Bruxelles, 07/04/2005 (Agence Europe) - En présentant les propositions de la Commission européenne pour le 7ème programme-cadre de recherche et développement (PCRD) à la presse, mercredi, le Commissaire Janez Potocnik a une nouvelle fois souligné la nécessité pour l'Europe de « rattraper le terrain perdu » par rapport à ses concurrents américain et japonais. Le Commissaire a insisté sur la flexibilité à la fois horizontale et verticale qui a été introduite dans ce programme-cadre afin de garantir son adaptation constante aux besoins en matière de recherche et sa contribution à la compétitivité de l'Europe. Il est aussi revenu sur l'effort de simplification des procédures que la Commission a entrepris, en soulignant son importance pour les PME dont la Commission veut faciliter la participation au programme-cadre.
L'architecture de ce nouveau programme-cadre a été saluée dès mardi au Parlement européen. Elle a le double mérite de s'inscrire dans la continuité du sixième PCRD et d'innover. D'une lecture aisée, elle s'appuie sur cinq piliers: la recherche collaborative, les idées, les gens, les capacités et le Centre commun de recherche (CCR). L'absence de modification en ce qui concerne les instruments - qui avaient été réformés dans le 6ème PCRD - et les efforts en matière de simplification devraient aussi contribuer à une plus grande efficacité du 7ème PCRD. Parmi les efforts de clarification, on retiendra aussi la disparition de la marge d'anticipation qui existait dans le précédent programme-cadre et qui avait suscité beaucoup d'inquiétudes au Parlement et au Conseil. En introduisant une marge de flexibilité dans chaque priorité thématique, la Commission conserve la même souplesse en évitant de donner le sentiment aux parlementaires d'être dépossédés de leur choix politique et du contrôle budgétaire. Les améliorations ne doivent cependant pas masquer certains déséquilibres dans la ventilation des crédits. Des déséquilibres dus aux arbitrages internes de la Commission et qui pourront être corrigés dans le cadre de la procédure de codécision qui va s'ouvrir entre le Parlement et le Conseil. Ainsi avec 12,756 milliards d'euros (contre 3,625 dans le 6ème PCRD), la société de l'information se voit attribuer la part du lion, l'idée étant que l'Europe devrait consacrer 30% à ce secteur, comme le font les Etats-Unis. La santé, qui vient juste, après ne serait dotée que de 8,373 milliards (2,255 milliards dans le 6ème PCRD), soit près de 4,5 milliards de moins. Quant aux nanotechnologies et aux matériaux dont les applications peuvent être utiles à tous les secteurs d'activités, ils ne bénéficieront que de 4,865 milliards (1,3 dans le 6ème PCRD). L'effort en matière d'infrastructures aurait sans doute pu être un peu plus important et, si celui réalisé en faveur des PME (1,914 milliard) correspond bien à un doublement, les régions de la connaissance ont droit à la portion congrue: à peine 160 millions, soit 22 millions d'euros par an.
Le budget de 73,215 milliards d'euros proposé par la Commission pour le 7ème PCRD est ventilé de la manière suivante:
44,735 milliards pour la recherche collaborative: neuf priorités se partagent ce montant: (1) santé: 8,373 milliards ; (2) biotechnologies, alimentation et agriculture: 2,472 milliards ; (3) société de l'information: 12,756 milliards ; (4) nanotechnologies, matériaux et procédés: 4,865 milliards ; (5) énergie (hors nucléaire qui fait l'objet du programme Euratom de 3,103 milliards sur 2007-2011): 2,951 milliards ; (6) environnement: 2,552 milliards ; (7) transports (y compris transports aériens et Galileo): 5,981 milliards ; (8) recherche socio-économique: 798 millions ; (9) espace et sécurité: 3,987 milliards (il s'agit du seul thème qui soit nouveau, avec environ 500 millions par an pour d'une part GMES et le programme spatial et d'autre part le nouveau programme de recherche sur la sécurité qui doit couvrir la protection contre le terrorisme et le crime, la sécurité des infrastructures et des services collectifs, la sécurité aux frontières et le maintien de la sécurité en cas de crise).
11,942 milliards pour la recherche fondamentale: dans le cadre du programme « Idées », la Commission propose de doter ainsi le Conseil européen de la recherche afin de soutenir la recherche fondamentale et d'ajouter une dimension « bottom-up » à l'Espace européen de la recherche. Il s'agit là d'une des principales innovations de ce programme qui satisfait à une des revendications essentielles du monde scientifique.
7,178 milliards pour les chercheurs: le programme « People », qui donne une visibilité plus importante au « peuple » des chercheurs, pour reprendre une expression chère à Philippe Busquin, n'innove pas mais il a le mérite de doubler la dotation des actions Marie Curie.
7,536 milliards pour les capacités: six cibles sont concernées: (1) les infrastructures: 3,987 milliards (un effort supplémentaire aurait été le bienvenu mais il faut se souvenir que lors de la négociation sur le 6ème PCRD, le Commissaire Busquin avait dû se battre pour en faire accepter l'idée) ; (2) les PME: 1,914 milliard ; (3) les régions de la connaissance: 160 millions pour soutenir le « clustering » transfrontalier entre centres de recherche, universités, industries et autorités régionales ; (4) potentiel de recherche: 558 millions (il s'agit là de renforcer le potentiel des régions dites de « convergence » dans un cofinancement avec les fonds structurels) ; (5) la science dans la société: 558 millions pour des actions de communication ; (6) la coopération internationale: 359 millions.
1,824 milliard pour le Centre commun de recherche.
Première sélection d'infrastructures dont l'Europe aura besoin à l'avenir
Le Forum stratégique européen pour les infrastructures de recherche (European Strategy Forum on Research Infrastructures - ESFRI) a présenté au Commissaire Potocnik, jeudi 7 avril, une première liste de 23 exemples concrets de quelques-unes des nouvelles grandes infrastructures dont la communauté scientifique et industrielle européenne aura besoin au cours des 10 à 20 prochaines années. Les projets d'infrastructures sélectionnés par le panel de scientifiques présidé par Hans Chang comprend des projets moyens de moins de 100 millions d'euros et des projets plus lourds dépassant le milliard.
On y trouve: - 4 projets en physique et astronomie (Facility for Antiproton and Ion Research et Extremly Large Telescope, par exemple) ; - le projet PRINS sur les nanostructures qui pourrait être développé sur plusieurs sites ; - 4 projets d'installations pour l'analyse de la matière ; - un projet informatique (High Performance Computer for Europe) ; - 4 projets concernant l'environnement: navire pour la recherche marine, brise-glace, observatoire multidisciplinaire du sol marin, notamment ; - 7 projets liés à la biologie et à la médecine: imagerie médicale de haute performance, réseau de recherche clinique, réseau de banques biologiques et de ressources génomiques, etc. ; - 2 projets concernant les sciences sociales. D'autres informations figurent sur: http: //http://www.cordis.lu/esfri/