login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8393
TEXTES DE LA SEMAINE /

I. L'INTERVIEW. A l'occasion de la polémique concernant l'octroi à Pascal Lamy du doctorat "honoris causa" par l'Université de Louvain-la-Neuve (voir page précédente), le Commissaire a accordé une interview au journal bruxellois "Le Soir" des 1 et 2 février, faisant le point sur les positions de l'UE en vue du nouveau round de négociations commerciales mondiales. Nous avons regroupé ses réponses par sujet.

1. Conditions pour l'ouverture des échanges. "Je ne suis pas libre-échangiste. Je pense que l'ouverture des échanges est une bonne chose, favorable au développement et à la croissance, à la condition qu'il y ait un certain nombre de règles. Et ces règles, c'est l'Union européenne qui est là pour les pousser sur la scène internationale, et - il faut bien le dire - cela se fait de temps en temps contre les Etats-Unis et un certain nombre de pays en voie de développement qui ne sont pas chauds pour qu'on parle sérieusement d'environnement, de social et de santé quand on parle de commerce.

2. Pour les pays en développement. " Je suis l'avocat et l'acteur, parmi d'autres, d'une intégration plus grande des préoccupations des pays en développement dans la politique commerciale. J'ai proposé et obtenu, après débat difficile avec les Etats membres, l'approbation de l'initiative Tout sauf les armes, qui nous permet d'importer sans droits de douane ni quotas tout ce qui vient des 50 pays les plus pauvres du monde. Et l'UE se bat pour un régime spécial en faveur des pays en développement."

3. L'UE, grande importatrice de produits agricoles. "L'Europe est un importateur net de produits agricoles et alimentaires: elle importe annuellement (cela va sans doute étonner beaucoup de pétitionnaires1) 60 milliards d'euros de ces produits par an, dont 45 milliards en provenance des pays en développement. Nous importons en provenance des pays les plus pauvres plus que les Etats-Unis, l'Australie, le Canada, le Japon et la Nouvelle-Zélande réunis. La PAC (politique agricole commune) a beaucoup changé depuis les années 50. Franz Fischler, avec le plein soutien du collège des Commissaires, a mis une proposition de réforme sur la table, qui nous vaut des critiques ici ou là, mais aussi beaucoup d'appui. Mais l'UE continuera à soutenir ses 7 millions d'agriculteurs -qui deviendront 15 millions avec l'élargissement - à l'intérieur d'enveloppes qui ont été fixées pour dix ans. Nous le faisons pour des raisons auxquelles un certain nombre des pétitionnaires1 sont sûrement sensibles: environnement, sécurité alimentaire, maintien des paysages, maintien d'un certain nombre de populations rurales. Il faut le faire de telle sorte que ceci pose le moins possible de problèmes aux pays en développement; on va dans cette direction."

4. L'éducation n'est pas un "service" à libéraliser. "Il n'y a aucun risque que, dans la négociation sur les services, l'Union prenne des engagements qui remettent en cause le fait que l'éducation est un service public dans certains pays de l'Union européenne (pas dans tous) et que les Universités sont un service public dans certains pays (pas dans tous). Je ne prendrai aucun engagement qui conduirait directement ou indirectement à une déréglementation ou une privatisation du système éducatif là où il est service public. Je ne peux être plus clair. Concernant les services en général, les offres de l'UE seront mises sur la table à la fin mars. Un processus de consultation a été ouvert très largement au public sur notre site Internet, il sera poursuivi avec le Conseil des ministres et le Parlement européen: les offres que nous ferons à l'OMC seront rendues publiques lorsque les diverses consultations internes à l'Union seront terminées, à la fin mars."

---------------

(1) Ceux qui ont signé la "pétition" contre l'octroi du doctorat honoris causa à Pascal Lamy.

II. LE DISCOURS. À la fin de l'année dernière, Pascal Lamy avait prononcé un discours à Louvain-la-Neuve sur la mondialisation, en déclarant notamment: "Je ne fais pas partie de ceux qui prônent les vertus auto-régulatrices du marché et qui pensent qu'il suffit d'ouvrir les portes pour apporter le bien-être. Au contraire. Le capitalisme de marché doit être maîtrisé par des politiques, c'est-à-dire des objectifs définis en commun. C'est le nouveau consensus sur le rôle du commerce comme instrument pour le développement qui a permis de lancer, il y a un an à Doha, un nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales. C'est l'inscription claire de l'objectif du développement qui a permis de trouver un accord à Doha. C'est sur cet objectif que les participants se sont engagés, ceux des pays développés comme ceux des pays en développement.(…) Il ne faut pas se laisser abuser par des slogans faciles et simplistes, et laisser penser que le débat oppose militants anti-mondialisation et tenant du libéralisme. La véritable différence est entre irréalistes doctrinaires et réalistes efficaces."

Pour d'autres déclarations de M.Lamy et leur signification, voir notre rubrique "Au-delà de l'information" du 14 janvier dernier.

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
TEXTES DE LA SEMAINE
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE