Bruxelles, 13/09/2006 (Agence Europe) - Lors d'une audition publique organisée le 12 septembre à l'initiative de la commission parlementaire de la pêche, experts scientifiques, députés et représentants de la profession ont tous reconnu l'urgence d'agir pour éviter un effondrement du stock de thon rouge exploité à outrance en Méditerranée. La Commission européenne a annoncé son intention de présenter en novembre, lors de la réunion de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA), des mesures relativement ambitieuses pour reconstituer la ressource de thon rouge. La Commission représente l'UE dans cette organisation régionale de pêche qui compte aussi parmi ses membres les Etats-Unis, le Canada, le Japon, la Chine et le Brésil.
La commission de la pêche du PE a décidé d'organiser cette audition après la bataille, fin août, entre écologistes de Greenpeace et thoniers français et espagnols. Enrique Rodriguez Marin, scientifique à l'Institut espagnol d'océanographie IEO, a estimé que la pêche illégale et le nombre important de flottilles sont responsables de la surexploitation du stock de thon rouge en Méditerranée. Il a précisé que la biomasse (quantité) de l'espèce a diminué de 50% depuis les années 70 et que la mortalité par pêche (taux de prélèvement) a fortement augmenté à partir de 1993. L'exploitation du stock, évaluée à 50.000 tonnes, dépasse largement le niveau acceptable recommandé par les scientifiques (25.000 tonnes), a souligné l'expert espagnol, qui a demandé la mise en place de mesures d'urgence, dont la fermeture de certaines zones et l'interdiction de certains engins de pêche. Selon lui, la réduction des quotas doit s'accompagner de mesures complémentaires de réduction des capacités, sinon, elle ne ferait qu'augmenter le risque de pratiques illégales. Jean-Marc Fromentin, scientifique de l'IFREMER, travaille au groupe de travail de la CICTA sur le thon rouge. Il a rappelé que l'espèce a une durée de vie très longue, « ce qui le rend plus fragile à l'exploitation ». La France, l'Espagne et l'Italie se partagent au moins 50% du marché de l'exploitation, loin devant les pays-tiers riverains de la Méditerranée (30% pour la Turquie, la Tunisie, le Maroc et la Libye), le Japon (9%) et les Etats-Unis (3%). Il a rappelé le développement depuis quelques années des fermes d'embouche (engraissement), qui limite encore la précision du diagnostic scientifique. M. Fromentin a aussi mis en évidence la surcapacité de pêche (1700 navires pêchant le thon rouge en Méditerranée, dont 250 gros navires industriels) et l'expansion rapide des zones de pêche (depuis trois ou quatre ans, les derniers refuges pour la reproduction ont été éliminés, regrette-t-il).
Président de l'Association des pêcheurs espagnols de thon rouge utilisant la senne tournante, Ferran Bel, a demandé surtout l'éradication de la pêche illégale et, comme l'expert italien Mario Ferretti (représentant la profession), la mise en place d'un nombre limité de navires par pays. Il a défendu l'activité des fermes d'élevage, qui « génère une valeur ajoutée importante pour le secteur ». Marta Crespo, qui représente les pêcheurs espagnols utilisant la madrague (une pêche côtière artisanale), a dénoncé la surexploitation du stock imputable, selon elle, à la grande flotte industrielle. Elle a demandé la mise en place de mesures strictes: plan de récupération du stock, renforcement des contrôles de la pêche industrielle, augmentation à 30 kg du poids minimal de capture du thon rouge (actuellement de 10 kg en Méditerranée) et réduction des capacités de pêche et du nombre de fermes d'engraissement. Sergi Tudela, du WWF, très remonté contre les pays qui s'adonnent à la « pêche pirate », y compris dans l'UE, a rappelé les inquiétudes des écologistes. Une nouvelle étude du WWF tend à démontrer qu'il n'y a presque plus de thon rouge à pêcher en Méditerranée: - au large des îles Baléares, les flottes ont capturé seulement 2270 tonnes de thon rouge en 2006, contre 14.699 en 1995 ; - les fermes d'élevage ont perdu 25% de prises en un an. Il demande donc que l'UE donne un signal fort lors de la prochaine réunion de la CICTA, et préconise une interdiction des activités pendant les trois mois de reproduction de l'espèce.
« Très inquiète de la situation de surpêche », la Commission européenne a annoncé qu'elle défendrait, lors de la réunion de la CICTA, en novembre, des mesures ambitieuses. Elle compte notamment soutenir la mise en place d'un programme de réduction des capacités de pêche, l'harmonisation du poids minimum de capture, le marquage de chaque poisson et des mesures pour faciliter le respect des quotas. Les députés ont tous admis la nécessité de prendre des mesures pour préserver le stock. Struan Stevenson (PPE-DE, britannique) s'est dit favorable à la fermeture de la pêche pendant les mois de reproduction, Elspeth Attwooll (ADLE, britannique) et Heinz Kindermann (SPD) ont demandé des mesures pour réduire la pêche illégale, Marie-Hélène Aubert (Verte française) a critiqué l'approche de la Commission consistant à offrir des subventions pour réduire l'effort de pêche quelques années après avoir offert des fonds pour moderniser des navires. Josu Ortuondo Larrea (ADLE, espagnol) a préconisé des mesures au cas par cas, pour ne pas pénaliser les pays qui respectent les règles.