Strasbourg, 13/05/2005 (Agence Europe) - Le Parlement européen souhaite que l'Union européenne se donne les moyens de ses ambitions pour conserver son rôle de chef de file dans la protection du climat lors du séminaire technique international sur les changements climatiques qui réunira, ces 16 et 17 mai à Bonn, les experts gouvernementaux du monde entier.
Dans une résolution à ce sujet proposée par Anders Wijkman (PPE-DE, Suède) et adoptée, mercredi à Strasbourg, les députés européens se félicitent de l'imminence du séminaire de l'ONU dont la convocation avait été décidée en décembre dernier par toutes les parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP 10, Buenos Aires, Argentine) pour aider toutes les parties à développer des réponses au réchauffement planétaire et pour réviser les politiques et les mesures destinées à mettre en œuvre la Convention cadre et le Protocole de Kyoto. Mais le Parlement déplore que le mandat établi par la COP pour cette réunion soit « très limité ». En effet, les experts n'ont de mandat ni pour entamer les négociations sur de nouveaux engagements de réduction des gaz à effet de serre pour l'après-2012 (date d'expiration de la première période d'engagements du Protocole de Kyoto), ni pour émettre des recommandations pour la prochaine conférence des parties à la Convention cadre (COP 11) qui se tiendra à Montréal en novembre prochain, conjointement avec la première réunion des parties au protocole de Kyoto. Ce mandat minimaliste était la condition pour quitter Buenos Aires sur un accord et obtenir des Américains qu'ils acceptent de participer au séminaire de Bonn.
Pour continuer à jouer un rôle moteur, le Parlement souligne que l'UE devra mener une politique climatique fondée sur des réductions annuelles de l'intensité énergétique de son économie de l'ordre de 2 - 2,5%, une augmentation significative de la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique totale et des augmentations conséquentes de l'aide à la R&D dans le domaine de l'énergie durable. Le PE insiste aussi en particulier sur le fait que « le secteur des transports représente un défi majeur et que des politiques nouvelles et innovantes sont nécessaires pour réduire les émissions liées au transport routier, aérien et maritime », et invite instamment la Commission à proposer des mesures présentant un bon rapport coût-efficacité pour y remédier.
Le Parlement salue les conclusions adoptées par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE lors du dernier Sommet de printemps, en particulier l'accord sur des objectifs de réduction de l'ordre de 15 à 30% à l'horizon 2020 pour le groupe des pays développés (EUROPE 8915). Mais il « déplore que le Conseil européen n'ait donné aucune indication quant aux objectifs de réduction à long terme » et « suggère que soient exigées des réductions de l'ordre de 60 à 80% à l'horizon 2050 (conformément à ce qu'avait préconisé le Conseil Environnement dans ses conclusions, auxquelles le Sommet européen renvoie simplement: NDLR).
L'assemblée de Strasbourg invite à la Commission et les Etats membres à présenter à Bonn des propositions sur un régime post-Kyoto compatible avec l'objectif à long terme de l'UE (contenir l'augmentation de la température globale annuelle à 2 degrés au-dessus des niveaux préindustriels) - des propositions fondées sur l'éco-innovation et le développement des écotechnologies, notamment dans les domaines de l'énergie et des transports. Il convient, souligne le Parlement, de coopérer avec divers pays, notamment les pays en développement les plus avancés.
Les députés demandent instamment à la Commission et aux Etats membres d'insister sur l'urgence de lutter contre le réchauffement planétaire dans toutes les occasions de dialogue avec leurs partenaires, en particulier les Etats-Unis, la Chine et l'Inde. Ils estiment que, pour garantir des conditions égales de concurrence au niveau mondial, les entreprises de dimension internationale, notamment dans les secteurs à forte consommation d'énergie, doivent adopter une approche sectorielle pour la définition des futurs objectifs internationaux pour réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre. A tous les pays qui n'ont pas ratifié le Protocole de Kyoto, et tout particulièrement aux Etats-Unis et à l'Australie, le Parlement demande de monter à bord. La Commission, elle, est invitée à envisager dans toutes les analyses sur le coût et les avantages des politiques climatiques « l'adoption de mesures commerciales d'ajustement de douane pour compenser l'avantage concurrentiel dont bénéficieraient les producteurs de pays industrialisés » échappant aux obligations de réduire leurs émissions de carbone. Les députés insistent aussi sur la nécessité d'augmenter l'assistance financière aux pays en développement pour les aider à s'adapter au changement climatique.
Enfin, le Parlement demande que soit publié un rapport écrit sur les résultats du séminaire de Bonn et que ces résultats soient dûment pris en compte dans les négociations officielles sur l'après-2012 qui débuteront à Montréal.
Cette résolution a été adoptée par le Parlement à l'issue de questions orales posées par Karl Heinz Florenz (PPE-DE, Allemagne) au nom de la commission de l'environnement qu'il préside, pour demander au Conseil et à la Commission de préciser leurs objectifs pour le séminaire de Bonn et comment ils envisagent de faire participer le Parlement européen aux discussions en cours au sein de l'UE en vue de définir la position de l'UE pour l'après-2012
L'ONG environnementale Friends of the Earth International tire la sonnette d'alarme
Dans un communiqué, l'ONG de défense de la nature “Friends of the Earth International” (FoEI), aussi déçue que le Parlement européen du mandat trop étroit confié à ce séminaire de coopération technique, reproche aux gouvernements de préférer « parler plutôt que d'agir » et déplore que faute de discuter de « la question cruciale: comment s'attaquer au changement climatique ?, la conférence sera emballée avec soixante présentations sur les politiques de protection du climat ». « Le changement climatique est la plus grande menace à laquelle est confrontée la planète. Alors pourquoi les actions requises d'urgence sont-elles ignorées par cette conférence de l'ONU . Les sonnettes d'alarme retentissent, mais le monde tergiverse », affirme FoEI. L'ONG plaide aussi pour que « les gouvernements aillent au-delà de discussions sur les efforts pour atteindre les objectifs actuels du Protocole de Kyoto qui sont inadéquats pour relever le défi, et jettent les bases d'un processus formel pour les négociations sur l'après-2012.