Vienne, 07/04/2006 (Agence Europe) - Réunis le 7 avril à Vienne pour leur réunion semestrielle informelle, les ministres des Finances de la zone euro ont évoqué l'élargissement de la zone euro à de nouveaux États membres, en premier lieu la Slovénie et la Lituanie. Jean-Claude Juncker, Président de l'Eurogroupe, a insisté sur la « stricte » application des critères de convergence, en particulier celui sur l'inflation. L'Eurogroupe, la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne ont également fait part de leur optimisme concernant la situation économique de la zone euro.
À l'issue de la réunion de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a déclaré devant le presse que « les critères seront appliqués de façon stricte ». « Nous sommes tous d'avis que toutes les institutions européennes impliquées doivent faire preuve d'une clarté exemplaire » sur ce point, a-t-il ajouté, en indiquant que l'Eurogroupe est conscient « des craintes concernant les critères d'inflation ». Le concept de la « capacité d'absorption » s'applique-t-il à l'élargissement de la zone euro ? « La question ne se pose pas en ces termes », précise M. Juncker, qui dit: « il y a le traité et il doit s'appliquer ». Jean-Claude Trichet, Président de la Banque Centrale Européenne, s'est dit d'accord avec M. Juncker: « La nécessité d'apprécier tous les critères est la meilleure façon de servir l'UE et la zone euro ». Leur emboîtant le pas, Joaquín Almunia, Commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a estimé qu'il faut « se concentrer sur la durabilité des circonstances économiques ». Il existe dans les traités « des conditions spécifiques pour l'inflation », selon lesquelles le respect de ce critère doit s'exercer dans la durée, a-t-il rappelé. Conscient que les futures décisions sur l'élargissement de la zone euro créeront « des précédents », M. Almunia a assuré les États membres d'un traitement « égal » mais « rigoureux ». Le Commissaire a rappelé que ses services préparent pour le « 16 mai » deux rapports de convergence pour la Slovénie et la Lituanie.
« Je suis heureux que nous puissions élargir l'Eurogroupe » s'il y a « des pays capables de remplir les critères » d'adhésion, a indiqué vendredi matin Karl-Heinz Grasser, ministre autrichien des Finances et Président du Conseil Ecofin, à l'ouverture des travaux. « Nous serons très stricts », et il n'y aura « aucun compromis » sur « le respect de ces critères », a-t-il assuré lui aussi. Il a admis que « la Slovénie a de bonnes chances » d'être le « premier pays » à rejoindre la zone euro depuis la création de la monnaie unique, et ce au « 1er janvier 2007 ». La décision devrait être prise « plus ou moins sous présidence autrichienne », a espéré M. Grasser, en rappelant que « la Slovénie est voisine de l'Autriche » et que « son économie marche bien ». Le Président du Conseil Ecofin a estimé que, pour adhérer à l'euro, « seule compte la performance » économique des États membres qui en font la demande et qu'en dernier lieu « la stabilité de l'euro demeure l'enjeu primordial ».
En mars dernier, la Slovénie et la Lituanie ont demandé officiellement d'adopter l'euro à partir de 2007. La Slovénie est en bonne voie pour atteindre cet objectif. Les choses sont moins bien engagées pour la Lituanie: son taux d'inflation annuel est supérieur à la moyenne des trois meilleures performances nationales au niveau de l'UE. En octobre prochain, la Commission publiera ses rapports sur le respect pour les autres États membres ayant vocation à intégrer la zone euro.
Au sein de l'Eurogroupe, l'optimisme est de mise concernant les perspectives de croissance. « Les cycles économiques s'améliorent », a annoncé Karl-Heinz Grasser vendredi matin. Jean-Claude Juncker a, lui aussi, fait part de son optimisme vis-à-vis de la conjoncture: « Avec la Banque Centrale Européenne et la Commission européenne, nous répétons que la reprise économique s'affirme ». Il a estimé qu'au « premier semestre 2006, la croissance pourrait atteindre un niveau proche de son potentiel », évalué actuellement autour de 2%. « Nous sommes interpellés par les déséquilibres globaux », a néanmoins tempéré le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, évoquant le déficit budgétaire américain ou la sous-évaluation du yuan chinois. Il a indiqué que « les soucis que ces déséquilibres nous inspirent » seront portés à l'attention du « G7 » et du « FMI » (le Fonds monétaire international et la Banque mondiale tiennent leur réunion de printemps fin avril à Washington).
Jean-Claude Trichet a rappelé pour sa part son analyse de la situation économique dans la zone euro de la veille (voir EUROPE n° 9169). « La tendance actuelle est à une croissance autour de son potentiel », a-t-il déclaré. Concernant la récente hausse des taux de la BCE, il a jugé cette attitude « très pertinente » mais a refusé d'évoquer une quelconque action ultérieure dans ce domaine. Joaquín Almunia a indiqué que la Commission présentera ses « prévisions de printemps le 8 mai » et a partagé l'opinion selon laquelle plusieurs indicateurs économiques « vont dans la bonne direction », à savoir: « amélioration très nette de la confiance » des investisseurs ; prévision que « les chiffres de faible croissance enregistrés à la fin 2005 ne seraient pas suivis au premier semestre 2006 » ; chiffres d'Eurostat sur le chômage dans la zone euro pour février 2006 inférieurs « d'un demi-point » par rapport à février 2005 ; « améliorations des chiffres notifiés par les États membres ».