Luxembourg, 02/06/2004 (Agence Europe) - Les ministres de l'Economie et des Finances de la zone euro ont tenté, mardi soir à Luxembourg, d'évaluer les conséquences pour leurs économies d'une poursuite de la flambée des prix du pétrole. Avant d'essayer de se mettre d'accord, à 25 au sein du Conseil Ecofin, sur une déclaration à adresser aux pays producteurs de pétrole et sur la nécessité d'une action coordonnée au niveau européen pour répondre au problème de la hausse des cours de l'« or noir » (voir plus loin).
Le Commissaire Joaquin Almunia a dressé devant l'Eurogroupe un tableau plutôt rassurant des conséquences économiques de la hausse des prix du pétrole, surtout dans un contexte de reprise de l'activité économique. Lors d'une conférence de presse après la réunion des ministres de la zone euro, M. Almunia a assuré que la situation actuelle n'était pas comparable à celle, bien plus dramatique, de la seconde crise pétrolière, dans les années 1979-1980. Il a répété que le maintien du prix du baril à son niveau actuel proche de 40 dollars, avec un taux de change de l'euro proche de 1,22 dollar, réduirait, en 2004, la croissance du PIB de la zone euro de 0,2 point par rapport aux prévisions, l'inflation augmentant, elle, de 0,2 point. « Ce n'est pas un développement positif et la Commission reste préoccupée, mais il ne s'agit pas non plus d'une situation alarmante », a-t-il commenté, en assurant que « l'euro protège une fois de plus nos économies ». Dans ce contexte, « toute action coordonnée qui pourrait contribuer à ramener les prix » au niveau adéquat fixé par l'Opep « serait bienvenue et bénéfique pour la zone euro et les économies européennes », a-t-il souligné. M. Almunia a ajouté, en réponse à une question, que « les Etats membres savent parfaitement qu'ils doivent coordonner leurs politiques économiques pour relever des défis et répondre aux difficultés auxquelles ils sont confrontés actuellement avec la hausse des prix du pétrole ». « La Commission prêtera toujours son concours à la coordination des mesures », a assuré M. Almunia.
Tout le monde avait en mémoire ce qui est arrivé en 2000 lorsque, à Versailles (sous présidence française), le Conseil Ecofin avait prôné une action coordonnée pour réagir à la hausse des prix du pétrole alors que, quelques mois plus tard, la France avait décidé de prendre une mesure unilatérale de baisse des taxes sur le gasoil pour les routiers. Le ministre français Nicolas Sarkozy, heureux de pouvoir critiquer les actions du gouvernement socialiste de l'époque, a estimé devant la presse, mardi soir, que « quasi unanimement, les ministres ont exprimé le souhait que ne se reproduise pas la situation de 2000 ». Les ministres auraient pour la plupart souligné l'importance de la coordination et les dangers des mesures unilatérales. Selon M. Sarkozy, les ministres ont aussi souligné la nécessité de « dialoguer avec les pays producteurs qui sont prêts à augmenter leurs productions ». Compte tenu de ce qui s'était passé en 2000, la Présidence irlandaise a souhaité faire preuve de prudence. Le ministre irlandais Charlie Mc Creavy a déclaré qu'il convenait « de ne pas être ni trop confiants, ni trop pessimistes » sur l'engagement de tous les ministres en faveur d'une action coordonnée.
De manière plus générale, M. Almunia a déclaré que la Commission partageait le constat du Fonds monétaire international (FMI) selon lequel la zone euro est confrontée à des problèmes de long terme. « A la lumière du faible potentiel de croissance et du problème du vieillissement de la population, nous sommes d'accord avec l'idée du FMI que ces défis doivent être relevés grâce à la mise en œuvre de réformes structurelles », a déclaré le Commissaire, pour qui la stratégie de Lisbonne « est l'agenda de réforme qui convient dans ce contexte ». M. Almunia a rappelé la confirmation, dans la matinée par Eurostat, d'une croissance économique dans la zone euro et dans l'ensemble de l'UE à 25 de 0,6% du PIB par rapport aux trois derniers mois de 2003.