Bruxelles, 04/02/2003 (Agence Europe) - Dans une tribune publiée dans Le Monde du 4 février, le jour même du sommet franco-britannique du Touquet (voir EUROPE d'hier, p.4), les Commissaires européens Michel Barnier -français- et Chris Patten -britannique- affirment que la France et le Royaume-Uni sont "l'autre moteur" de l'unification européenne, et qu'ils ont une "responsabilité particulière" dans la création d'une "identité extérieure commune" européenne, "en raison de leur engagement historique dans les affaires du monde". Tous deux sont membres permanents du Conseil de sécurité, sont des puissances nucléaires et entretiennent des forces armées professionnelles et opérationnelles, rappellent-ils, tout en reconnaissant que les deux pays "divergent souvent dans leurs analyses de politique étrangère", et notamment dans leur attitude envers les Etats-Unis , l'OTAN, le Moyen-Orient et l'Irak ("où, bien avant la crise actuelle, ils étaient en désaccord à propos des sanctions et des interdictions de survol"), sans compter la "récente escarmouche à propos de l'invitation à Paris du président du Zimbabwe" (EUROPE du 26 janvier, p.6, et du 30 janvier, p.6).
MM. Barnier et Patten, qui remarquent que le "moteur franco-allemand" est "lui-même fondé paradoxalement davantage sur les différences entre les deux pays que sur leurs similitudes", estiment qu'il "n'est pas acceptable que le Royaume-Uni et la France se complaisent dans leurs différences". Au contraire, s'ils parviennent à les surmonter de "manière systématique", ils donneront "une impulsion décisive à la création d'une véritable politique étrangère commune". En particulier, ils doivent "montrer l'exemple", en encourageant les autres Etats membres à remplir les engagements pris en termes de capacités militaires, afin que "la force de réaction rapide de l'UE puisse tenir ses promesses", et en incitant à "la création d'une agence européenne de l'armement (un des résultats attendus du Sommet du Touquet: NDLR), qui favoriserait le "réflexe européen" lorsqu'il s'agit d'équiper les forces armées européennes". Selon les deux Commissaires, si "la France et le Royaume-Uni trouvent un accord sur ces questions, la Convention européenne devra en tenir compte. Et proposer, pour la politique étrangère comme pour les questions de sécurité et de défense, des solutions crédibles. C'est-à-dire, pour nous, des solutions européennes, ni intergouvernementales (...), ni fédérales".