Bruxelles, 27/05/2003 (Agence Europe) - Le programme européen Galileo de radionavigation par satellite devrait être relancé: les Etats membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) sont finalement arrivés à un accord définitif sur son financement. Lundi, chacun a accepté que sa part soit diminuée ou augmentée de quelques dixièmes de point de pourcentage pour faire un compromis acceptable pour tous. L'Espagne, qui était le dernier pays opposé à l'accord, a obtenu d'augmenter sa part de 9,5 à 10,14%. La part de la Belgique a aussi été très légèrement augmentée à 4,79%, tandis que Allemagne, Italie, France et Royaume-Uni auraient accepté de diminuer leur part de presque 0,2%, soit de 17,5 à 17,31%. Les autres pays contribuent aux taux suivants: Suisse 3,54%, Pays-Bas 3,07%, Suède 2,33%, Autriche 1,75%, Norvège 1,61%, Finlande 1,32, Portugal 1,14%, Danemark 0,78% et Irlande 0,29%.
La Commission européenne, par la voix de son porte-parole, se dit "ravie" de cet accord, "malgré les retards". Pour le directeur de l'ESA, Antonio Rodota, "c'est un grand jour pour l'Europe en général et l'Europe spatiale en particulier". "Conscients de l'enjeu économique, industriel et stratégique que représente la navigation par satellite, nos Etats membres ont su s'entendre pour le bien commun", a-t-il ajouté dans un communiqué.
Désormais, l'ESA et la Commission européenne, qui sont partenaires à part égale dans le projet (550 millions d'euros de part et d'autre pour cette phase), devraient se réunir rapidement pour signer les statuts de l'entreprise commune qui doit gérer la phase de développement de ce projet de destiné à concurrencer dès 2008 le GPS américain. Le conseil de surveillance de l'entreprise commune pourrait se réunir pour officialiser le lancement de l'entreprise commune dans la semaine suivant le Conseil Transports, aux alentours du 10 juin, indique un proche du dossier. L'entreprise commune devra alors tenter de rattraper le temps perdu en lançant "immédiatement" l'appel d'offres pour le satellite qui devra occuper les fréquences attribuées à Galileo par la conférence mondiale des télécommunications, explique-t-on de même source. Au plus tard en septembre, l'entreprise commune devrait publier l'appel d'offres pour la concession qui sera chargée du déploiement et l'exploitation du système, à partir de 2006. Les délais sont en effet extrêmement serrés, à la fois pour commencer à utiliser les précieuses fréquences afin qu'elles ne soient pas perdues et pour que le système Galileo soit opérationnel en 2008. Le conseil de surveillance de l'entreprise commune devrait aussi tenter de nommer aussi vite que possible le directeur de cette entreprise. La Commission européenne avait proposé l'Espagnol Manuel Gordillo, mais l'Allemagne fait pression pour un candidat de sa nationalité (EUROPE du 14 mars).
L'accord est intervenu lundi à l'ESA avec une année de retard par rapport au Conseil des ministres des Transports de l'UE, alors que la grande majorité des Etats membres sont les mêmes de part et d'autre. L'accord au sein de l'UE avait lui-même été obtenu après plus d'un an de débats et divergences sur la poursuite de ce projet de plus de 3 milliards d'euros (EUROPE du 27 mars 2002). La règle du retour sur investissement qui prévaut à l'ESA - tant en termes de contrats que de direction du projet - a été pour beaucoup dans ces dissensions. Un premier accord de principe mi-décembre entre l'Allemagne, l'Italie, la France et le Royaume-Uni sur la participation de chacun des quatre à hauteur de 17,5% des 550 millions avait été dénoncé en janvier par l'Allemagne et l'Espagne. Un nouvel accord fin mars entre l'Allemagne et l'Italie n'avait pas suffit. L'Espagne réclamait une augmentation de sa participation, de même que la Belgique.
Le projet Galileo avait été proposé par la Commission en février 1999 (EUROPE du 12 février 1999). Une trentaine de satellites postés sur trois orbites terrestres de 23 316 km, épaulés par un réseau mondial de stations terrestres, permettront "d'assurer une excellente couverture de la planète", indique l'ESA dans son communiqué. Son coût dépassera les 3 milliards d'euros. Après une première phase de définition, la phase de développement et de validation devait s'achever en 2005 avec un budget de 1,2 milliard d'euros. Selon les estimations de la Commission, la phase de déploiement devrait durer deux ans (2006-2007), pour un coût d'environ 2,15 milliards d'euros. Galileo a un objectif commercial - assurer à l'Europe une part de l'immense futur marché de la radionavigation et du positionnement par satellite - mais aussi politique. Ce "programme civil placé sous contrôle civil", selon les termes des conclusions du Conseil en mars 2002, doit compléter et concurrencer le GPS américain, dirigé lui par les militaires, et mettre l'UE à l'abri de possibles brouillages des fréquences.
Selon une étude indépendante, publiée fin 2001, le bénéfice du système Galileo pour l'économie serait de 17,78 milliards d'euros pour les années 2008 à 2020, contre un coût (gestion du système incluse) de 3,9 milliards. Cette évaluation prend en compte l'amélioration de la gestion du trafic aérien et maritime. Les revenus commenceraient à dépasser les coûts à partir de 2011, mais le taux de retour sur investissement resterait faible (4,1%) à cause de la lourdeur des investissements (EUROPE du 22 novembre 2001).