Bruxelles , 13/10/2005 (Agence Europe) - A une semaine du Sommet informel de Hampton Court convoqué par la présidence britannique pour discuter des défis d'avenir de l'Europe face à la mondialisation, le président du Parlement européen Josep Borrell a lancé un nouvel appel à sortir de « l'impasse » dans laquelle se trouve l'Europe, en avertissant: « j'ai l'impression que cette fois-ci nous nous trouvons devant une crise majeure », et « l'un des exemples les plus évidents de cette crise est l'absence d'accord sur les prochaines perspectives financières ». Le Président Borrell, qui s'exprimait le 13 octobre devant la plénière du Comité des régions, a affirmé: « ce qui est plus grave, ce n'est pas la difficulté institutionnelle que nous vivons après les résultats des référendums en France et aux Pays-Bas. Le plus grave, c'est l'absence de confiance des citoyens européens dans l'Europe ». M. Borrell cite là un récent sondage de la télévision franco-allemande ARTE dans cinq grands pays de l'UE qui montre que « la situation économique est la principale cause de cette désaffection, sauf en Espagne »¸ainsi qu'un sondage « moins catastrophique » de l'Eurobaromètre dans les 25 Etats membres de l'UE (plus Bulgarie, Roumanie, Croatie et Turquie) (EUROPE n° 9042). M.Borrell s'inquiète de constater que dans onze pays le sentiment d'appartenance à l'Union n'atteint pas 50%, alors que dans deux grands pays comme la France et la Pologne il est seulement de 51% et 53% respectivement. Quant à la perception de la mondialisation par les Européens (le thème autour duquel s'articulera le Sommet de Hampton Court), M. Borrell note que 38% l'identifient à « la délocalisation » et seulement 16% considèrent qu'elle représente une chance pour les entreprises.
Tout cela, affirme Josep Borrell, doit « nous inciter à réfléchir, pas seulement sur les thèmes ponctuels émergés récemment, mais sur la nature même du projet européen ». Tout en remarquant qu'il existe des bases permettant « l'autoconservation » de l'Union européenne, et en particulier le marché unique et l'euro, M. Borrell déplore qu'« une bonne partie de l'opinion publique reproche cependant à la monnaie unique d'être la cause de la perte de pouvoir d'achat », et récemment les Européens ont exprimé leur désaccord sur « les textiles, la sécurité aérienne, le temps de travail, la directive sur les services ».
« Le paysage est sombre », regrette donc M. Borrell, qui est préoccupé surtout par les perspectives financières, en constatant: « deux des trois acteurs institutionnels ont fait leur devoir », la Commission avec ses propositions et le Parlement avec sa position « réaliste et ambitieuse » du 8 juin dernier (rapport Böge). Seul le Conseil manque à l'appel, et s'il ne s'entend pas « rapidement sur une position pour négocier avec le Parlement et la Commission, les programmes législatifs, et en particulier les Fonds structurels, auront un retard considérable », met en garde M. Borrell, en rappelant que les politiques communautaires de cohésion ont contribué à promouvoir la convergence entre régions, y compris « dans la période de morosité que nous traversons ».