Leeds, 25/10/2005 (Agence Europe) - Le Conseil Développement informel de Leeds s'est achevé mardi sur une touche très positive: l'accueil très favorable réservé par les ministres de l'UE à la stratégie européenne pour l'Afrique proposée par la Commission européenne. Hilary Benn, secrétaire d'Etat britannique qui a présidé les travaux, tout comme Louis Michel, Commissaire au développement et à l'aide humanitaire, s'en sont tous deux félicités devant la presse. Fait surprenant, la proposition de déclaration politique rénovée de l'UE pour une véritable stratégie commune de développement dans les cinq prochaines années n'a pas recueilli la même unanimité, alors même qu'elle a servi de matrice pour élaborer des propositions concrètes applicables au continent africain pour l'aider à sortir de la pauvreté. En cause: la crainte de la présidence britannique et de certains Etats membres, principalement ceux qui font le plus pour les pays pauvres en termes d'aide publique au développement (Luxembourg, Suède, Danemark, Pays-Bas) d'une harmonisation trop poussée des 26 politiques de développement (Commission + 25 Etats membres) qui confèrerait à la Commission un rôle prépondérant.
"Nous avons débattu de la nouvelle déclaration pour la politique de développement qui établira un cadre pour une aide plus efficace. Cette discussion était le prélude au débat qu'aura le Conseil Développement du 21 novembre (…). La question principale sur laquelle nous nous sommes concentrés était de voir quelles vont être les contributions respectives de la Commission et des Etats membres. Certains veulent une démarche plus harmonisée. D'autres souhaitent examiner ce que peut faire la Commission", a déclaré Hilary Benn. Et de préciser que les ministres s'accordent à reconnaître que l'appui budgétaire pour le développement des infrastructures, l'approvisionnement en eau et l'intégration régionale sont les domaines d'expertise privilégiée de la Commission. "Les discussions vont se poursuivre. J'espère une déclaration claire quant aux contributions des uns et des autres. Il s'agit d'un cadre. Il est important de ne pas commettre d'erreur", a ajouté Hilary Benn. Louis Michel, lui, a souligné qu'un accord s'était dégagé sur « la nécessité d'actualiser la déclaration politique » et s'est dit prêt à intégrer quelques considérations pour « faire évoluer » sa position. Mais, a-t-il averti, « toutes les déclarations soulignant la nécessité d'une plus grande harmonisation doivent être traduites dans les faits ». Soucieux de lever certains malentendus, il a ajouté: "La Commission ne cherche pas à s'accaparer de nouvelles compétences, mais à travailler dans une plus grande cohérence. Certains n'aiment pas le mot "cadre". Parlons d'une base, d'un espace commun, de lignes directrices communes. De toute façon, cette stratégie ne sera pas coercitive car la politique de développement est une compétence partagée. Certains veulent aller plus loin (France et Belgique en tête, Allemagne) d'autres moins. Il y a un consensus à trouver. Nous devons discuter plus avant de la manière dont les activités de la Commission sont à développer. La Commission est présente partout (dans tous les pays en développement du monde: NDLR). C'est sa valeur ajoutée. Je souhaite que, quel que soit le document final, il y ait un minimum d'ambition". Armand de Decker, secrétaire d'Etat belge à la coopération, a dit aux journalistes son plein soutien à la proposition de la Commission, " à la vision commune et à une meilleure définition du rôle de la Commission et des Etats membres". Selon lui "coordonner et harmoniser davantage, c'est le rôle de la Commission. Cela n'enlève rien à la souveraineté des Etats. La Commission peut rendre notre action plus visible, ce qui serait légitime car l'UE est le premier contributeur mondial d'aide publique au développement. Pour travailler mieux, nous devons de plus en plus oublier notre drapeau national au profit du drapeau de l'UE". Qualifiant de "mauvais débat" les craintes exprimées par certains, M. de Decker a regretté que la présidence britannique soit « sortie de sa neutralité en jouant le jeu de ceux qui ont peur ».