Lyneham, 13/10/2005 (Agence Europe) - Réunis à la base de l'armée de l'air britannique de Lyneham (dans le Wiltshire, au Royaume-Uni), les ministres de la Défense de l'UE ont discuté le 13 octobre, en présence de Javier Solana, des moyens de renforcer les capacités militaires de l'Union et de la mise en commun des achats d'équipements militaires. Le secrétaire britannique à la Défense, John Reid, a estimé, au sujet des capacités militaires de l'UE, que « nous sommes dans une période passionnante », car nous avons des troupes, des forces de police, du personnel militaire et civil sur le terrain dans plusieurs régions du monde. « Je pense que nous réalisons de bons progrès dans le développement d'initiatives (…) mais il y a encore des progrès à réaliser en matière de capacités », a-t-il averti, en soulignant la nécessité pour les Européens d'investir davantage dans le domaine de la recherche. Ces discussions interviennent alors qu'un rapport rédigé sous la direction du Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington stigmatise le « manque de volonté politique » des dirigeants de l'UE pour renforcer les capacités européennes en matière de défense. M. Reid a d'ailleurs donné raison aux auteurs du rapport qui rappellent qu'au plus fort de la Guerre froide, les pays européens dépensaient en moyenne 3,5% de leur PNB pour la défense, alors qu'aujourd'hui ils dépensent en moyenne 1,9%.
En marge de la réunion informelle, les ministres ont assisté, à la base de Lyneham, à une simulation en temps réel d'une opération commando visant à souligner la nécessité de renforcer les capacités militaires européennes. Cette démonstration explique quelles capacités « nous croyons nécessaires pour l'Europe », a commenté M. Reid. La démonstration, qui a fait appel à d'importants moyens aériens de l'armée de l'air britannique, était fondée sur un scénario impliquant la sécurisation d'un aéroport quelque part en Afrique, dans le cadre d'une mission de soutien de l'Union européenne intervenant à la demande de l'Union africaine. D'importants moyens en hommes et avions, dont des hélicoptères de transport Chinook et d'attaque Apache, des avions-cargos C-17 et C-130 ou encore des avions de chasse de type Harrier ont été déployés. Les ministres ont pu assister à l'opération simulée d'un avion ravitaillant en vol deux chasseurs de type Typhoon, une capacité qui fait cruellement défaut à l'UE.
Lors de la réunion, la ministre française Michèle Alliot-Marie a lancé un véritable plaidoyer pour une nouvelle relance de l'Europe de la Défense, qui est, selon elle, un secteur porteur permettant à l'UE de montrer qu'elle est une puissance politique et économique. Tout en soulignant les progrès réalisés depuis trois ans, elle a demandé de passer à la vitesse supérieure en trouvant un théâtre d'opérations où l'Europe puisse utiliser ses nouveaux outils en agissant de manière autonome. Les nouveaux outils auxquels elle fait référence sont les groupements tactiques (« battle groups »), dont le premier devrait être opérationnel au début de l'année prochaine, et la Force de gendarmerie européenne (800 hommes pouvant être déployés en moins d'un mois). Elle est revenue aussi sur l'idée de rendre européen le programme « RECAMP » (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Mme Alliot-Marie est aussi favorable au développement des travaux de l'Agence européenne de la Défense (AED) dans trois domaines: les drones, les avions ravitailleurs et l'espace. Elle a aussi beaucoup insisté sur les initiatives en matière de formation (européenne, avec le Collège européen de défense et de sécurité ou bilatérales, avec l'Ecole de chasse franco-belge et l'Instruction franco-allemande des pilotes d'hélicoptères Tigre). D'autres formations communes (avec les avions de transport A400M ou les hélicoptères NH90) devraient suivre, certaines ayant vocation à devenir européennes.
Dans l'après-midi, les ministres se sont réunis au sein du Comité directeur de l'Agence européenne de la Défense (AED) et ont progressé vers l'adoption d'un « code de conduite » volontaire entre Etats membres destiné à ouvrir quelque peu à la concurrence le marché très protégé du marché des acquisitions d'équipements de défense. Une décision formelle est attendue le 21 novembre. Le président de l'AED, le Britannique Nick Witney, estime que ce « code de conduite » permettrait, par exemple, de rendre publics les marchés des équipements de défense pour tout contrat d'une valeur de plus d'1 million d'euros. Autre thème évoqué, les avions ravitailleurs: seuls la France et le Royaume-Uni disposent d'appareils capables de ravitailler des avions en vol et dix Etats membres ont annoncé la formation d'un groupe ad hoc à ce sujet.