toujours lui appliquer les même normes et valeurs, car il « reste un pays en développement », a insisté M. Musharraf. « Ce n'est pas l'Union européenne, c'est le Pakistan », a-t-il lancé ;
- peine de mort. Angelika Beer, Hélène Flautre, Edward McMillan-Scott et d'autres ont demandé à M. Musharraf d'abolir la peine de mort ou de décider au moins un moratoire sur les exécutions. « 7 000 personnes - femmes, hommes, enfants - attendent actuellement dans les geôles leur pendaison », a rappelé Mme Flautre. Dans ses réponses, le président pakistanais n'a toutefois pas évoqué cette question ; - l'amalgame entre les fonctions militaires et politiques du président. « Je suis un président à deux têtes, car le Parlement et la Constitution me permettent d'être un président en uniforme ». « Rien n'aurait été possible au Pakistan si je n'avais pas eu l'autorité de la politique et de l'uniforme militaire », a expliqué M. Musharraf.

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