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Bulletin Quotidien Europe N° 9109
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/multilinguisme

L'élargissement de l'UE entraîne de nouveaux besoins en matière d'interprétation - L'AIIC brandit la menace d'un appauvrissement culturel avec la tendance du « tout en anglais »

Bruxelles, 13/01/2006 (Agence Europe) - Avec le dernier élargissement, le 1er mai 2004, le nombre des langues officielles de l'Union européenne est passé de 11 à 20. Un nombre qui augmentera prochainement avec le bulgare, le roumain, le croate et, plus tard, le turc (peut-être même avant l'adhésion de la Turquie à l'UE, si le problème chypriote trouve entre-temps une solution). Cette situation a donné lieu à une énorme demande d'interprètes professionnels, loin d'être résolue aujourd'hui car, outre l'ajout de nouvelles langues (avec un déficit criant pour certaines, comme le maltais et le letton), il y a eu aussi des bouleversements dans les demandes d'interprétation de langues « traditionnelles », avec une perte de vitesse pour le suédois, le portugais, le grec et le néerlandais. Cette situation a finalement renforcé la tendance vers l'unilinguisme, l'anglais étant en effet de plus en plus utilisé dans les réunions et la diffusion de documents, dans l'illusion de toucher un maximum de personnes. « Les utilisateurs délaissent (certaines langues moins parlées) au profit d'une langue qu'ils considèrent plus internationale. Ils choisissent ainsi de se placer dans une position d'infériorité vis-à-vis de ceux qui parlent cette langue en tant que langue maternelle. Le « tout en anglais » anéantira-t-il la profession d'interprète ? » s'est interrogé le 12 janvier à Bruxelles l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) lors d'une conférence de presse consacrée à « La profession d'interprète de conférence ; l'expansion ou l'extinction ? ».

Devant les défis posés à la profession par les élargissements successifs, l'AIIC a tenu à manifester publiquement ses inquiétudes lors de sa 33ème assemblée, jeudi à Bruxelles, ville particulièrement représentative du multilinguisme (mis à part la présence des institutions européennes). Le rôle des interprètes est essentiel pour assurer une communication efficace et permettre aux interlocuteurs de se comprendre sans approximations et opter pour le « tout en anglais » n'est pas une bonne solution, insiste l'interprète Michel Lesseigne, qui explique: l'anglais est une langue ambiguë, on a l'impression de le comprendre et de le parler sans difficulté ; or, c'est l'une des langues les plus difficiles à interpréter. La valeur ajoutée de notre profession est la qualité, indique l'AIIC qui souligne dès lors l'importance fondamentale d'assurer des conditions de travail idéales pour les interprètes. Un journaliste évoquant les difficultés budgétaires et pratiques que pose une multiplication des langues officielles de l'UE. M. Lesseigne a reconnu que le problème se posera peut-être à la 28ème langue, mais a mis en garde contre le risque, sous la menace de restrictions budgétaires, d'accepter des solutions finalement malheureuses. Ainsi, la tendance est actuellement de tenir des réunions dans des salles qui n'accueillent pas les interprètes, qui font leur travail par vidéo interposée, dans un autre lieu (télé interprétation). Cette solution provoque une levée de boucliers de la part de la profession, qui insiste sur la nécessité d'analyser la gestuelle et l'expression de l'orateur pour transmettre le plus exactement possible son discours. Nous ne sommes pas contraires aux nouvelles techniques, mais il y a des configurations dans lesquelles on ne veut pas travailler, explique-t-il. A propos du budget, l'interprète néerlandophone Dirk Rijnsbroeck souligne que les dépenses pour garantir l'interprétation dans les langues officielles actuelles dans toutes les réunions de l'UE s'élèvent aujourd'hui à 1 euro par citoyen et par an, ce qui n'est pas onéreux compte tenu de l'importance pour le citoyen de disposer d'informations significatives dans sa propre langue.

L'Allemande Silke Gebhard a évoqué, pour sa part, les avantages culturels du multilinguisme en Europe: « on parle des « problèmes » du multilinguisme, mais on devrait plutôt parler de « chances » pour la culture », a-t-elle fait remarquer. Dans sa déclaration sur la conservation du patrimoine linguistique mondial, l'AIIC souligne: « Toute réduction du nombre de langues de communication appauvrit la somme des connaissances humaines et prive l'humanité des fruits issus de la rencontre entre façons de penser, de sentir et d'envisager la vie. (…) Le multilinguisme dans la vie internationale ne constitue pas une entrave à la communication. Il en est, au contraire, un élément essentiel qu'il faut conserver, car c'est bien par la sauvegarde du patrimoine linguistique mondial que passe l'entente entre les peuples ». Et Mme Gebhard de conclure: « le multilinguisme est une chance énorme, et on essaie de faire en sorte que cela continue d'exister... ».

Fondée en 1953, l'AIIC compte actuellement 2789 membres (dont 75% de femmes) dans
89 pays.

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