Hersonisos/Crète, 27/05/2003 (Agence Europe) - La conférence ministérielle euro-mediterranéenne à mi-parcours, réunie en Crète les 26 et 27 mai, s'est achevée sur le constat d'une large identité de vues sur les fondements du processus de Barcelone, que le président Prodi propose de compléter par une politique de « voisinage » entre l'UE élargie et ses partenaires. L'unanimité reste cependant à construire sur les moyens d'y parvenir.
Le président du Conseil de l'UE, Georges Papandreou, a fait part de sa satisfaction, estimant qu'il ressort de cette conférence des « conclusions importantes » qui permettent de voir « comment progresser ensemble ». Il a notamment évoqué la proposition sur le « voisinage » qui est sur la table du Conseil de l'UE. Le Commissaire Chris Patten a apporté son soutien à ce texte et il a tenu à ajouter: « même si je n'en étais pas convaincu, c'est le Conseil qui décide ». MM. Papandreou et Patten ont aussi évoqué le document rendu public jeudi dernier sur la question des droits de l'Homme, des pratiques démocratiques et de la bonne gouvernance qui vise, selon le président du Conseil, à « enrichir » les relations avec la Méditerranée.
M. Papandreou a redit le soutien européen au processus d'Agadir, première initiative de regroupement « Sud-Sud » que l'UE veut encourager et étendre à ses partenaires de la rive sud. Il a aussi dit sa satisfaction devant les progrès réalisés vers la création d'une Fondation euro-méditerranéenne sur les rapports culturels et de civilisation et sur la mise au point d'une déclaration sur le « dialogue entre les civilisations ». La décision de principe est prise mais à Crète il a été convenu de ne traiter que des principes et des objectifs généraux et d'aborder, sous présidence italienne, la question de la structuration et du financement. La conférence ministérielle a également écouté un représentant du Forum de la société civile qui s'est tenu début mai en Crète et évoqué le rôle des femmes dans les rapports euro-mediterranéens.
Dans ses conclusions « unilatérales » (mais agréées par les pays partenaires), le président du Conseil a aussi exprimé la compassion européenne aux victimes du tremblement de terre en Algérie et du terrorisme à Casablanca. Ces conclusions rendent compte ensuite de l'identité de vues sur la relance du processus au Moyen-Orient, selon laquelle la paix doit être « globale » (Syriens et Libanais ont insisté sur ce point).
M. Papandreou a ensuite indiqué qu'il a été question de la mise en œuvre des accords d'association signés et l'espoir que soient accélérées les procédures de ratification ainsi que les négociations avec la Syrie. Il a rappelé les thèmes qui forment le contenu du premier volet, sur le dialogue politique (mesures de confiance, lutte contre le terrorisme, droits de l'homme et démocratiques dont le degré de respect constituera un ensemble de « critères de performances » pour juger de la qualité des relations avec chacun des pays bénéficiaires de l'aide européenne). M. Papandreou a aussi fait état du passage en revue de toutes les composantes du volet économique (coopération inter-méditerranéenne, énergie et transport, moyens financiers, environnement). L'examen a enfin porté sur les projets à caractère culturel et social qu'il a évoqué dans sa conférence de presse.
Au-delà de cette présentation qui donne l'impression d'une unanimité entre tous les participants, les débats auraient été quelque peu « crispés », selon un diplomate arabe, avec des demandes de clarification concernant aussi bien la proposition sur le « voisinage » que celle sur les droits humains. Mme Aïcha Belarbi, ambassadeur du Maroc auprès de l'UE, salue l'initiative du président Prodi qui permettra, a-t-elle estimé, de dépasser l'état de « léthargie » dans lequel se trouve le processus de Barcelone. Elle approuve l'idée d'adopter le système européen de « coopérations renforcées » qui instaurera une forme de différenciation. « Le Maroc s'est déjà placé dans cette logique » en se proposant pour un « statut avancé » dans ses rapports avec l'UE et la création de sous-comités chargés d'approfondir cette relation sur des thèmes cruciaux. La démarche serait, à son avis, plus concrète si des moyens additionnels étaient définis et si le projet de banque Euromed était approuvé. La question des moyens en sus de MEDA oppose les pays partenaires à la Commission européenne mais le ministre français Dominique de Villepin a, selon des sources concordantes, insisté pour qu'il y ait accroissement des appuis financiers et relance du dialogue euro-mediterranéen à commencer par les trois pays du Maghreb avec lesquels la coopération serait, en l'état, la plus praticable. Le groupe arabe a annoncé son intention d'entreprendre avec la Présidence italienne (lors du prochain semestre) des consultations approfondies entre les dix nouveaux Etats membres et les dix pays de la rive sud (Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Jordanie, Liban, Syrie, Palestine et aussi les deux pays observateurs, Libye et Mauritanie). Ce dialogue devrait permettre, selon le chef de la diplomatie tunisienne, qu'on « ne parle plus de concurrence entre les nouveaux pays adhérents et les pays méditerranéens ».