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Bulletin Quotidien Europe N° 9040
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Et si la Grande-Bretagne sortait de la politique agricole commune ?

Le minimum indispensable. Le rapport des forces au sein de l'UE est aujourd'hui tel qu'il n'existe aucune chance que le projet de réforme de la PAC synthétisé dans cette rubrique du bulletin n° 9039 puisse être accepté. Tout ce que l'on peut espérer dans l'immédiat est que les institutions communautaires soient suffisamment sages pour: a) ne pas accepter, dans le contexte de l'OMC, une ouverture excessive aux produits agricoles du monde entier, qui aurait l'effet d'annihiler les préférences européennes en faveur des pays les plus pauvres et de détruire des pans entiers de l'activité agricole européenne ; b) sauvegarder le soutien budgétaire à la PAC tel qu'il a déjà été décidé par les chefs de gouvernement pour les prochaines années.

Ces exigences minimales ne signifient pas l'abandon des autres aspects du plan global, dont notamment: a) la renégociation de l'engagement de l'Union à ne pas développer sa production de soja et d'autres produits oléoprotéagineux, absurde aussi bien du point de vue économique qu'écologique ( l'UE ne couvre que 25% de ses besoins) ; b) une meilleure distribution de la valeur ajoutée de la production agricole: la part des agriculteurs correspond à un tiers, souvent moins, alors que la grande distribution et l'industrie agro-alimentaire continuent à gonfler leurs bénéfices ; c) un meilleur équilibre international ; actuellement, les agriculteurs européens sont tenus de respecter des normes sociales et environnementales de plus en plus exigeantes, auxquelles ne sont pas soumis leurs principaux concurrents mondiaux. En outre, l'ouverture du marché européen aux produits des pays les plus pauvres est sans comparaison supérieure à celle de tout autre pays, au titre des accords avec les Etats ACP et de l'initiative « Tout sauf les armes ». Aucune concession commerciale européenne n'est possible sans une correction de ces différents éléments.

Un négociateur habile, mais… Une politique allant dans le sens indiqué ne peut pas être mise en œuvre par l'UE actuelle. Il est vrai que le négociateur européen, Peter Mandelson, a pris des positions raisonnablement fermes, mais j'ai impression qu'il l'a fait davantage en tant que négociateur habile qu'en tant que personne convaincue de l'exigence de sauvegarder l'agriculture européenne ; s'il obtient des contreparties valables (dans les services et dans l'industrie notamment), il serait disposé à céder beaucoup sur l'agriculture. Et il ne faut pas s'attendre à des positions différentes de la part de la présidence actuelle du Conseil…

Comprendre la position britannique. J'en arrive à l'attitude de la Grande-Bretagne. Je crois que cette attitude, difficile à comprendre dans la plupart des pays continentaux et même en Irlande (voir les déclarations du Premier ministre Bertie Ahern), a des racines profondes. Le système des « préférences impériales » était simple et clair: le Royaume-Uni exportait sa production industrielle et les pays du Commonwealth lui fournissaient en échange les produits agricoles. Les produits laitiers arrivaient de Nouvelle-Zélande, les céréales du Canada et d'Australie, le sucre de canne des Caraïbes, et ainsi de suite. Outre-Manche, les esprits en sont encore marqués, et la notion d'autosuffisance alimentaire est incompréhensible pour les Britanniques. Leur attachement à la nature et leur respect du monde animal et végétal sont indiscutables, et même supérieurs à ceux de plusieurs pays continentaux, mais ils s'expriment historiquement de façon différente. Dans la plupart des pays continentaux, c'est l'activité agricole qui a façonné l'environnement naturel, les paysages, les traditions. En Grande-Bretagne, ce sont les parcs, les jardins, voir même des traditions symboliques telles que la chasse au renard. Pour le continent, l'autosuffisance alimentaire est une exigence à la fois écologique, sociale et stratégique. S'y ajoute le devoir pour l'Europe de contribuer à relever le défi alimentaire mondial, devoir qui impose de conserver la production agricole qui sera bientôt indispensable (à un horizon que les experts ont évalué à une vingtaine d'années), lorsque les besoins alimentaires du monde auront dépassé les capacités de production. Selon certaines études, pour contribuer à la sécurité alimentaire mondiale, l'Europe devra non seulement maintenir mais augmenter sa production agricole. Les orientations de Tony Blair, encore récemment confirmées, négligent totalement cet aspect. C'est irresponsable.

Deux solutions. Face à la situation décrite, je ne vois que deux solutions. Soit les agriculteurs britanniques acquièrent un poids suffisant pour obtenir le consensus national conduisant leur pays à participer au sauvetage de l'activité agricole de l'Europe et à son autonomie alimentaire, soit la Grande-Bretagne sort de la politique agricole commune. Elle n'aura plus à contribuer à son coût (ce qui résoudrait automatiquement le problème du « chèque britannique »), mais elle renoncera en même temps aux financements et aux mécanismes de marché de la PAC, étant entendu que ses personnalités politiques et autres citoyens bien lotis pourront continuer à passer leurs vacances en Toscane et à y acheter des terres et d'anciennes fermes. (F.R.)

 

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