Strasbourg, 03/10/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté jeudi dernier une résolution dans laquelle il exprime sa déception pour les résultats du Sommet de l'ONU en septembre à New York et réitère son souhait que, dès que les conditions seront réunies, l'UE obtienne un « siège commun » au Conseil de sécurité (nous publierons intégralement la résolution dans EUROPE/Documents).
Frustration et déception sont des sentiments fréquents lorsqu'on commente le Sommet de l'ONU, avait reconnu mercredi lors du débat le président du Conseil Douglas Alexander. Avant, cependant, de mettre le doigt sur quelques bons résultats: - la décision d'augmenter l'aide contre la pauvreté, avec l'engagement historique de l'Union de doubler l'aide à l'Afrique d'ici 2010 ; - la ferme condamnation du terrorisme (mais il faut aller au-delà des engagements et conclure la Convention sur le terrorisme d'ici septembre 2006) ; - l'engagement politique (et c'est pour lui le résultat le plus significatif) de protéger les populations contre le génocides, les atrocités et les crimes de guerre. La reconnaissance du principe de responsabilité de la protection des populations civiles est pour la Commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner une manifestation positive du concept de souveraineté. En adoptant ce principe, les participants ont, en particulier, selon elle, tiré les leçons des événements du Kosovo. Mais la Commissaire, comme pratiquement tous les orateurs, ne cache pas sa déception, pour la non-adoption d'un texte sur le désarmement et l'absence d'accord sur un véritable organe des Nations unies pour le climat.
Certains parlementaires ont essayé de se persuader eux-mêmes que, finalement, le bilan du Sommet n'était pas si mauvais: entre autres Francisco Millan Mon (PPE/DE), qui exprime un certain « soulagement » et constate que des « bases » ont été jetées ; Glenys Kinnock (PSE), qui se félicite du lien établi entre les concepts de sécurité, de développement et de règlement des conflits (et remarque en passant que les Etats-Unis semblent s'engager davantage, même si c'est pour des raisons intéressées, sur la voie du multilatéralisme) ou Alexander Graf Lambsdorff (ALDE) heureux de la participation active du Parlement européen au sommet de New York. Mais Lapo Pistelli, membre italien du même groupe, ne partage pas cet optimisme volontariste, y compris en ce qui concerne le devoir de protection contre les atrocités. La lecture de ce texte montre qu'il s'agira d'évaluer l'opportunité d'une intervention « au cas par cas »: où est le progrès ?
Le verdict est largement négatif également dans une grande partie de la gauche de l'hémicycle : pour les Verts/ALE, Frithjof Schmidt parle d'une chance ratée et Miguel Portas (GUE/NGL) d'un véritable échec. Pour Jo Leinen (PSE), la plus grande déception est l'absence d'un engagement sur le désarmement: si on nous observait à partir d'une autre planète, on dirait que nous sommes décidés à nous autodétruire, constate le social-démocrate allemand… Quant au conservateur britannique Nirj Dewa, il déplore l'absence de progrès en ce qui concerne la réforme administrative de l'ONU (mais M. Alexander lui a confirmé que Kofi Annan va faire de nouvelles propositions dans ce domaine au premier trimestre de 2006). Et Tobias Pfluger, PDS allemand, ne voit qu'une bonne chose dans le bilan du Sommet: le fait que l'on se borne à une seule allusion au concept de guerre préventive, sans aller au-delà. Pour certains parlementaires cet l'échec n'est ni une surprise ni une raison de regret, puisque, pour eux, le multilatéralisme a des limites. Il ne peut fonctionner que lorsqu'il coïncide avec les intérêts des Etats, selon Paul Marie Coûteaux (IND/DEM). L'élue suédoise du même groupe Hélène Goudin abonde dans le même sens: le Parlement ne doit pas dire aux Nations unies comment débattre ou comment s'organiser, car c'est l'affaire de ses Etats membres. Et elle ne veut pas de siège unique de l'Union au Conseil de sécurité. Sur ce point, soulevé par plusieurs orateurs, le président du Conseil Douglas Alexander a constaté en conclusion du débat qu'il n'existe pas de position univoque de l'Union sur cette question, et que les statut des Nations unies est clair sur ce point: il ne peut pas y avoir de siège unique de l'UE.